‹ La vraie Jeanne d'ArcChapitre 7 sur 296 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LE SIGNE DONNÉ AU ROI

Sommaire : I. — Refus de Jeanne de révéler les secrets manifestés au roi. — Il y a eu double révélation : la première au roi seul, à la première entrevue; lasèconde, après le retour de Poitiers, devant quelques témoins. — Pourquoi la Pucelle pouvait se dire un ange ?

II. — Séance du 22 février. — Détails donnés par Jeanne sur son arrivée à Chinon.

— Idée générale donnée par Jeanne de ses entrevues avec le roi ; s’il a eu des apparitions. — Séance du 24 février. — Refus de la Pucelle de répondre sur ce qui regarde le roi. — Demande d’un délai de quinze jours. — Séance du 27 février. — Circonstances de l’entrevue avec le roi. — La bonté des signes donnés. — Explications. — l®** mars. — Nouvelle insistance et refus énergique. — Le roi seul et pas seul. — Une couronne mille fois plus riche, si le roi avait attendu. — Explications. — 10 mars. — Les qualités du signe donné au roi.— Différence eptre Jeanne et Catherine de La Rochelle. — Durée du signe. — Promis en Lorraine, donné seulement à Chinon. — Sentiments de la Pucelle en le recevant. — L’Ange. — 12 mars. — C’esl toujours le môme Ange. — 13 mars. — Pourquoi la Pucelle avait fait serment de ne pas révéler le signe? — En quel sens la couronne fut remise à l’archevêque de Reims?

— Les circonstances dans lesquelles le signe fut donné au roi. — Explications. — Promulgation de la sentence de Poitiers. — Explications sur la remise de la couronne. — La Pucelle inspirée au moment où elle remettait la couronne, c’esl-à-dire révélait les secrets. — Elle jouissait en même temps d’une vision. — Ses paroles à ce sujet. — Ses sentiments quand elle est rendue à son état habituel. — Raisons de cette révélation. — Humilité de la voyante. — Bonne odeur de la couronne de France bien gardée. — Justesse et étendue de la courte réponse sur les motifs qui ont fait que Charles VU a cru. — Questions ultérieures.

III. — Les objections du promoteur au sujet de la couronne et du signe, et les réponses de la Vénérable. — Offre du tribunal d’en référer aux témoins et, notamment, à Régnault de Chartres. — Réponse.

IV. — Les actes posthumes confirment, loin de les infirmer, les réponses de Jeanne, lelles qu’elles viennent d’élre expliquées. — Jeanne fidèle jusqu’à la mort au serment de ne pas révéler le signe donné au roi.

Un des points sur lesquels la Vénérable fut le plus tourmentée, ce fut sans contredit sur le signe donné au roi en preuve de sa mission. C’était précisément ce qu’elle ne pouvait pas dire ; aussi fit-elle d’abord une profession aussi énergiquement accentuée que souvent réitérée, qu’on ne lui arracherait rien sur ce qui regardait le roi. Et cependant,

LE SIGNE DONNÉ AU ROI

sur le conseil de ses voix, elle finit par répondre ; mais répondre par une allégorie, inintelligible pour les assistants, et d’une admirable justesse pour nous qui connaissons l’objet des secrets révélés au prince.

Que Jeanne ait révélé au roi des secrets qui n’étaient connus que de Dieu et du Dauphin, ce fut universellement connu dans les deux partis, et môme au delà. Alain Chartier, dans sa lettre à un prince inconnu*, Thomas Basin-, Alain Bouchard’ nous ont dit que ce fut dans la première entrevue, et Paqucrel le confirme dans la déposition qu’on lira plus loin. Ce fut dans un tête-à-tôte à Chinon, dans un angle de la salle du trône, les courtisans étant retirés à l’extrémité opposée <iu vaste appartement. Cependant, disent la Chronique de Cousinot et le Joufmal du siège, dans la suite elle consentit à les révéler à un groupe de témoins choisis, après avoir fait jurer à tous, et avoir juré ellemême, qu’ils n’en révéleraient jamais la nature. Le jeune roi était dénué de tout crédit, la mission était si inouïe, qu’il n’est pas étonnant que les personnages de l’entourage de Charles Vil n’aient voulu donner leur assentiment à la mise en œuvre de la jeune fille, qu'après avoir entendu de sa bouche ce qui établissait qu’elle était bien l'envoyée du Ciel. 11 y avait à Chinon, parmi les tenants du parti national, des ecclésiastiques éminents en doctrine et en dignité. L’on ne se contenta pas de leur approbation, l’on voulut celle des docteurs de Poitiers et du Parlement. 11 fallait que le roi, dans une entreprise qui, si elle n’était pas divine, était toute folie, fût couvert par l’approbation de tous les sages. 11 semble, d’après les réponses de Jeanne qui vont être reproduites, que cette manifestation des secrets à un groupe d’élite a eu lieu après le retour de Poitiers. Sûrement, elle était dans cette ville durant la semaine sainte ; or elle va nous parler de la manifestation du signe durant la semaine de Pâques, à Chinon. Il est à croire qu’avant de mettre la jeune fille à l’œuvre, il y a eu comme une manifestation solennelle des motifs sur lesquels sc basait le roi. Ce qui est connu sous le nom de résumé de la sentence de Poitiers a été dès lors répandu au loin; c'est le sentiment de Quicherat, et il semble fondé.

Pierre Sala\ l’abréviateur du Procès’, Alain Bouchard® nous ont fait connaître la nature des secrets : une fort belle prière mentale que, dans l’extrémité de ses malheurs, Charles VII aurait adressée à Dieu.

1. II, p. 253. — Le chiffre romain qui précède la page (p.) indique le lome de la Vraie Jeanne d'Arc auquel se rapporte la référence.

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