LE PAPE, LA PUCELLB, LE COMTE D'ARMAGNAC
Valois, de la Brie occidentale, du nord de l’Ile-de-France, du Beauvaisis, s’apprête à entrer dans la Picardie qui l’appelle; mais ce que Dieu lui-même offrait gratuitement, la diplomatie préférait l’obtenir par ses habiletés.
On a vu dans le précédent volume (p. 421), par le récit de Moustrelet, comment aux négociations d'Arras, vers le 15 août, la paix avait été sar le point de se conclure avec le duc de Bourgogne, auquel on faisait des conditions très favorables, alors que la marche en avant de Jeanne enlevait au parti anglo-bourguignon villes sur villes, allait mettre le parti national en état d’expulser l’étranger et de dicter la paix au vassal rebelle.
D’Arras, les négociations se continuèrent à Compiègne. Jeanne en était partie et était sous les murs de Paris, lorsque, le 28 août, fut signée la trêve par laquelle le duc de Bourgogne était autorisé à venir défendre cette ville contre l’armée de Charles VII et la Pucelle elle-même. L’histoire peut-être ne présente pas de fait aussi inexplicable. 11 devait amener l’échec du 8 septembre ; mais, avant de produire les réponses de Jeanne sur cette journée, il faut parler d’un incident qui se passa au moment du départ de Compiègne, et que l’accusation essaya d’exploiter de la manière suivante. A la séance du 1*' mars, il fut dit à l’accusée :
« Que dites-vous de notre seigneur le Pape, et quel est celui que vous croyez être le vrai Pape? — Est-ce qu’il y en a deux? — N’avez- vous pas reçu des lettres du comte d’Armagnac qui voulait savoir auquel des trois Papes il devait obéir? — Le comte m’a écrit, en effet, certaine lettre à ce sujet; dans ma réponse, je lui disais entre autres choses que quand je serais à Paris, ou de loisir en tout autre lieu, je lui ferais réponse^. Je me disposais à monter à cheval quand je lui fis cette réponse. »
On lui lut alors la lettre du comte d’Armagnac, et la réponse donnée. Voici l’une et l’autre, telles qu’elles sont inscrites dans le réquisitoire de d’Estivet.
Lettre du comte d’ Armagnac. — « Ma très chère Dame, je me recommande humblement à vous, et vous supplie pour Dieu, que, attendu la
1. InteiTOgala quid dicit de Domino noslro Papa, et de quo ipsa crédit quis sit rems Papa, respondit quærendo utrum essent duo.
InteiTOgala utrum habuerat litteras à comité Armignaci, pro sciendo cui trium tummorum pontibeum deberet obedire, respondit quod ipse cornes scripsit eidem quasdam litteras super isto facto ; ad quod dédit responsum, inter alia quod, quando esset Parisiis vel alibi in quiete, ipsa daret responsum. Ët volebat tune ascendere equum, quandb dédit illi responsum. (Procès, p. 82.) '
division qui en présent est en sainte Église universelle, sur le fait des Papes (car il y a trois contondants au papat ; l’un demeure à Rome et se fait appeler Martin-Quint {cinq), auquel tous les rois chrétiens obéissent ; l’autre demeure à Paniscole, au royaume de Valence, lequel se fait appeler Pape Clément VIP (VHP); le tiers, on ne sait où il demeure, si non seulement le cardinal de Saint-Étienne et peu de gens avec lui, lequel se fait nommer Pape Benoit XIV. Le premier, qui se dit Pape Martin, fut élu à Constance par le consentement de toutes les nations des chrétiens ; celui qui se fait appeler Clément fut élu à Paniscole après la mort du Pape Benoit XlIP par trois de ses cardinaux; le tiers, qui se nomme Pape Benoit XIV* à Paniscole fut élu secrètement, principalement par le cardinal de Saint-Etienne). Veuillez supplier Notre Seigneur Jésus- Christ que par sa miséricorde inQnie, que par vous il nous veuille déclarer qui des trois susdits est vrai Pape, et auquel il plaira qu’on obéisse d’ici en avant, ou à celui qui se dit Martin, ou à celui qui se dit Clément, ou à celui qui se dit Benoit, et auquel nous devons croire soit secrètement, ou par quelque dissimulation, ou publique manifestation ; car nous serons tous prêts de faire le vouloir et plaisir de Notre Seigneur Jésus-Christ.
« Le tout vôtre comte d'Ârmignac. »
Le tribunal présenta la lettre suivante à l’accusée comme étant sa réponse, signée par elle.
Jhescs f Maria.
« Comte d Armignac, mon très cher et bon ami, Jehanne la Pucelle vous fait savoir que votre messager [message) est venu par devers moi, lequel m'a dit que vous f aviez envoyé par deçà pour savoir de moi auquel des trois Papes, que [vous) mandez par mémoire, vous devriez croire. Laquelle chose je ne puis bonnement vous faire savoir au vrai pour le présent, jusqu’à ce que je sois à Paris bu ailleurs à repos [à requoy) ; car je suis pour le présent trop empêchée au fait de la guerre; mais quand vous saurez que je suis à Paris, envoyez-moi un messager [message) par devers moi, et je vous ferai savoir tout au vrai auquel vous devez croire, et ce que j'en aurai su par le conseil de notre droiturier et souverain Seigneur le roi de tout le monde, et ce que vous aurez à faire, de tout mon pouvoir.
« A Dieu vous recommande; Dieu soit garde de vous.
« Écrit à Compïègne le XXI P jour d'août.
Après la lecture s’engagea le dialogue suivant : « Avez-vous écrit la réponse contenue dans la copie qui vient d’être lue? — Je pense avoir