LETTRE AUX HUSSITES
Tours et d’Angers, ainsi que cela résulte de la note suivante trouvée par Vallet de Viriville dans le registre des comptes et chevauchées de la ville de Tours, et publiée par Quicherat (IV, p. 473).
« A religieux homme et honnête frère Jean Hourget, de l’ordre de Saint- Augustin, la somme de dix livres toumeiz qui lui sont dus, et qui par délibération des gens d'Église, bourgeois et habitants de ladite ville loi a été ordonnée pour sa peine et salaire et dépends d’avoir été de cette ville à Sens, devers le roi notre sire, la reine de Sicile, Mgr de Seez et M. de Trêves, principaux conseillers du roi notre dit seigneur, leur porter lettres faisant mention d’aucunes [quelques) paroles chargeant le bien et honneur des gens d’Eglise, bourgeois et habitants de cette dite ville et de la ville d’Angers, qu’avait dites et semées une femme de dévotion, nommée Catherine, qui est de La Rochelle ; lesquelles paroles étaient que en cette dite ville avaient charpentiers qui charpentaient, non pas pour logis, et que si on ne s'en donnait garde, ladite ville était en voie de prendre brièvement un mauvais bout, et que en icelle ville, il y avait gens qui le savaient bien. Lesquelles lettres il a portées et présentées, et sur ce, rapporté lettres de réponse des seigneurs dessus nommés, auxquelles ces présentes sont attachées, et font mention que de ce n’avaient aucunement ouï parler, ni le roi aussi auquel ils en ont parlé ; que le roi se fie bien èsdits gens d'Ëglise, bourgeois et habitants de ladite ville. Lequel voyage ledit frère a fait au mois d’août dernier passé, et pour ceci doit avoir ledit la somme de X liv.-t. » Cette somme fut payée le 10 septembre 1430.
Après l’échec contre La Charité, la Pucelle passa l’hiver dans un repos dont elle était très mécontente^ nous disent les Chroniques de Perceval de Cagny (III, p. 193), et deTournay (p. 228). — Les comptes de la ville de Tours nous la montreront sollicitant la générosité de ses magistrats en faveur de la fille du peintre de sa bannière, Héliote, qui se mariait en janvier ; les comptes de la ville d’Orléans nous diront qu’elle fut festoyée dans cette ville à la date du 19 janvier 1430.
Quelques jours avant de rentrer sur les champs de bataille, elle permit qu’on écrivît en son nom la fameuse lettre aux Hussites. Ces hérétiques se livraient en Bohême à des excès indescriptibles, dont la Chrétienté frémissait. On espéra qu’ils pourraient être impressionnés par le nom de la Pucelle; elle approuva qu’on leur adressât la lettre suivante, dont rauthenticité n’est plus douteuse aujourd’hui. Le célèbre Jean Nider, dans un texte que l’on trouvera plus loin, parle de cette lettre, pour montrer jusqu’à quel point la jeune fille poussait son audace. Écrite en latin
LA VIERGE-GUBaRIÉRB D’APRÈS SES AVEUX.
par frère Paquerel, il en fut fait une traduction allemande relrouvée par M. Hormoy, qui a servi de texte à la traduction de Quicherat. Depuis, le conservateur des archives de Vienne a découvert le texte latin dans un formulaire à l’usage de la chancellerie allemande du temps de Sigismond. 11 l’a publié en 1861 dans la Bibliothèque de l'École des chartes (5® série, t. II, p. 81). C’est sur ce texte qu’a été faite la traduction suivante :
« Moi, Jeanne la Pucelle, j’ai déjà depuis longtemps appris, par les bruits de la renommée, que de vrais chrétiens vous étiez devenus hérétiques et semblables aux Sarrasins. Vous avez supprimé parmi vous la vraie religion et son culte; vous l’avez remplacée par une ignominieuse et criminelle superstition que vous vous appliquez à défendre et à propager. Pas de turpitude, pas de cruauté que vous n'osiez attenter; vous ruinez les sacrements de l’Eglise, vous déchirez les articles de foi, vous détruisez les temples, vous brisez, vous brûlez les statues destinées à nous rappeler les saints, vous massacrez les chrétiens pour les forcer d’embrasser votre foi. Quelle est votre fureur? Quelle folie, quelle rage s’est emparée de vous ? La religion implantée dans le monde par le Dieu tout-puissant, par son Fils, par son Saint-Esprit, vous en êtes les persécuteurs, et vous rêvez de la renverser, de l’anéantir! Vous êtes aveugles, et non pas d’un aveuglement qui vous enlèverait seulement la vue et les yeux du corps. Croyez-vous que tout cela restera impuni ? Ne savez-vous pas que Dieu permet vos criminels attentats, permet que vous marchiez dans les ténèbres de l’erreur, pour que la mesure de vos scélératesses sacrilèges soit la mesure de votre châtiment et de vos supplices?
« Pour moi, je l’avoue en toute vérité, si je n’étais pas occupée à combattre les Anglais, il y a longtemps que je vous aurais visités; et si je n’apprends pas que vous vous ôtes amendés, il peut se faire que je laisse les Anglais pour me tourner contre vous, bien résolue, si je ne le puis pas autrement, d’exterminer par le fer votre vaine et obscène superstition, à vous enlever l’hérésie ou la vie. Si vous voulez revenir à la foi catholique, marcher aux clartés de l’antique lumière, envoyezmoi vos ambassadeurs, je leur dirai ce que vous avez à faire. Si vous vous y refusez, si vous regimbez contre l’aiguillon, souvenez-vous des destructions, des forfaits dont vous vous ôtes rendus coupables; attendez-moi avec d'immenses forces humaines et divines pour vous faire subir le sort que vous avez fait subir aux autres.
« Donné à Sully, le 23 mars,
« Aux Bohémiens hérétiques.
« Pasquerel. »