‹ La vraie Jeanne d'ArcChapitre 56 sur 296 · LA CAPTIVITÉ DE LA VÉNÉRABLE JUSQU’A L’ARRIVÉE A ROUEN · texte numérisé non relu

LA CAPTIVITÉ DE LA VÉNÉRABLE JUSQU’A L’ARRIVÉE A ROUEN

fus confessée; et c'est du conseil de sainte Catherine que je m*en confessai, — Avez- vous eu pour cela grande pénitence? — T en ai eu une grande partie du mal que je me suis fait en tombant, — Le péché que vous fîtes en vous précipitant, croyez-vous que ce fut un péché mortel ? — Jenen sais lien, mais je m'en attends à Notre-Seigneur^. »

Le 15, comme on lui demandait si elle avait jamais fait quelque chose contre le commandement des Saintes, elle répondit : « Ce que j'ai pu et su faire^ je t ai fait et accompli à mon pouvoir. Pour ce qui est du saut du donjon de Beaurevoir que je fis contre leur commandement, je ne pus m'en tenir; et quand elles virent ma nécessité, et que je ne savais et ne pouvais m'en tenir, elles me secoururent de la vie et me gardèrent de me tuer^, »

Ces aveux de Jeanne servirent de matière à trois articles du réquisitoire. Par le XXXYII® Taccusateur lui reproche d’avoir désobéi à des commandements qu’elle prétend venir de Dieu, et d’avoir dit qu’elle n'avait pu s’empêcher de se précipiter. En quoi, dit-il, elle semble avoir sur le libre arbitre de l’homme des opinions blâmables, et tomber dans l’erreur de ceux qui prétendent qu’il est nécessité par de fatales conjonctures ou choses semblables.

« Je m'en tiens à ce que j'en ai répondu,,, — Faire contre le commandement de vos voix, ajouta-t-on, ne pensez-vous pas que ce soit pécher mortellement? — Ten ai autrefois répondu, et je m'en attends à ladite réponse. Quant à la conclusion de l'article, je m'en attends à Notre- Seigneur^, »

I. Quand on lui a rainenlué... qu'elle s'esloit laissée cheoir de la tour de Beaurevoir, respond : « Je le faisoye non pas en espérance de moy désespérer ; mais en espérance de sauver mon corps, et de aler secourir plusieurs bonnes gens qui estoienl en nécessité. » Et après le sault s'en est confessée, et en a requis mercy à Nostre Seigneur et en a pardon de Nostre Seigneur. Et croist que ce n'estoit pas bien fait de faire ce sault ; mais fust mal fait. lUm, dit qu’elle sçait qu’elle en a pardon par la relacion de saincte Katherine, après qu’elle en fut confessée ; et que du conseil de saincte Katherine, elle s'en confessa.

Interroguée s’elle en ouït grande pénitence, respond qu’elle en porta une grant partie du mal qu'elle se fist en Chéant.

Interroguée se ce mal fait qu'elle fist de saillir, s’elle croist que ce fust péchié mortel, respond ; <( Je n’en s^ay rien, mais m’en actend à Nostre Seigneur. » {Procès,

2 Interroguée se elle fist oncques aucunes choses contre leur commandement et voulenté, respond que ce qu’elle a peu et sceu faire, elle l’a fait et accomply à son povoir; et quant est du sault du dongon de Beaurevoir qu'elle fist contre leur commandement, elle ne s’en peust tenir; et quant elles veirent sa nécessité, et qu'elle n’en sçavoit et povoit tenir, elles luy secourirent sa vie, et la gardèrent de se tuer. {Procès, p. 169.)

3. Dixit quod quando habuit præceptum de non saltando à turri, quod erat intentata ad faciendum oppositum, et quod non poterat alias facere. In quo malè sentire videlur

L’arlicle XLl insiste sur la pensée de désespoir qui Ta poussée à se précipiter du haut de la tour. C’est un instinct diabolique qui lui a inspiré un acte pareil, elle qui s’est souvent vantée qu’elle se tuerait plutôt que de se laisser livrer aux Anglais.

« Je men attends à ce que fen ai dit autrefois *. » Ce fut l’unique réponse.

Dans l’article XLVI, on lui reproche de s’ôtre rendue coupable d’impatience et d’irrévérence envers Dieu, en disant : « Et comment ! Dieu laissera mourir mauvaisement ceulx de Compiègne, qui sont si loyaux ! »

« Je men attends à ce que fai répondu^ » repartit l’accusée *.

Dans ses Aperçus nouveaux. Quicherat s’est oublié jusqu’à dire que la sainte fille avait obéi à une pensée de suicide, et jusqu'à tronquer un texte pour établir son odieuse assertion. Il a été réfuté dans le second volume de cet ouvrage (p. 305-306).

Tout proteste dans les paroles de la Vierge étudiées de près, contre un semblable crime. Non seulement elle dit formellement le contraire; mais elle affirme qu’elle préférait rendre son ame a Dieu que tomber entre les mains des Anglais. Elle savait bien que se suicider c’était donner son âme non à Dieu, mais au démon. Elle savait qu’elle s’exposait. N’y avait-il pas des raisons suffisantes pour affronter le péril? La Chronique des Cordeliers^ une chronique bourguignonne, nous révèle que ce par quoi elle se laissait glisser (f avalait) rompit. Elle ne se précipita donc pas. L^horreur qui la saisit à la nouvelle qu’elle allait être livrée aux Anglais, le désir de venir au secours des habitants de Compiègne, autorisaient, ce semble, une tentative suprême, où, avec péril de mort, il y avait chance de réussite. Quand elle dit n’avoir pu s’en tenir, il est évident que nous

de libertate humani arbitrii,el incidere in errorem illorum qui ponunt ipsam necessitari à dispositionibus fatalibus aut aliquo simili.

Respond : « Je m’en tien ad ce que autrefois j’en ay respondu... »Interroguée se faire contre le commandement de ses voix, elle cuide point péchier mortellement, respond : « J’en ay autres fois respondu, et m’en actend à la dicte response. wEtde la conclusion de l'article, elle s’en actend à Nostre Seigneur. (/Vocés, p. 260.)

1. Dicta Johanna ut desperata, se odio et despectu Anglicorum, ac etiam pro destructione Compendii quam esse futuram audiverat, à summitate unius altæ turris se præcipitare tentavit, et instigante diabolo, hoc facere in ejus mente affixit, se ad hoc f^aciendum applicuit, et circà hoc fecit quod potuit de facto ; se pra^cipitando etiam, impulsa et instinctu diabolico sic ducta,quod potiùs intendebatad liberationem corporum quàm amimarum suæ et plurium aliorum ; se pluriès jactando quod, se ipsam potiùs interticeret, quàm permitteret se tradi in manus Anglicorum, respond : « Je m'en actend que autrefois j’en ay dit. » {Procrs, p. 266.)

2. Dixit se requisivisse mullùm affectuose sanctas Katharinam et Margaretam pro illis de Compendio antèquam sic saltaret, dicens eis inter cætera per modum querimoniæ per hune modum : « Et comment! Lessera Dieu ainsi mourir mauvaisement ceulx de Compiengne, qui sont si logaulx!» In quo apparebat impatientia ejus et irreverentia ad Deum etsanctos. Respond : « Je m’en actend ad ce que j’en ay respondu. •> (Procès, p. 271.)

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