L\ VIERGE -GUERRIÈRE ET LE PEUPLE DE FRANCE
même, mais qu’elle avait aposté des hommes pour écarter les indiscrets.
L’accusateur y revient à l’article LU, qu’il faut traduire tout entier pour se faire une idée de l’enthousiasme que provoquait la céleste envoyée : «Jeanne par ses artifices a tellement séduit le peuple catholique, que plusieurs en sa présence l’adorèrent comme sainte; ils l’adorent encore comme telle en son absence, ordonnant en son honneur dans les églises des messes et des collectes ; bien plus, ils vont jusqu’à dire qu'après la Bienheureuse Vierge elle est plus grande que tous les saints de Dieu; ils exposent dans les basiliques des saints ses images et ses portraits; ils portent sur eux des médailles en plomb ou autre métal qui la représentent*, comme on le fait pour honorer les saints canonisés par l’Église; ils prêchent publiquement qu’elle est l’envoyée de Dieu, un ange plus qu’une femme : Pratiques pernicieuses pour le christianisme, souverainement scandaleuses, au détriment du salut des âmes. »
La réponse de Jeanne fut : « Pour ce qui est du commencement de F article, j'en ai autrefois répondu, et quant à la conclusion de F article, je ni en rapporte à Notre-Seigneur *. »
La Vénérable n’était pour rien dans des hommages qu’elle détournait le plus qu’elle pouvait. Nous possédons les collectes composées pour sa délivrance. La manière dont, d’après le Greffier de La Rochelle, frère Richard parlait d’elle à Troyes, rend croyable la plupart des actes énumérés par d’Estivet. Jeanne ne les discute pas; mais quant à la conclusion tirée par l’accusateur, elle se contente d’en appeler à son ordinaire recours, à celui d’où lui venait sa mission, et qui était honoré en sa personne.
Sa captivité fit éclater un long cri de douleur dans le parti français. Il a été dit dans le premier volume de la Vraie Jeanne cF Arc (78-81) ce qu’avait fait Jacques Gelu, le clergé de Tours; nous venons de rappeler les oraisons ajoutées à la messe pour obtenir sa délivrance.
Celte énumération des actes de vénération envers la Pucelle aurait dû arrêter l’inique tribunal ; car ils devaient lui faire comprendre qu’il n'était pas compétent pour infirmer un jugement porté par toute la partie de l’Église qui n’était pas inféodée aux Anglais.
I. Johanna in tantum suis adinvenlionibus catholicum populum scduxit, quod muiti in præsentià ejus eam adora verunt ut sanctam, et adhuc adorant in absentiâ, ordinando in reverentiam ejus missas et collectas in ecclesiis; imo eam dicunt majorem esse omnibus sanctis Dei, post Beatam Virginem ; elevant imagines et repræsentationes ejus in basilicis sanctorum, ac etiam in plumbo et alio métallo repræsentationes ipsius super se deferunt, prout de memoriis et repræsentationibus sanctorum per Ecclesiam canonizatorum solet fieri, et prædicant publicè ipsam esse nuntiam Dei, etpotiusesse angeium quàm mulierem. Quæpræmissa in christianà religione perniciosa sunt, et in detrimentum salutis animairum nimium scandalosa. Respond quant au commencement de l'article : « J en ay autresfois respondu. » Et quant à la conclusion de l’article, s en rapporte à Nostre Seigneur. (Procès, p. 290.)