‹ La vraie Jeanne d'ArcChapitre 60 sur 296 · CHARLES VII ET LA VIERGE-GUERRIÈRE · texte numérisé non relu

CHARLES VII ET LA VIERGE-GUERRIÈRE

imitatrice en cela des faux prophètes, qui, pour se procurer la fortune et la faveur des puissants du siècle, avaient coutume de feindre savoir par révélations ce qu’ils comprenaient devoir flatter ces mômes princes, abusant ainsi des divins oracles, et attribuant leurs mensonges à Dieu.

« — J'en ai répondu^ repartit la Vénérable accusée. Quant aux dons faits à mes frères, ce que te roi leur a donné, c'est de sa grâce, sans requête de ma part. Quant à la charge que me donne le promoteur, et à la conclusion de r article, je m'en rapporte à Notre Sire\ »

Charles VII n’a donc pas manqué aux égards qu’il devait à celle qui lui mettait la couronne au front. Il n’a cessé, croyons-nous, de porter à sa personne un vif intérêt. Son tort à son égard a été de ne savoir pas se dégager de l’entourage qui le gouvernait, et de ne s’être pas abandonné à la conduite de la Libératrice que le Ciel lui envoyait. Il a admis sa mission surnaturelle, mais avec une foi vacillante, qui n’a pas su se maintenir ferme, et tirer les conséquences. S’il est difficile à notre nature, si orgueilleuse dans sa faiblesse, de croire au surnaturel, il est plus difficile encore de s’y maintenir longtemps et d’y conformer ses actes. Saint Pierre, après s’être élancé à la parole du Maître, pour marcher sur les flots, doute et est sur le point d’y être englouti. Tel semble avoir été Charles VU. Saint Pierre doute, hésite, lorsque le miracle dont il est l’objet aurait dû affermir sa foi. Charles VII semble avoir douté de la Pucelle, surtout après le sacre, alors que les merveilles accomplies étaient le gage des promesses de l’avenir. Après Reims, il suit moins que jamais la direction de la Vierge. Celle-ci, malgré son mécontentement, a cependant gardé pour le roi le plus profond et le plus affectueux respect. Elle a soigneusement évité toute parole de blâme à son endroit ; mais le besoin de le défendre l’a amenée à constater son manque de foi. C’est du moins ce que permet de conjecturer une parole de Bernardin de La Pierre. Au cimetière Saint-Ouen, le prêcheur Erard ayant accusé Charles VII d’hérésie pour s’être laissé conduire par une envoyée de l’enfer, la Vierge Tinterrompit pour lui dire qu’il en avait menti, et que Charles était un

1. Item dicta Johanna abusa est revelationibus et propheliis, quas dicit se habere à Deo, convertens eas ad lucrum temporale et quæstum ; nam per medium hujuscemodi revelationum sibi acquisivit magnam copiam divitiarum, et magnos apparatus et status in ofliciariis multis, equis, ornamentis ; ac etiam pro fratribus et parentibus, magnos redditus temporales, in hoc imitando falsos prophetas qui, propter quæstum temporalem aut favorem dominorum temporalium acquirendos, consueverunt fingere quod divinas revelationes habebant de bis, quæ intelligebant placere principibus lemporalibus; abutentes divinis oraculis, et mendacia sua Deo attribuentes.

Respond : <• J'en ay respondu. >» Quant aux dons faits à ses frères, ce que le roy leur a donné, c’est de sa grâce, sans la requeste d’elle. Quant à la charge que donne le promoteur et conclusion de Tarticle, s’en raporle à nostre Sire. {Procès, p. 295.)

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