IV
U VIERGE-GUERRIÉRB DIAPRÉS SES AVEUX
La question des interrogateurs fait allusion à la prise de la bastille des Augustins. Si les hommes de Jeanne reculèrent, ce ne fut pas par ses ordres, ou ce fut un stratagème ; car ce mouvement, en faisant sortir les Anglais de leurs retranchements, ne servit qu’à leur faire perdre la forteresse qu’ils occupaient. Les questionneurs poursuivirent :
« Quand on a dû donner l’assaut, avez-vous dit à vos gens que vous recevriez les traits, les viretons, les pierres lancés par les canons et les machines? — Je ne Fai pas dit ; bien plies ^ il y eut cent blessés ^ ou même au delà ; ce que fai affirmé à mes gens, c'est de ne pas en douter, qu'ils feraient lever le siège,
« Dans F assaut contre la bastille du pont, je fus blessée au cou prr une flèche ou vireton ; mais feus un grand réconfort de la part de sainte Catherine; je fus guérie dans XV jours; je ne cessai pas pour cela d^aller à cheval et de besogner.
« Saviez-vous bien, par avance, que vous seriez blessée? — Je le savais BIEN, je F avais dit à mon roi, et f avais ajouté que nonobstant, je ne cesserais pas de besogner à la suite. Cela m'avait été révélé par les voix des deux Saintes, sainte Catherine et sainte Marguerite.
« Je fus la première à dresser F échelle contre là bastille du pont; et c'est en dressant F échelle que je fus blessée par un vireton, ainsi que je viens de le dire *. »
Ces courtes paroles sur la levée du siège sont à recueillir par les historiens. L’on y voit quels bruits absurdes et faux Ton répandait parmi les Anglo- Bourguignons, le nombre des blessés français à l’assaut des tourelles, d’intéressants détails sur la blessure de l’héroïne, la première à appliquer les échelles pour l’assaut.
Les interrogateurs posèrent peu de questions sur les campagnes victorieuses de Jeanne. Encore qu’elles fussent le vrai motif de l’inculpation,
interrogata apud quam bastiliam fuit quod fecit homines suos retrahi, respondit quod non recordatur. Dicit etiam quod erat benè secura quod levaret obsidionem Âureliensem, per revelalionem sibi factam; et ita dixerat régi suo antequam illuc veniret. {Procès, p. 78.)
1. Interrogata utrum, quando debuit fieri insultus, dixeritne suisgentibus quod ipsa reciperet viritones, lapides de machinis et canonibus, etc., respondit quod non; imo centum fuerunt læsi vel amplius; sed benè dixit gentibus suis quod non dubitarent et levarent obsidionem. Dicit etiam quod in insultudato contràbastiliamPontis,fuit læsa de unAsagittâ seu viritone in collo ; sed habuit magnam confortationem à sanctà Katharinâ, et fuitsanata infràXV dies; sed non dimisit proptereà equitare et negotiari.
interrogata an benè præsciebat quod læderetur, respondit quod hoc benè sciebal, et dixerat suo régi, sed quod, hoc non obstante, non dimitteret ulteriùs negotiari. Et fuerat hoc sibi revelatum per voces duarum Sanctarum, videlicet beatæ Katharinæ et beatæ Margaretæ. Dicens ulterius quod ipsa fuit prima quæ posuit scalam in altum, in dictà bastilià de Ponte, et levando ipsam scalam fuit, ut suprà, læsa in collo de dicto viritone. {Procès, p. 79.)