‹ La vraie Jeanne d'ArcChapitre 254 sur 296 · IV. 3o · texte numérisé non relu

IV. 3o

546 LA VIERGE-LIBÉRATRICE ET SON HISTOIRE FALSIFIÉES HAR LA LIBRE-PENSÉE.

pagae de frapper le parti d’isabeau et du duc Philippe, sou allié, d’une impopularité immédiate... Les femmes surtout rougirent en pensant qu’une personne de leur sexe avait pu méconnaître à ce point ses devoirs d’épouse et de mère*.

Or, il n’est pas de province où le traité de Troyes ait été aussi bien accueilli qu’en Champagne et à Troyes. Le jour même de la conclusion, quinze cents bourgeois en jurèrent l’observation à la cathédrale. La Champagne vota des fonds pour réduire les quelques places qui tenaient pour Charles VIL L’attachement ne se démentit pas durant les années qui suivirent, puisque, peu de temps avant l’arrivée de la Pucelle, Troyes, Châlons, Reims, renouvelèrent sur le corps du Christ le serment d’y être fidèles, et de repousser le Dauphin viennois et sa Pucelle. Les mémoires de Rogier, écrits sur les documents originaux, nous montrent ces trois villes échangeant constamment des messages, à mesure qu’approche l’armée de Charles VII, pour s’animer à la résistance. Le chanoine Cocault, dans son histoire manuscrite de Reims, écrit que « les Rémois étaient Anglais au possible* ». Aussi la soumission de Troyes causa-t-elle un grand ébahissement, constaté à l’envi par les Chroniques bourguignonnes. On lit dans celle des Cordeliers : « Toutes gens fut ébahies de la soumission de Troyes qui avait toujours tenu le parti de Bourgogne et avait promis de ne pas s’en séparer. » (III, p. 440.) Le chroniqueur, à son insu, parle comme Jeanne d’Ârc elle-même, qui, en promettant contre toute espérance la reddition de Troyes, avait ajouté : « Et la fausse France sera ébahie. » [Déposition de Danois.) Il n’y a pas jusqu’à Vallet luimême qui n’écrive : « La ville de Troyes s’était façonnée au joug de l’étranger. » (P. 89.)

L'assertion de Siméon Luce est donc une de ces contre-vérités dont Jeanne d' Arc à Domrémy est un composé.

Le rôle que depuis quelques années l’on a attribué à frère Richard demande qu’avant de discuter ses relations avec Jeanne nous présentfons un ensemble de ce que l’on sait de l’histoire du prêcheur.

On ignore sa nationalité, son lieu d’origine, la date de sa naissance. 11 était cordelier, et, s’il faut l’en croire, il revenait de Terre Sainte lorsqu’il vint prêcher l’Avent à Troyes* Cousinot nous apprend qu’il disait tous les jours : « Semez des fèves largement, celui qui doit venir viendra bientôt. » On sema des fèves si largement que ce fut merveille, ce dont

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