Voir la Paysanne et l'inspirée, p
prendre; elle est confirmée dans ses visions par semblable exhibition !! Michelet en aurait remontré à d’Estivet et à Loyseleur. Mais cela a été dit fort justement, il trouve toujours moyen de se surpasser lui-même. N’écrit-il pas plus loin : « Le roi marcha sur Paris, ce n’était pas l’avis de la Pucelle ? » Autant vaudrait dire que les Anglais ajoutèrent à Patay une nouvelle victoire à celles de Verneuil et d’Azincourt.
N’importe, d’après Duruy, il n’y a pas d’autre auteur a consulter sur Jeanne d’Arc ; d’après MM. Rambaud et Lavisse, il est excelletit pour cette partie, et M. Joseph Fabre nous dit que pour délirer comme Michelet il faut du génie. Proudhon en a justement décrit les éléments'.
L’on voit ce que, sous la plume de la libre-pensée, deviennent ces six semaines durant lesquelles la cour s’entoura sagement de tant de précautions pour savoir ce qu’il fallait penser de la mystérieuse jeune fille. Tout y est falsifié, ridiculisé à plaisir. II fallait dissimuler ce point capital que Jeanne d’Arc ne s’est avancée dans la carrière que bien dûment autorisée par l’Eglise, que l’Eglise reconnut que sa mission, tout inouïe qu’elle était, portait cependant les signes d’une mission divine. Seul le Pape pouvait infirmer pareil jugement; tout autre tribunal était incompétent.
Après avoir travesti l’entrée dans la carrière, il faut falsifier les exploits de la Libératrice, et les réduire à rien. Voici comment s’y prend le maître pour la délivrance d’Orléans ; les disciples répètent fidèlement, ou mieux enchérissent sur ses erreurs.
Michelet écrit : « Les Anglais s’étaient bien affaiblis dans ce long siège d’hiver. Après la mort de Salisbury, beaucoup d’hommes qu’il avait engagés se crurent libres et s’en allèrent. D’autre part, les Bourguignons avaient été rappelés parle duc de Bourgogne... Il est probable qu’en tout ils (les Anglais) étaient deux ou trois mille. Sur ce petit nombre, tout n’était pas Anglais; il y avait aussi quelques Français, dans lesquels le» Anglais n’avaient pas sans doute grande confiance! S’ils avaient été réunis, cela eut fait un corps respectable ; mais ils étaient divisés dans une douzaine de bastilles ou boulevards, qui, pour la plupart, ne communiquaient pas entre eux... Il était évident que chacune de ces petites places isolées serait faible contre la grande et grosse ville qu’elles prétendaient garder; que cette nombreuse population aguerrie par un long siège finirait par assiéger les assiégeants. Quand on lit la liste formidable des capitaines qui se jetèrent dans Orléans, la délivrance d’Orléans semble moins miraculeuse *. »