‹ La vraie Jeanne d'ArcChapitre 30 sur 296 · LETTRE AUX HABITANTS DE TOURNAT · texte numérisé non relu

LETTRE AUX HABITANTS DE TOURNAT

c’est sur d'autres points qu’ils cherchaient des prétextes pour la vengeance qu'ils voulaient en tirer. Ils ont fait la question suivante sur Jargeau :

« Pourquoi n’avez-vous pas voulu traiter avec le capitaine de Jargeau? — Les seigneurs de mon* parti répondirent aux Anglais quils ri auraient pas le terme de quinze jours qtiils demandaient; mais d* avoir à se retirer sur r heure avec leurs chevaux. Pour moi^je leur dis de se retirer de Jargeau avec leur petite cotte^ la vie sauve^ s'ils voulaient; sans quoi on les prendrait par assaut. — Avez-vous délibéré avec votre conseil, c’est-à-dire vos voix, pour savoir si, oui ou non, vous leur donneriez le terme demandé? — Je ne m'en souviens pas^. »

Jeanne était bien inspirée en pressant l'évacuation de Jargeau, puisque Talbot accourait au secours de la garnison, et les assiégeants eussent été serrés entre les troupes qu’il amenait et la garnison de la ville.

La Pucelle savait profiter de la victoire autant que la remporter. Dô là sa peine des hésitations de la cour. La nouvelle de ses fulgurants triomphes ne pouvait que confirmer dans leur fidélité les partisans de la cause nationale, ébranler ceux qui s’étaient rangés du côté des envahisseurs. Jeanne nous dira bientôt elle-même qu’elle écrivit au duc de Bourgogne, leur principal appui, une lettre demeurée sans réponse. Elle l’invitait à venir au sacre. Elle y invita les habitants de Tournay, en même temps qu’elle leur annonçait ses victoires. Aucune ville ne méritait plus cette attention de la Libératrice ; car on aime à redire qu’il n’en existait pas de plus française. Voici cette lettre ; à l’orthographe près, elle n’est que très légèrement rajeunie.

f Jhesus f Maria.

€ Gentils loyaux François de la ville de Tournay^ la Pucelle vous fait savoir des nouvelles de par deçà. En VIII jours elle a chassé les Anglais hors de toutes les places qu'ils tenaient sur la rivière de Loire ^ par assaut ou autrement; il y en a eu maints morts et maints prisonniers^ et elle les a déconfits en bataille. Et croyez que le comte de Su/fort j Lapoulle son frère, le sire de Tallebord (Talbot), le sire de Scalles, et messire Jean

I. Interrogala quarù non recepit traclatum cum capitaneo de Gergueau, respondit quod domini de parte suà responderunt Anglicis quod ipsi non haberent terminum XV dicrum quem petebant ; sed quod recederent ipsi et equi eoruin in horà præsenti. Dicit eliani quod, quantum ad ipsam, dixit quod ipsi de Gergolio recederent in suis gipponibus vel tunicis, vitâ eorum salvà, si vellent; alioquin caperentur per insultum. IProc^, p. 79.)

Falscof (Fastolf) et plusieurs chevaliers et capitaines ont été pris, et le frère du comte de Su/fort et Glasdas (Glasdal) (sont) morts.

K Maintenez-vous bien loyaux Français, je vous en prie. Êt vous prie et vous requiers que vous soyez tout prêts de venir au sacre du gentil roi Charles à Reims, où nous serons brièvement. Venez au-devant de nous quand vous saurez que nous approcherons.

« A Dieu vous recommande ; que Dieu soit garde de vous et vous donne grâce pour que vous puissiez maintenir la bonne querelle du royaume de France.

« Écrit à Gien le XX jour de juin. »

Adresse : « Aux loyaux Français de la ville de Tournay »

La lettre aux habitants de Tournay fut écrite au milieu des préparatifs du voyage de Reims, au lendemain de la miraculeuse victoire de Patay ; cela explique les inexactitudes de quelques détails : toutes les places de la Loire n’étaient pas soumises, Fastolf avait échappé. La Pucelle s’attribue les victoires de la merveilleuse campagne ; c’était les réserver à Notre-Seigneur, auquel tout devait être rapporté dans sa mission, ainsi qu’elle n^a cessé de le redire.

La lettre aux habitants de Troyes a été citée dans le volume précédent (p. 354), telle que nous l’a conservée Jean Rogier. Elle est courte, et chaque mot est plein de choses. Voilà pourquoi elle va être reproduite, légèrement rajeunie.

JuESus f Maria.

« Très chers et bons amis, si tel est votre bon plaisir ; seigneurs, bourgeois et habitants de la ville de Troyes, Jeanne la Pucelle vous mande et fait savoir, de par le roi du Ciel son droiturier et souverain seigneur, au royal service duquel elle est un chacun jour, que vous fassiez vraie obéissance et reconnaissance au gentil roi de France, qui sera bien brief à Reims et à Paris, qui que vienne contre, et en ses bonnes villes du saint royaume, à T aide du roi Jésus.

« Loyaux Français^ venez au-devant du roi Charles, et qu'il n'y ait pas de faute; ne redoutez rien, ni pour vos corps ni pour vos biens, si ainsi le faites; et si ainsi ne le faites, je vous promets et certifie sur vos vies que nous entrerons, à Taide de Dieu, en toutes les villes qui doivent être du saint royaume, et nous y fei'ons bonne paix ferme, qui que vienne contre.

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