‹ La vraie Jeanne d'ArcChapitre 252 sur 296 · La Paysanne et V Inspirée, p · texte numérisé non relu

La Paysanne et V Inspirée, p

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Tout cela se trouve reproduit dans Thistoire classique de Durny, et il y ajoute les observations suivantes : « Que fallait-il pour réduire de si faibles ennemis (les Anglais!) ? De la discipline, de Tunion chez ceux qui les attaquaient. »

D’après l’ancien ministre de l’instruction publique, cela n’existait pas avant l’arrivée de Jeanne. « Rien de plus désordonné que ces bandes et capitaines d’aventuriers qui s’étaient jetés dans la ville pour la défendre, et qui ne cherchaient dans la guerre que les profits et les plaisirs qui s’y trouvaient. » (P. 483.) D’après Duruy, ils changèrent à la voix de Jeanne « et cette armée ainsi métamorphosée était invincible... ». « Toute l’armée, tout le peuple ’se portèrent contre les Tourelles. »

D’après Michelet : « Le peuple était hors do lui ; il n’avait plus peur de rien, il était ivre de religion et de guerre, dans un de ces formidables accès de fanatisme où les hommes peuvent tout faire et tout croire, où ils ne sont guère moins terribles aux amis qu’aux ennemis. »

Ne dirait-on pas que depuis la mort de Salisbury les Anglais n’avaient pas reçu de renforts ; mais dès le 30 décembre, deux mille hommes leur étaient arrivés (III, p. 43). Fastolf, avec le convoi des harengs, amenait quinze cents hommes, d’armes sans compter mille hommes des communes (III, p. 44). Il vint d’autres renforts encore. Les Bourguignons, rappelés par leur duc, étaient peu nombreux, encore que, sans aucune preuve, Aug. Vallet porte le chiffre à quinze cents (III, p. 48). Le Mystère du siège fait dire par Talbot au héraut envoyé par le duc de Bourgogne pour rappeler ses hommes :

« Sonne, sonne, tu n’amèneras rien qui vaille. »

A l’exception des bastilles de Saint-Loup et de Fleury-aux-Choux, toutes les bastilles étaient reliées entre elles par des fossés souvent doubles (III, p. 50) ; celles delà rive droite communiquaient à celles de la rive gauche parla bastille de l’îlc Charlemagne. Les sièges de Calais, de Rouen, de Meaux, de Melun prouvent combien les Anglais s’entendaient à l’art des sièges ; ils s’étaient surpassés à Orléans. Loin que la grosse ville dût l’emporter contre les assiégeants, amis et ennemis étaient convaincus qu’elle ne pouvait plus tenir longtemps ; les Anglais s’en considéraient déjà comme les possesseurs, et les Orléanais eux-mêmes avaient fait des démarches auprès du duc de Bourgogne pour qu’il la reçut en séquestre (111, p. 47-31).

Malgré leur bravoure, les assiégés, par leur sortie, n’avaient pas arrêté les assiégeants qui avaient continué à faire fossés doubles pour empêcher toute entrée de vivres, dit Jean Chartier (III, p. 51).

Dès le 18 février, deux mille défenseurs avaient quitté la ville, au grand désespoir des Orléanais (III, p. 46). En dehors des milices communales.

il ne restait, croyons-nous, qu’un faible nombre d’hommes d’armes autour deDunois. C’est ce qui résulte de la lecture attentive du Journal du siège.

Il est vrai que pour seconder le nouvel effort, qui ne fut tenté que sous l’inspiration de Jeanne, l’on vit Alain Giron, Florent d’illiers et quelques autres se jeter dans la place ; mais le renfort semble moindre que celui qui accourut pour arrêter Fastolf au commencement du carême. Tout aboutit à la journée des Harengs.

Les mœurs que Duruy prête aux hommes d’armes qui s’étaient jetés dans Orléans ne leur étaient que par trop habituelles. Voilà pourquoi les Orléanais ne voulaient pas d’abord les recevoir dans leur ville ; mais, soit que l’extrémité du péril les eût changés, soit pour toute autre cause, le Journal du siège fait observer que l’entente régna constamment entre les citadins et leurs auxiliaires. « Ils étaient très unis pour défendre la cité. Les bourgeois se partageaient entre eux les hommes d’armes dans leurs maisons et les nourrissaient des biens que Dieu leur donnait aussi familièrement que s’ils avaient été leurs propres enfants. » (III, p. 129.)

II est très vrai que la multitude se montra très docile vis-à-vis de l’envoyée du Ciel; mais il a été établi plus haut que la Vénérable avait trouvé de l’opposition dans les capitaines royaux, qui, de prime abord, n’avaient pas pris part à l’assaut décisif des Tourelles, improuvé par eux.

Encore que les bourgeois et le peuple obéissent merveilleusement à la Vierge-Guerrière, ou plutôt parce qu’ils lui obéissaient, c’est les noircir que de les peindre avec les couleurs de Michelet. Ils ne méritent pas d’être assimilés aux hordes sanguinaires de la Révolution ou de la Commune. Si Gaucourt fut menacé parce que, le 7 au matin, il voulait empêcher l’assaut contre les Tourelles, il ne tomba pas un seul cheveu de sa tête. Il y a un abîme entre les soldats du Christ et la plèbe enivrée de fanatisme. Si les premiers ont le courage des lions, ils en ont la noble attitude. Les seconds ont la férocité du tigre. L’armée de la Pucelle, terrible aux Anglais dans la bataille, les laissa le lendemain se retirer sans les inquiéter ; Jeanne l’avait ainsi ordonné.

Tous les contemporains, bourgeois, capitaines, les historiens, tous ceux qui furent témoins de l’événement regardèrent la délivrance d’Orléans comme miraculeuse. L’étude des faits leur donne pleinement raison. L’on n’échappe pas au ridicule en venant les démentir après quatre siècles. Cela supposerait que les hommes de plume qui écrivent des histoires voient mieux les faits que Dunois, Thermes, et les hommes de guerre qui jugeaient en ayant sous les yeux les difficultés de l’œuvre, telles qu’elles résultaient du temps et de la situation. Michelet avait dit que cette délivrance parait moins miraculeuse : il n’a osé tenter qu’nn

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diminutif : M. Fabre n’a pas de ces atténuations, et il écrit avec assurance : « Certes^ la délivrance d* Orléans était naturelle : tant et tant d hommes vail^ lants s* y étaient réunis. » (P. 65.) Après avoir constaté comment M. le sénateur de T Aveyron unit le coup d'œil militaire à ce qui constitue le philosophe et l’orateur vantés par M. Evellin, qu’il soit permis en le quittant de lui exprimer un vœu : Puisse ce représentant du pays de Frayssinous, de de Bonald, dire un jour :

O Diou de mon berceau, sois le Dieu de ma tombe.

D'après Henri Marlin, les profondes blessures donnent des extases qui rendent la vigueur ; qu’on lise plutôt : « Quand Jeanne vit couler son sang, le cœur lui faillit, et elle pleura. Mais l’émotion qu’elle ressentait provoqua bientôt une extase qui lui rendit toute son énergie. » A signaler aux médecins militaires.

Il serait trop long de relever les fades réflexions par lesquelles Vallet de Viriville remplace le récit des faits dans les longues pages qu’il semble consacrer à Jeanne d’Arc. Elles ont la profondeur de celle-ci : « Lorsque la Pucelle renvoyait les filles de mauvaise vie, proscrivait l’indiscipline et la violence, elle ne s’inspirait pas d’une dévotion mesquine. » (P. 75.) Il y a donc des cas où proscrire le libertinage, le vol et le meurtre est l’eflTet d’une dévotion mesquine. Et encore : « Quand la Pucelle fit entendre sa voix dans la lettre à Bedford, les populations tressaillirent à cet écho de leur âme, à cet écho divinisé de leur propre voix. »

Ses pages sont partout étonnamment vides d’idées, pleines de faits minuscules, et chargées de références.

Qu’on ajoute aux procédés de falsification qui viennent d’être signalés l’omission d’une foule de faits et de circonstances caractéristiques, et l’on verra comment la délivrance d’Orléans devient chose « certes bien NATURELLE ». Découronnée presque du mérite de la délivrance d’Orléans, la Libératrice l’est de la manière suivante de celui de la campagne de la Loire.

D’après le maître, ce fut une guerre toute fortuite. Laissons-lui la parole : « Chose étrange qui peint et l’état du pays et cette guerre toute fortuite. On ne savait où trouver l’armée anglaise dans le désert de la Beauce alors couverte de taillis et de broussailles. Talbot voulait seul se battre, enragé qu’il était depuis Orléans d’avoir montré le dos aux Français ; Fastolf, au contraire, qui avait gagné la bataille des Harengs, n’avait pas besoin d’une bataille pour se réhabiliter; il disait en homme sage qu’avec une armée découragée il fallait rester sur la défensive. Les gens

d'armes n’attendirent pas la fin de la dispute. » (P. 45-46.) D’après Henri Martin, « les capitaines discutaient si oui ou non ils recevraient la bataille... ; la discussion durait encore quand on vit la tête de la colonne française qui arrivait au grand trot » (p. 60).

Guerre fortuite que cette campagne de la Loire où la Pucelle déploya la splendide stratégie qui, d’après les écrits du temps, ravit tous les hommes de guerre ! Elle était parfaitement avisée en pressant l'assaut de Jargeau avant que Fastolf, qui plus tard s’en arrachait les cheveux, fût arrivé pour renforcer Suffolk. La prise de Jargeau privait l’armée anglaise d’un corps important et de capitaines de renom, tels que les trois frères de Pôle. La Guerrière ne fut pas moins habile alors que, profitant de l’absence de Talbot quia été à la rencontre de l’armée amenée par Fastolf, elle court à Beauge^cy, après s’être assurée du pont de Meung qui aurait permis à l’armée anglaise de venir par la rive gauche renforcer la garnison de Bcaugency retranchée dans le château, à l’entrée du pont de cette dernière ville. Elle manœuvre si bien que les assiégés ignorent que l’armée anglaise venue à leur secours est dans le voisinage, et que, ne comptant pas être secourus, ils proposent dans la nuit une capitulation honorable que la Guerrière s'empresse d’accepter. La nouvelle de la reddition de Beaugency déconcerta Talbot, qui avait, dès la nuit, commencé l’attaque du pont de Meung. Il s’empresse de quitter les bords de la Loire pour couvrir Janville et les places anglaises de la Beauce.

Jeanne sait profiter de la victoire aussi bien que la remporter. Aussitôt qu'elle apprend que Talbot bat en retraite, son parti est pris. Les capitaines hésitent, elle n’hésite pas. Elle dispose l’armée de manière que l’on puisse en venir aux mains dès que l’on aura rejoint l’ennemi. 11 n’était pas en vue ; il ne pouvait pas l’être : une distance de 8 à 10 kilomètres sépare Beaugency de Meung, que l’armée anglaise venait de quitter. Jeanne assure qu'on aura bon conduit^ et l’on se met à la poursuite. Talbot, averti qu’il est suivi, ordonne de faire halte aux haies de Lignerolles, parce que le lieu lui paraît propice. L’armée de la Pucelle est si bien disposée qu’il n’a pas même le temps de prendre ses arrangements. L’avant-garde fond sur lui avant que ses archers aient eu le temps d’enfoncer leurs pieux en terre. C’est la déroute la plus complète, la déroute d’hommes qui n’ont pas pu faire leurs préparatifs de défense, et cette guerre est fortuite ! Gomment la sagesse la plus consommée aurait-elle mieux pu la conduire? Comment enlever plus habilement à l’ennemi tous ses points d’appui, l’aflaiblir en battant successivement ses corps d'armée disséminés h la garde des places, mieux semer le découragement parmi ses troupes? Si tout autre qu’un général divinement inspiré avait fait pareille campagne, l’on ne tarirait pas d’éloges. Le surnaturel apparaît ;

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tout est fortuit. C’est le contraire qui est vrai : rien n’est fortuit.

Il est exact que le jeudi, dans un conseil tenu h Janville, Fastolf avait été d’avis de ne pas aller à la rencontre de l’armée de Jeanne ; il aurait voulu qu’on attendît à Janville ou dans les places anglaises; il renouvelle ses instances le vendredi matin ; mais rien ne prouve qu’au moment où la bataille s’engagea, la discussion continuât. Elle ne pouvait pas continuer; l’on était poursuivi, l’on allait être atteint, il fallait voir en quel lieu la défense semblait offrir plus de ressources. Il est vrai qu’il s’enfuit ; mais Wavrin de Forestel, qui donne le plus de détails sur l’événement, fait remarquer que ce ne fut qu’à son corps défendant, parce qu’on lui fit observer qu’il irait inutilement se faire tuer ou prendre au milieu de l’armée française, qui déjà était maîtresse du reste de l’armée, tant l’attaque avait été rapide et bien concertée. Talbot, par son rapport, lui fit enlever l’ordre de la Jarretière ; il faut bien qu’il se soit justifié, puisque l’on ne tarda pas à le lui rendre. Les modernes l’excusent aujourd’hui et le plaignent; sans trancher la question, il est manifeste que les contemporains ne cédèrent pas à un enthousiasme sans raison en exaltant jusqu’aux nues la guerrière qui, en un jour, enlevait aux Anglais trois places fortes et anéantissait leur armée. Ils avaient raison de dire que l’on ne vit jamais la pareille. Ce que Michelet appelle une guerre fortuite fut l’effet d’un conseil tout divin.

L’on a peine à imaginer l’appareil machiné par le naturalisme pour enlever à l’héroïne le mérite de la reddition de Troyes. Comme il semble avoir fait illusion à pas mal d’esprits, il faut montrer quelle est la valeur de chaque pièce.

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