PAR M. JOSEPH FABRE
Sommaire : I. — M. Joseph Fabre, promoteur d’une fête nationale de Jeanne d’Arc. — — L’idée a trouvé ses adhérents dans le parti opposé à M. Fabre; ses adversaires dans le parti du promoteur. — Outrageants rapprochements faits par M. Fabre. — Bapprochements que provoque l’injure.
H. — Loin d’être condamnée par FÉglise, laPucelle a été condamnée par des hommes chers à la libre-pensée ; malgré l'approbation de l’Église. — C’est à l’Église que l’histoire doit d’avoir conservé la plus belle de ses figures.
III. — L’Église et les catholiques ont toujours honoré la mémoire de la Libératrice encore que la sainte fille ne fût pas canonisée. — M. Fabre fait dire au P. de Marolles ce qu’il n’a pas dit. — Rage de la Révolution contre Jeanne d’Arc et ses fêtes.
IV. — M. Fabre surfait les mérites de Michelet, Henri Martin et Quicherat dans la popularité de Jeanne d’Arc. — Ils n’ont eu d infiuence qu’auprès des voltairiens. — Les catholiques l’ont toujours mise plus haut que ne la portent Henri Martin et Michelet. — L’historique du mouvement qui nous porte vers Jeanne d’Arc. — Il vient des catholiques.
V. — C’est calomnier Jeanne que de la dire rebelle aux théologiens orthodoxes^ d’en faire la personnification de la liberté de conscience, de la nouveauté du culte du sol national. — Les préférences de M. Fabre pour le tribunal de Rouen. — Ses assertions contradictoires à ce sujet. — Ses rigueurs pour les théologiens de la réhabilitation. — Le bien fondé de ses diatribes contre eux. — Les emportements de M. Fabre contre les gens d’Église.
VI. — Spécimens de la manière d’écrire l’histoire de Jeanne sur documents. — La jeunesse autour du beau Mai. — Les discours des paysans de Domrémy. — Impressions de Jeannette. — Origine de la vocation. — Jeanne physiquement prédisposée à l’hallucination.
D’après M. Fabre : « C’est depuis la Révolution que Jeanne est devenue populaire. Les Hoche, les Marceau nous ont fait comprendre la grande héroïne... Ce sont des républicains qui ont, petit à petit, fait pénétrer dans le pays le culte de Jeanne d’Arc. » [Officiel du 8 juin 1894.) L’on ne conteste pas à M. Fabre l’honneur d’avoir le premier saisi les pouvoirs publics de l’institution d’une fête nationale en l’honneur de l’héroïne. Cet honneur lui a été reconnu, en termes éloquents, dans une des dernières sessions du conseil de l’instruction publique. Dans un rapport dont les
conclusions adoptées ont toutes les sympathies des catholiques, Vétahiissement dune fête scolaire en Vhonneur de Jeanne d'Arc^ Téloge ne lui a pas été ménagé par le rapporteur, M. Évellin :
« L’heure paraissait venue de s’adresser aux pouvoirs publics, dit le rapporteur, et de chercher à obtenir du Parlement l’institution d’une fôte que nous appelons de tous nos vœux. Le succès dans de pareilles conditions pouvait-il faire doute? 11 semblait d'autant mieux assuré que le pays avait trouvé, pour se faire entendre, un interprète digne de lui. Jamais noble mission n’avait rencontré, pour la mener à bien, âme plus haute. Orateur autant que philosophe, M. Joseph Fabre appartenait à Télite de l’Université de France, et, dans cette élite môme, il s’était toujours distingué par une flamme d’ardeur, une soif de justice, un besoin passionné dedévouement que faisait valoir encore, avec une parole chaude, un don de sympathie entraînante. Il s’éprit pour l’héroïne d’un sentiment d’admiration mêlé de piété, qu’il voulut exprimer dans d’émouvantes conférences, traduire dans de nobles pages d’histoire et jusqu’en un drame plein de vérité et de pathétique, toujours applaudi*. »
Mon seulement le succès a fait doute; mais il n’est pas venu. En vain, dans le parti de M. Fabre, M. Charles Dupuy, alors président du conseil, dans un langage très élevé, avait demandé que l’on donnât promptement satisfaction aux désirs du pays; qu’on lui ouvrît, parla fêle delà Pucelle, la région de cet incomparable idéal qu’elle met sous nos yeux; en vain la majorité du Sénat a émis un vote favorable; en vain, à la dernière heure, M. deMahy estvenu faire écho à la voix de la France; en vain il a demandé que la législature ne finît pas sans faire au pays et au Sénat Thonneur de discuter et d’approuver un projet si opportun ; la majorité a trouvé une subtilité parlementaire pour enterrer la question. MM. Dupuy et de Mahy honorent le parti de M. Fabre par leurs revendications ; mais n’est-ce pas dans ce même parti que le sénateur aveyronnais trouve opposition à son projet? De quel côté sont partis les cent votes qui, au Sénat, rejetaient son vœu? N’est-ce pas des rangs dans lesquels siège M. Fabre ? A la seconde chambre, seraient-ce les députés catholiques qui ont fait échouer la motion de M. de Mahy? L’opposition n’est-elle pas venue de la part de ceux qui veulent une république comme l’entend M. Fabre, une république avec la loi scolaire, la loi militaire, la loi dite d’accroissement? S’est-il trouvé un seul opposant parmi les catholiques et parmi ceux qui, avec Léon XIII, demandent une république respectueuse des droits de tous? Avant de faire honneur à la république de l’institution d’une fête en l’honneur de Jeanne d’Arc, M. Fabre devrait dire de quelle république il