CHARLES VII ET LA VIERGE-GUERRIÈRE
lit
Malgré ces explications, d'Estivet ramena encore dans son article XXXJX le cheval épiscopal.
L’accusée répondit qu’elle s’en rapportait à ses réponses.
C’était le roi qui avait fait prendre cette haquenée pour en faire cadeau à la Pucelle ; mais, a écrit M. Dupuys dans le Bulletin de la société archéologique de Senlis (1876), les comptes du trésorier Raguier mentionnent cette dette du trésor. En prenant possession de Senlis, Charles VII avait publié des lettres d’amnistie dont seuls les Anglais étaient exceptés, et il avait ordonné que les biens fussent rendus à ceux qui avaient été exilés pour sa cause. L’évêque, Jean Fouquerel, n’était pas de ces derniers. C’était une des créatures de Cauchon. Loin d’être excepté de l’amnistie, le soin de le payer de son cheval était dévolu partie au receveur de Senlis, Innocent Lafare, partie au grênetier de la ville, Jean Milet. L’évêque, qui, à l’approche de l’armée royale, avait fait cacher une somme importante à Paris, s’était-il enfui ? Je ne saurais le dire, mais il n’a pas longtemps survécu à la défaite de la cause qu’il avait embrassée, puisque ses héritiers faisaient l’inventaire de ses biens à la date du 19 octobre 1429
Lorsque, le 10 mars, la Pucelle eut répondu qu’elle tenait du roi cinq coursiers et plus de sept trottiers, il lui fut dit : « Aviez-vous de votre roi autre chose que ces chevaux? — Je ne demandais rien ù mon roi si ce nest de botvies armes, de bons chevaux, et de l'argent pour payer les gens de mon hôtel, — N’avez-vous point de trésor? — X ou XII mille que fai vaillant, ce nest pas un grand trésor pour mener la guerre, bien plus cest peu de chose. Ces choses, à ce que je pense, soîit entre les mains de mes frères; et ce que j'ai c est de C argent propre démon roi^^. »
péchié mortel envers Nostrc Sire, pour ce qu’il se estime à deux cents salus d’or, dont il en ouït assignacion, et toutes voies il fut renvoyé au seigneur de La ïréinoille pour la rendre à Monseigneur de Senlis, et ne valoit rien le dit cheval à chevaucher pour elle î El si dist qu’elle ne le osta pas de Lévesque ; et si dist aussi qu'elle n’estoit point contente, d’autre party de le retenir, pour ce qu elle oyt que Lévesque en estoit mal content que on avoit prins son cheval, et aussi pour ce qu’il ne valoit rien pour gens d’armes. Et en conclusion, s’il fut paie dè Lassignacion qui luy fust faicte, ne S(;ail, ne aussi s'il eust restitucion de son cheval, et pense que non. (Procès, p. -159.)
1. Une course à Senlis a permis à l’auteur de recueillir ces données dans le tome XX des manuscrits du chanoine Alfortis; immense travail qu'un étranger peut difficilement consulter, vu le peu de temps que la bibliothèque de la ville est ouverte, et les conversations que viennent y tenir les politiciens de l'endroit. 11 est encore plus difficile d'aborder le château de la Victoire, où Bedford campait les 14 et 15 août. L’auteur a inutilement demandé de voir les lieux. 11 offre ses remerciements au docte abbé Muller dont la complaisance La dédommagé de refus qu’il n’a subis qu’à Senlis.
2. Inlerroguée s’elle eut oncques autres richesses de son roy que ces chevaulx,respond qu elle ne demandoit rien à son roy, fors bonnes armes, bons chevaulx, et de l’argent a paier ses gens de son hostel. Interroguée s’elle avoit point de trésor, respond que
Avant ces questions sur sa maison, elle avait été ainsi interrogée : « N’aviez-vous point un écu et des armes (armoiries)? — Je n'en eus jamais; mais mon roi donna des armes à mes fi'ères^ à savoir un écu d'azur, deux fleurs de lis d'or, et une épée dans le milieu; en cette ville j^ai devisé (dépeint) ces armes à un peintre parce qu'il m'a demandé quelles armes j'avais. Le tout fut donné par mon roi, à mes frères, pour leur faire plaisir, sans requête de ma part et sans révélation'^ , »
Sans donner sur ce point, comme sur tous les autres, d’autres preuves que les paroles de Jeanne qui affirment le contraire, d’Estivet accusa la Vénérable d'avoir fait peindre ces armoiries.
11 ajoute ce détail que l’épée était d’argent, la garde et la croix d’or, ainsi que la couronne. « C’est, dit-il, un faste et une vanité, où la piété n’a rien à voir; attribuer pareilles vanités à Dieu et aux saints, c’est leur manquer de respect. » Il confond ces armes, don du roi, avec la bannière donnée par Notre-Seigneur, pour tirer dans son article LVIII la conclusion que Ton vient de lire. — « J'en ai répondu,^ dit l’accusée, et du contredit mis par le promoteur, je m'en attends à Notre-Seigneur *. »
Dans les lettres aux évêques et seigneurs de ses États, le roi d’Angleterre vit le comble de l’outrage et de l’orgueil, en ce que la Libératrice aurait, disait-il, demandé, porté, et ses frères avec elle, les armes de France.
Les libéralités du roi envers la Vénérable inspirèrent à d’Estivel l'article LV, ainsi conçu : « Ladite Jeanne a abusé des révélations et des prophéties qu’elle prétend lui venir de Dieu pour en faire un instrument de profit temporel et de lucre. Par le moyen de ces sortes de révélations elle s’est acquise l’opulence, grand train de vie, un état de maison avec de nombreux officiers, chevaux, et tout un grand train de vie. Elle a même acquis à ses frères et à ses parents de grands revenus temporels ;
X ou XII mille qu'elle a vaillant, n’est pas grand trésor à mener la guerre, et que c'est peu de chose, et lesquelles choses ont ses frères, comme elle pense; et dit que ce qu’elle a, c’est de l'argent propre de son roy. (Procès, p. 118.)
1. Interroguée s'elle avoit point escu et armes, respond qu’elle n’en eust oneques point ; mais son roy donna à ses frères armes, c’est assavoir, un escu d’asur, deux Aeurs de lis d’or, et une espée par my ; et en ceste ville a devisé à ung painctre celles armes, pour ce qu’il luy avoit demandé quelles armes elle avoit. Item, dit que ce fut donné par son roy à ses frères, à la plaisance d’eulx, sans la requeste d’elle et sans révélacion. [ProcèSy]^, 117.)
2. Fecit etiam depingi arma sua, in quibus posuit duo lilia aurea in campo azureo, et in medio liliorum, ensem argenteum cum capuloet cruce deauratis, habenlem cuspidem erectam in sursum, in cujus summitate est corona aurea. Quæ videnlur ad fastum et vanitatem, et non ad religionem \el pietatem pertinere ; et attribuere taies vanitates Deo etAngelis, est contra reverentiam Dei et sanctorum. Respond : uTen ay respondu. »> Et du contredit mis par le promoteuvy respond : « Je ni en actend à Nostre Seigneur. » (Procès, p. 300.)