‹ La vraie Jeanne d'ArcChapitre 58 sur 296 · LA PÜCELLE DANS SON PARTI · texte numérisé non relu

LA PÜCELLE DANS SON PARTI

Sommaire : l. — Conduite de Charles Vil envers la Pucelle. — Le nombre d'hommes d’armes qu’il lui confie. — La maison militaire de la Vierge-Guerrière. — Ses chevaux ; le cheval de l’évèque de Senlis. — Les demandes de la Pucelle. — Les armoiries données par Charles VIL — Degré de foi de Charles VII dans la mission de la Pucelle. — Ce qu’il a fait pour sa délivrance.

IL — Prières du peuple pour la Pucelle. — Foi du peuple dans la Pucelle. — Hommages du peuple à la Pucelle. — La Pucelle marraine. — Énumération d'actes on l’honneur de la Pucelle. — Késistance de la Pucelle. — Douleur de la prise de la Pucelle.

La Libératrice a peut-être trouvé dans son parti des traîtres qui Tont trahie et vendue ; nous n’avons pas dissimulé ce qui peut en faire naître le véhément soupçon ; ils furent fort peu nombreux ; mais ils étaient tout-puissants. Plus nombreux furent les capitaines qui la jalousèrent. Ces tristes constatations ne doivent pas faire oublier l’immense enthousiasme dont elle fut l’objet de la part de la masse de la nation, de la part du peuple qui fit sa force.

Le roi, encore qu’il ait été coupable de faiblesse pour la défendre, qu’il n’ait pas eu assez de foi en sa mission, et de force d’àme pour s’abandonner à la conduite de la céleste envoyée, ainsi que Jacques Gelu lui en faisait un devoir rigoureux, le roi lui a toujours porté le plus vif intérêt. Un chapitre entier a été consacré dans le volume précédent à dire les marques solennelles, publiques, permanentes, qu’il lui en a données. Il reste à faire connaître les égards plus personnels dont il Ta entourée.

Les docteurs de Poitiers disaient, dans leur sentence, que le roi devait la faire conduire honnêtement. Il le fit. Il lui donna des hommes d’armes. S’il fallait s’en rapporter au procès-verbal, ce serait un nombre fort considérable pour le temps et surtout les conjonctures dans lesquelles il se trouvait. A cette question adressée le 27 février: « Quelle suite vous donna le roi quand il vous mit à l’œuvre '? » la Pucelle aurait répondu :

CHARLES Vil ET LA VIERGE-GUERRIÈRE.

« Il ma donné X ou XII mille hommes^ f allai d'abord à Orléans » Pareil chiflFre est inadmissible, au moins pour les débuts. Les chroniqueurs les mieux informés ne parlent que de deux à trois mille hommes. 11 y a dans la traduction latine, la seule qui nous reste pour cette séance, une erreur qu’explique la facilité de se méprendre sur les nombres écrits en caractères romains ; ou l’on a gonflé expressément le chiffre donné par Jeanne ; ou il s’agit de l’armée après la victoire de Patay.

Dans l’article LUI du réquisitoire, d’Estivet reproche à Jeanne d'avoir poussé l’orgueil et la présomption jusqu'à commander à des armées, où se trouvaient quelquefois jusqu’à XVI mille hommes, parmi lesquels beaucoup '^e nobles, des barons et des princes. Jeanne répondit que si elle était chef de guerre, c’était pour battre les Anglais ^ A Orléans, où elle vainquit en s’écartant de l’avis des chefs, dans la campagne de la Loire, où le généralissime en titre, le duc d’Alençon, avait l’ordre, auquel il fut fidèle, de n’agir que sous la direction de la Pucelle, dans toutes ces miraculeuses conquêtes du 4 mai au 8 septembre, tout, dit Perceval deCagny, et avec lui d’autres chroniqueurs, tout se fit par l’initiative de la Pucelle. Elle n'avait pas cependant le titre de chef de l’armée. D'Estivet dit que la Libératrice commanda quelquefois à seize mille hommes. C’est le chiffre le plus élevé. Fût-il vrai, il faudrait conclure qu’elle n’en comptait pas dix ou douze mille au début; car ce chiffre fut plus que doublé dans la suite.

L’on sait que Charles VII avait constitué une maison militaire à la Libératrice. De là le LIV' article du réquisitoire: «Jeanne n’a voulu que des hommes pour son service dans la vie privée, chose inouïe de la part d'une femme pudique et dévote. » Jeanne répondit : « Mon gouvernement était d'hommes^ mais au logis et pour dormir, f avais le plus souvent une femme avec moi. Quand fêlais en guerre, je couchais vêtue et armée, là où je ne pouvais pas trouver une femme. Quant à la conclusion, je m'en attends à Notre-Seigneur »

(. Interrogata qualem comitivain tradidit sibi rexsuus, quando posuit eani in opus, respondit quod tradidit ÿbi X vel XII millia hominum. (Procès, p. 78.)

*2. Contra præcepta Dei et sanctorum, dicta Johanna assumpsit sibi præsumptuosè dominationein in et supra viros, se constituendo caput et ducem exercitûs aliquando numerosi XVI millium virorum, in quo erant principes, barones et inulti alii nobiles, quos omnes sub se,tanquàm sub capitaneo principali militare fecit.

Hespond quant à ce, quant au fait d’estre chief de guerre, elle en a autrefois respondu, et s’elle estoit chief de guerre, s’estoil pour battre les Anglois. Quand à la conclusion de l’article s'en rapporte à Noslre Sire. (Procès, p. 293.)

3. Ipsa Johanna inverecundè incessit cum viris, recusans habere consortia aut obsequia mulierum, sed tantum virorum, quos sibi servira voluit in ofliciis privatis cameræ suæ, et suis secretis rebus. Quod nunquam de aliquâ muliere pudicâ et devotà visum esl Nel auditum.

Kespond que son gouvernement, c’estoit d’oinmes ; mais quant au logeis et gist,le plus

Charles VII la monta convenablement de chevaux pour elle et pour ses gens. Le 10 mars, cette question lui fut posée : « Quand vous avez été prise, aviez-vous un cheval, un coursier ou une haquenée ? — J'étais à cheval; je montais un demi-coursier quand je fus prise, — Qui vous avait donné ce cheval *? — Mon roi, ou ses gens m'ont donné de I argent de mon roi. J'en avais cinq coursiers sans les trottiers qui étaient plus de sept^, »

L’accusation qui lui fut intentée à propos du cheval de Tévéque de Senlis prouve que le roi cherchait l’occasion de contenter le goût de la Pucelle pour les bons chevaux, goût qu'elle va avouer elle-même. Elle aimait les instruments de son métier, comme l’homme d’étude aime les bons et beaux livres. Le 3 mars donc, cette question lui fut posée : « Pourquoi avez-vous pris la haquenée de l’évôque de Senlis? — Elle fut achetée deux cents saints. S'il les toucha ou non, je 7ien sais rien ; mais il en eut assignation,, ou il en fut payé. Je lui récrivis que s'il voulait sa haquenée, il t aurait,, que je ne la votdais pas, et quelle ne valait rien pour supporter la fatigue *. »

Cette réponse ne satisfit pas les tortionnaires qui, pour convaincre la Vénérable de péché mortel, lui alléguèrent entre autres faits, le 14 mars, le cheval de l’évêque de Senlis. Elle répondit : « Pour ce qui est du cheval de Senlis, je crois fermement n'en avoir pas de péché mortel envers Notre Sire, pour ce qu'il fut estimé à deux cents saluts d'or dont le possesseur eut assignation; toutefois il fut renvoyé au seigneur de La Trémoille pour le rendre à Monseigneur de Senlis. Ledit cheval ne valait rien pour moi afin de chevaucher. D'un côté ce nest pas moi qui V avais pris à Févéque, de l'autre je ri étais pas contente de le retenir parce que j'appris que r évêque était mal content de ce qu'on lui avait pris son cheval, et aussi de ce qu'il ne valait rien pour gens d'armes. Et en conclusion^ s'il fut payé de l' assignation qui lui fut faite,, ou s'il eut restitution de son cheval, je ne sais, je pense que non »

souvent avoit une femme avec elle. El quant elle esloil en guerre, elle gesoit vestue et armée, là où elle ne povoit recouvrer de femmes. Quand à la conclusion delarlicle, se referl ad Domimim, {Procès, p. 293.)

1. Interroguée selle avoit ung cheval, quand elle fut prinse, coursier, ou haquenée, respond qu elle estoit à cheval, et estoit ung demi coursier celluy sur qui elle estoil, quand elle fut prinse. Interroguée qui luy avoit donné cellui cheval, respond que son roy ou scs gens luy donnèrent de l'argent du roy; et en avoit cinq coursiers de l'argent du roy, sans les trotiers où il en avoit plus de sept. {Procès^ p. 118.)

2. Interroguée pourquoy elle prinsl la haquenée de Lévesque de Senlis, respont, elle fut achetée deux cens sains. Si les eust ou non, elle ne sçait, mais en ouït assignacion, ou il en feust payé ; et si lui rescrit que il la reairoit, s’il vouloil,et qu’elle ne la vouloit point, et qu'elle ne valoit rien pour souffrir peine. (Procès, p. 104.)

3. Du cheval de Senlis, respond qu'elle croist fermement qu’elle n’en a point de

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