LA PÜCELLE AUX HABITANTS DE TROYES. — FRÈRE RICHARD
« A Dieu vous recommande ; Dieu soit garde (gardien) de vons^ s'il lui plaît. Réponse brief (promptement) devant la cité de Troyes.
« Écrit à Saint-Phale, le mardi quatrii me jour de juillet, »
Au dos était écrit : « Aux seigneurs^ bourgeois ae la cité de Troyes, »
Saint-Plial, h quatre lieues sud-ouest de Troyes, était une seigneurie possédée par Etienne de Vaudrey, comte de Joigny, ardent Bourguignon. L’armée de Charles YII se sera sans doute facilement emparée du château dont on voit encore l’enceinte, qui clôt les champs cultivés occupant aujourd’hui l’emplacement du castrum.
Jamais ville ennemie ne reçut sommation de se rendre, en termes se rapprochant même de loin de la sommation adressée de Saint-Phal par la Pucelle à la ville de Troyes. Tout y est plein du Seigneur du Ciel. C’est en son nom que Jeanne traite ; elle n’est pas au service de Charles ; elle est un chacun jour au service royal du Seigneur Jésus ; il est la source suprême du droit, le droiturier et souverain Seigneur, La France est le . saint royaume. Dans ces courtes lignes l’expression est répétée deux fois.
Il est saint par ses origines surnaturelles, saint par le miracle de résurrection opérée par celle qui proclame ainsi les droits de son Seigneur, saint par ses destinées, le carquois, dit Grégoire IX, que le Dieu Incarné s est passé autour des reins, et d’où il tire ses flèches d’élection contre les ennemis de son Eglise*. Il en a déterminé les limites, les villes qui doivent être du saint royaume. C’est lui qui ordonne que l’on fasse obéissance au gentil roi de France^ c’est-à-dire au roi que la naissance désigne, c’est le sens propre du mot gentil. Il sera bientôt non seulement à Reims, mais encore à Paris, et non seulement à Paris, mais encore dans toutes les villes qui doivent être du saint royaume. C’est, pour la centième fois, l’expulsion totale de l’Anglais affirmée comme devant être accomplie par la Pucelle elle-même, puisqu’elle doit avec le roi y établir bonne paix ferme : « Nous y ferons bonne paix ferme. » Est-ce qu’elle aurait pu annoncer comme prochaine l’entrée du roi à Paris et dans les bonnes villes qui doivent être du saint royaume, si elle devait avoir lieu seulement dans sept, et dans vingt ans*?
Le but, c’est d’y établir une paix bonne^ c’est-à-dire fondée sur la justice, qui dure. La Pucelle offre pour le passé une amnistie entière qui, par le fait, fut accordée. Si Troyes résiste, elle est indirectement menacée par cette phrase : Je vous promets et certifie sur vos vies que nous entrerons dam toutes les villes qui doivent être du saint royaume,