Lococitato
LA PÜCELLE FUT-ELLE TRAHIE A COMPÏÈGNE?
vain. Tous deux gagnèrent le barbier de Flavy, qui lui coupa la gorge ; comme il ne mourait pas assez vile, la dame rétouffa sons des coussins (février 1449). Elle prouva que son mari voulait la tuer, obtint des lettres de rémission (juillet 1449), et épousa son complice. La famille Flavy poursuivit le sire de Louvain, et finit par le tuer en 1464 : justice, mais justice de Tenfer, où les réprouvés sont des bourreaux les uns pour les autres.
La famille Flavy eut aussi à répondre de la mort du maréchal de Rieu. Son héritier attaqua les lettres de rémission comme excessives. De là un procès qui dura plus de cinquante ans, puisqu'il ne fut terminé qu’en 1S09.
Sans en suivre le labyrinthe, quelques détails aideront à comprendre la catastrophe de Compiègne. Les registres du Parlement renferment de nombreux plaidoyers à ce sujet. En juin 1444 (Régnault de Chartres était mort en avril 1444), Luillier présenta la défense de Flavy et nous révèle, sur les relations du capitaine de Compiègne, qui se disait malade pour ne pas comparaître, que Guillaume avait été le protégé du chancelier; le défenseur alléguait, pour soutenir les lettres de rémission, que Flavy avait refusé 30000 écus que le duc de Bourgogne lui offrait pour livrer Compiègne. On lit dans la réplique de Rapiou, l’avocat de l’héritier du maréchal : « N’est à croire que en refusa xxx“ escus, veu qu’il ferma n1 les portes à Jehanne la Pucelle, par quoy fut prise, et dit-on que pour \ fermer lesdites portes il ot plusieurs lingots d’or *. » Barbin, au nom du roi, demandait une punition pour le meurtre du maréchal. Tout cela se disait du vivant de Flavy. L’affaire, comme il a été observé, ne devait pas finir de sitôt, puisqu’elle ne fut terminée que dans le siècle suivant.
Quicherat (V, p. 179 et 369), cite comme venant du cabinet des titres, des extraits d’un résumé des plaidoieries composées pour Flavy, par conséquent favorables, La prise de la Pucelle y est racontée ainsi qu’il suit : « Plusieurs troupes étant entrées en la ville [de Compiègne) par la forêt de Cuise, entre lesquelles était la Pucelle, ils firent entreprise pour lever le logement de messire Baudot de Noyellc, maréchal de l’armée, qui avait son quartier au village de Marigni, au plus proche de la ville. Sortirent à cette lin le mercredi 24 mai [mardi S3)^ {à) 5 heures du soir, cinq ou six cents hommes partie à pied et partie à cheval, et y trouvèrent grande résistance pour ce que tous les chiefs et capitaines y estoient assemblés pour résoudre ce qui était à faire aux approches (pour approcher de la ville).
1. Registres du Parlement, X 2 A, 24. M. de Beaucourt indiquait déjà ce texte dans le Bulletin de l'histoire de France (1861 , p. 59).
« La résistance de ceux-ci donna loisir à toutes les troupes logées à Venette, Clairoix et Bienville, même au duc de Bourgogne logé à Coudun, de secourir leurs capitaines engagés au combat avec telle ardeur et poursuite, que, sur la retraite, ils se trouvèrent pêle-mêle jusqu’aux barrières, la Pucelle et les capitaines étant sur le derrière de leurs troupes pour arrêter la violence des ennemis. Lesquels se voyant confortés par toute l’armée qui venait fondre sur ceux qui étaient sortis, entraient ès barrières, ne pouvant être arrêtés par les archers et coulevriniers que Flavy avait disposés pour les défendre et favoriser la retraite, et n’eût été les petits bateaux couverts, garnis d’archers et arbalétriers, rangés au bordage de la rivière, où la plupart des gens de pied furent recueillis, les ennemis eussent occupé les barrières et mis la ville en danger, en laquelle n’y était que les habitants qui arrêtèrent la fureur des ennemis, le désordre et confusion étant demeurés sur les chefs de la cavalerie, qui furent tellement accueillis [bousculés) et pressés, que la Pucelle, Pothon le Bourguignon, et cinq ou six autres des plus vaillants, furent contraints donner leur foi * et demeurer prisonniers. La Pucelle tirée bas de son cheval par ses longs habits, donna sa foi au bâtard de Wendonne qui était de la compagnie et suite de messire Jean de Luxembourg, au logis duquel elle fut menée après avoir parlé au duc de Bourgogne.
« Cela défavorisa grandement [nuisit beaucoup à) la défense de la ville peu fournie d’hommes, vivres et munitions de guerre, ceux qui y étaient entrés avec la Pucelle s'étant dès le lendemain retirés en leurs garnisons ; et n’y serait demeuré que Barette, lieutenant de ladite Pucelle, et XXXIII hommes d’armes de sa compagnie. »
Le départ des troupes entrées avec la guerrière prouve bien qu’elle n’était sortie de Compiègne, au retour de Soissons, que pour chercher des renforts. C’est l’avocat de la famille Flavy qui parle ; il omet de dire que les barrières furent fermées, mais il avoue le petit nombre de ceux qui furent pris avec la Libératrice. C’étaient les plus braves ; n’auraientils pas fait payer chèrement aux ennemis qui se seraient engagés dans la place leur imprudente témérité, alors qu’ils auraient été soutenus par les défenseurs et les habitants? Les Anglo-Bourguignons n’auraientils pas hésité à s’engager ainsi dans la ville ? C’est ce que Fon se demande.
Si la trahison de celui que l’historien des ducs de Bourgogne, M. de Baranle, appelle le plus cruel y le plus avare des capitaines des compagnies (liv. VI, p. 185) n’est pas absolument certaine, de véhé-
i. Le 21 février la Pucelle affirmail n’avoir jamais donné sa foi à qui que ce fût: dicens quod nuUi unquam pdem dederat. {Procès, p. 47.)
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