RÉVÉLATION DK LA CAPTIVITÉ. -- FRANQUET D’ARRAS
« Si VOS voix vous avaient commandé de sortir, et vous eussent signifié que vous seriez prise, seriez-vous sortie? — Si f avais su Vheure et que je devais être prise, je ntj fusse point allée volontiers ; toutefois en la fin f eusse fait leur commandement, quelque chose qui dût en advenir *. »
Monstrelet place la prise de Frânquet d’Arras dans les premiers jours de mai; de Cagny peu après le retour de Jeanne à Làgny ; c’est de Cagny, pensons-nous^ qui est dans le vrai. Cette dernière victoire de la guerrière a dû être remportée dans la semaine sainte, du 9 au 15 avril, ou dans la semaine de Pâques, du 20 au 22. L’exécution de ce brigand lui fut grandement reprochée. Voici comment elle s’en justifiait dans la séance du 14 mars :
« Prendre un homme à rançon, et le faire mourir prisonnier, n’est-ce pas un péché mortel ? — Aussi ne rai-Je pas fait. — Et Frânquet d’Arras que l’on fit mourir à Lagny ? — Pour ce qui regarde Frânquet d* Arras, je consentis à ce qiC on le fit mourir, s'il l'avait mérité, et parce qu'ii confessa être meurtrier, larron et iraitre. Son procès dura quinze jours; le juqe fut le bailli de Senlis, et les hommes de la justice de Lagny. Je requérais d'avoir Frânquet pour un homme de Paris, seigneur de l'Ours. Quand je sus que le seigneur était mort, et que le bailli m'eut dit que je faisais grand tort à la justice en délivrant icelui Frânquet, je dis audit bailli : « Puisque mon homme, celui que je voulais avoir est mort, faites «(/e celui-ci ce que vous devez en faire par justice. » — Avez-vous baillé ou fait bailler de l'argent à celui qui avait pris ledit Frânquet ? — Je ne suis pas moimoyer ou trésorier de France pour bailler argent »
1. En la septmaine de Pasques derrenièremenl passé, elle estant sur les fossés de Meleun, luy fut dit par ses vois, c'est assavoir saincte Katherine et saincte Marguerite, qu'elle seroit prinse avant qu'il fust la saint Jehan, et que ainsi failloit qui fust fait, et qu’elle ne s’esbahit, et print tout en gré, et que Dieu lui aideroit.
Interroguée se, depuis ce lieu de Meleun, luy fut point dit par ses vois qu'elle seroit prinse, respond que ouil, par plusieurs fois, et comme tous les jours. Et à ses Tois requéroit, quand elle seroit prinse, qu’elle fust morte tantousl, sans long travail de prison ; et ilz luy dirent j>oinl l’eure ; et s’elle l'eust sceu, elle n’y fust point alée ; et avoit plusieurs fois demandé savoir Leur, et ilz ne lui dirent point.
Interroguée se ses voix lui eussent commandé qu’elle fust saillie et signifié qu’elle eust esté prinse, si elle y fust alée, respond s’elle eust sceu l’eure, et qu’elle deust eslre prinse, elle n’y fust point alée, voulentiers ; toutes voies elle eust fait leur commandement en la fin, quelque chose qui luy dust estre venue. [Procès, p. H5-H6.)
2. Interroguée se de prendre ung homme à rançon, et le faire mourir prisonnier, ce n’est point péchié mortel, respond qu'elle ne l’a point fait. Et pour ce que on luy parloit d’un nommé Frânquet, d’Arras, que on fist mourir à Laigny, respond qu elle futconsen- Unte de luy de le faire mourir, se il l’avoit deservi, pour ce que il confessa estre mur-
Ce seigneur de TOurs avait nom Jacquet Guillaume et tenait hôtel à la porte Baudet, au lieu où devait éclater la conjuration, dont il faisait partie (III, p. S55). La conjuration fut découverte dans la semaine de la Passion ; les conjurés exécutés la veille des Rameaux, 8 avril, et les jours suivants. Si Frauquet avait été pris au commencement de mai, il en résulterait que la Pucelle n’aurait appris la mort de son protégé qu’un mois après l’exécution.
On verra au Y® livre de ce volume que, le 24 avril, elle se présentait aux portes de Senlis, et demandait à y être admise avec mille chevaux. Il lui fut répondu que la pauvreté de la ville ne permettait d’en admettre que trente. Une pareille escorte indique suffisamment ce que se proposait la guerrière.
La trêve avait expiré le jour de Pâques, 16 avril, et le duc de Bourgogne, qui avait fait ses préparatifs et se tenait à Montdidier, se hâta d’entrer en campagne. Son objectif était Compiègne.
Un double motif lui faisait vivement convoiter cette place. Elle était très importante, car elle ménageait la communication de ses Etats du Nord avec Paris ; aussi lors des trêves avait-il demandé que, en attendant la paix définitive, elle fût remise entre ses mains. Les machinateurs de la trêve avaient été jusqu'à lui faire cette concession ; mais les habitants de Compiègne, plus patriotiques, avaient absolument refusé de s’exposer à scs vengeances en l’admettant dans leurs murailles. Il avait dû se contenter de Port-Sainte-Maxence. Outré de fureur, il avait résolu de s’emparer de la ville de vive force, et, la trêve finie, Luxembourg et ses capitaines étaient partis de Péronne pour forcer les châteaux et forteresses qui servaient d’avant-poste à la place convoitée ; lui-même ne tardait pas à venir mettre le siège devant Gournay-sur-Aronde. A la suite d’une capitulation de Gournay, il se rendit à Noyon avec une troupe nombreuse, établit de ses meilleurs capitaines dans les faubourgs, et, pour s’assurer le libre passage de l'Oise, il constitua un fort détachement d’Anglais à Pont-l’Evêque, à 2 ou 3 kilomètres au-dessous de Noyon, garantissant ainsi ses communications avec la Picardie, et prévenant d’être inquiété sur ses derrières. — Il venait vers le 10 mai
drier, larron et traictre. Et dit que son procès dura XV jours, et en fut juge le baillifde Senlis, et reulx de la justice de Laigny. Et dit qu’elle requéroit avoir Frauquet pour ung homme de Paris, seigneur de Lours ; et quant elle sceust que le seigneur fut mort, et que le baillif luy dist qu’elle vouloit faire grand tort à la justice, de délivrer celluy Franquel, lors dil celle au baillif : « Puisque mon homme est mort que je vouloye avoir, faicte de icelliiy ce que debrvoyès faire par justice. »
Interroguèe s’elle bailla l’argent oufist bailler pour celluy qui avoit prins ledit Franquet, respond qu’elle n’est point monnoyer ou trésorier de France pour bailler argent. {ProcèSy p. 158-159.)
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