LA VIERGE-GUERRIÈRE ET LE PEUPLE DE FRANCE
Les chroniqueurs nous ont dit combien puissamment le commun^ c esl-à-dire les milices bourgeoises et plébéiennes, s’était montré empressé à la suivre.
De quel hôte veulent parler les interrogateurs, et y avait-il fondement et allusion dans la question suivante posée le 3 mars? Je ne saurais le dire. « N’y avait-il pas, lui fut-il demandé, chez votre hôte, un tableau représentant trois femmes, sur lequel étaient écrits les mots : Justice, paix, union? — Je rien sais rien.
« Ne savez-vous pas que ceux de votre parti ont fait pour vous des services, fait dire des messes, fait des oraisons? — Je n'en sais rien; s'ils font des services, ce 71 est pas sur mon commandement ; et s'ils ont prié pour moi, il ni est avis qiiils ne font point de mal.
« Ceux de votre parti croient-ils fermement que vous soyez envoyée de par Dieu? — Je ne sais s'ils le croient, et ni en attends à leur courage (cœur) ; mais s* ils ne le croient pas, je rien suis pas moins envotjée de par Dieu. — Pensez-vous qu'en croyant que vous ôtes envoyée de par Dieu, ils aient bonne créance? — S'ils croient que je suis envoyée de Dieu, ils ne sont pas abusés.
et Ne connaissiez-vous pas l’intention de ceux de votre parti, quand ils vous baisaient les pieds, les mains, les vêlements? — Beaucoup de ge7is me voyaient volontiers, et ils baisaient mes mains le moms que je pouvais. Les pauvres ge?is venaient volontiers vers moi, parce que je ne leur faisais pas de déplaisir ; mais je les suppoi'tais à mon pouvoir K
Quelle révérence vous firent ceux de Troyes à votre entrée? — Ilsne
I. Interroguée d'un tablol chienx son hosle, où il avoiU trois femmes painctes, et f'scrit : Justice, paix, union », respond qu’elle n’en sçail rien.
Interroguée s'elle sçait point que ceulx de son parti aient fait service, messe, oroison pour elle, respond qu’elle n’en sçait rien ; et s’ilz en font service, ne l’ont point fai t par son commandement; et s’ilz ont prié pour elle, il luy est advis qu’ilz ne font point de mal.
Interroguée se ceulx de son party croient fermement qu’elle soit envoyée de par Dieu, respond : « Ne sçay s’ilz le croient, et m’en actendà leur couraige; mais si ne le croient, si suis-je envoiée de par Dieu. »
Interroguée s’elle cuide pas que en créant qu’elle soit envoyée de par Dieu, qu’ils aient bonne créance, respond, s'ils croient qu’elle soit envoyée de par Dieu, ils n’en sont point abusez.
Interroguée s’elle savoit point bien le couraige de ceulx de son party, quant ils lui baisoient les piez et le main, et les vestemens d’elle, respond beaucoup de gens les veoient voulentiers, et si dit baisaient ses vestemens, qu’elle moins povait (sic, d'après une cotrection en marge du manuscrit ; le latin porte : osculahantur manus ejus quantum minus ipsa poterat). Mais venoient les pouvres gens voulentiers à elle, pour ce qu'elle ne leur faisoit point de desplaisir, mais les supportoit à son povoir. [Procès, p. 101.)
m'en firent point; il me semble que frère Richard entra avec nous; mais je ne me souviens pets si je le vis à Centrée. — Est-ce qu’il ne fit pas un sermon à votre entrée et à votre venue?— /c ne m' arrêtai guère à Troyes, et je ny couchai jamais. Pour ce qui est du sermon, je n'en sais rieyi.
« Fûtes-vous beaucoup de jours à Reims? — Je crois que 7ious y fûmes quatre ou cinq jours, — N’y avez- vous pas levé des enfants (des fonts du Baptême) ? — J'en ai levé un à Troyes; mais je nai pas mémoire si f en levai à Reims et à Château-^Thierry , J'en levai deux à Saint-Denys, Volontiers aux garçons je donnais le nom de Charles, en t honneur de mon roi, et aux filles celui de Jeanne; et quelquefois je leur donnais le nom qui agréait à leurs mères,
« Est-ce que les bonnes femmes de la ville ne faisaient point toucher leurs anneaux à votre anneau ? — Maintes femmes ont touché mes mains et mes anneaux, mais je ne sais pas leur courage ou intention,
(( Quels sont ceux de votre compagnie qui devant Château-Thierry prirent des papillons sur votre étendard? — Cela 7i'eut jamais lieu, l'on n*en parla pas dans mon parti; ce sont ceux du parti de par ici qui l'ont controuvé\ »
Parmi les nombreux délits accumulés dans le second article de son factum, d’Estivet a inséré le suivant : «L’accusée s’est laissé adorer et vénérer. » Jeanne répondit : Pour ce qui est de l'adoration, si quelques-uns ont baisé mes mains ou mes vêtements, ce n'est pas par moi ou de ma volonté, je m'en faisais garder, et t empêchais de tout mon pouvoir *. » Il semble, d’après sa réponse, que non seulement elle s’en défendait elle-
1. Interroguée quelle révérence luy firent ceulx de Troies à rentrée, respond : « Ils ne m’en firent point » ; et dit oultre que, à son advis, frère Ricard entra quand eui^ à Troies ; mais n’est point souvenante s’elle le vit à l’entrée. Interroguée s’il fist poiiU de sermon à l’entrée de la venue d’elle, respond qu’elle n'y arresta guères, et n’y jeusl oneques, et quant au sermon, elle n'en sçait rien.
Interroguée s’elle fut guère de jour à Rains, respond : « Je crois que nous y fusmes IV ou V jours.
Interroguée s’elle y leva point d’enfant, respond que à Troyes en leva ung; mais de Rains n’a point de mémoire, ni de Chasteau-Tierry, et aussi deux en leva à Saint-Denis Et voulentiers mectoit non aux fils Charles, pour l’onneur de son roy, et aux filles Jehanne, et aucunes fois, selon ce que leurs mères vouloient.
Interroguée se les bonnes femmes de la ville touchoient point leurs agneaulx à l’anel qu’elle portoit, respond, maintes femmes ont touché à ses mains et ses agneaulx ; mais ne sçait point leur couraige ou intencion.
Interroguée qu’ilz furent ceulx de sa compaignie qui prindrent papillons devant Chasteau-Tierry en son estaindart, respond qu’il ne fut oneques fait ou dist de leur party ; mais ce ont fait ceulx du parti de deçà, qui l’ont controuvé. {Procès, p. tOl^
2. Se permisit adorari et venerari. Et de adoratione dit : « Se aucuns ont baisié ses mains ou vestemens, ce n'est point par elle ou de sa voulenté; et s’en est fait garder et comme en son povoir. La traduction latine porte : supei^ hoc fecit se præservari et ei obviavit proposse suo. » {Procès, p. 206.)
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