IV
décider par son conseil particulier quel était le vrai Pape. Jeanne s’en référa à ses réponses.
L’appel réitéré de la Vénérable au Pape de Rome durant le procès dit assez si elle reconqjiissait suffisamment son autorité. C’est bien souvent qu’elle a demandé d’être menée à Rome.
Il n’en reste pas moins quelque obscurité quand on ignore, ou que Ton ne remarque pas la très délicate situation dans laquelle se trouvait le comte d’Armagnac.
Après avoir pendant quelque temps reconnu Martin V, Jean d’Armagnac était devenu, avec le roi d’Aragon Alphonse V, un des plus fougueux partisans du pseudo-Benoît XIII. Il faisait venir de Paniscole pour baptiser ses enfants de l’eau bénite par l’antipape. La mort de l’intrus ne le ramena pas au devoir. Tandis que trois cardinaux, de la création de Pierre de Lune, lui donnaient pour successeur un chanoine de Barcelone, Gilles Muûoz, le soi-disant Clément VIII, Jean d’Armagnac voulut faire un Pape pour ses vastes Etats. Il n’avait pour le nommer qu’un pseudo-cardinal, un certain Jean Carrère. Jean Carrère se donna le ridicule de vouloir à lui seul faire un Pape. Il élut un personnage si obscur que l’on ne sait de lui que le nom qu’il se donna. 11 se faisait appeler Benoît XIV, comme le prouve la lettre du comte. Qu’était-il précédemment? Où résida-t-il? On l’ignore.
Cependant le vrai Pape, Martin V, après avoir excommunié le comte d' Armagnac sans triompher de son opiniâtreté, était passé plus avant, et avait fini, en 1 429, par délier ses sujets du serment de fidélité, le dépouiller de ses États, qui furent donnés au roi de France, avec charge d’expulser le rebelle, dans le courant de l’année, de ses domaines confisqués. La position du comte devenait d’autant plus difficile que le roi d’Aragon rentrait dans le devoir, et que le pseudo-Clément VIII renonçait, le 28 juillet, quelques jours après le sacre de Reims, à sa tiare usurpée. C’est dans ces conjonctures que d’Armagnac écrivit à la Pucelle, probablement lorsque se négociait le désistement du faux Clément VIII, mais avant qu’il fût solennellement effectué. La lettre est sans date. Demander à quel Pape il devait obéir, équivalait pour lui à demander le moyen dont il devait user pour se tirer du mauvais pas dans lequel il se trouvait;, voilà pourquoi Jeanne affirme n’avoir jamais écrit, ni fait écrire sur le fait des trois Papes, et elle dit que le comte lui demandait à qui, lui, d'Armagnac, dépouillé par le vrai Pape, devait obéir. Il est probable qu’il sollicitait l'intervention de la Libératrice auprès de Martin V, auquel il ne tarda pas de rendre obéissance, et qui mit alors à néant la sentence fulminée’.