SIMON CHARLES
la cause de son arrivée; elle répondit que le roi du Ciel lui avait confié deux mandats, Tun de faire lever le siège d’Orléans, l’autre de conduire le roi à Reims pour qu'il y fût couronné et sacré'. A cet exposé, quelques-uns des conseillers disaient que le roi ne devait accorder aucune foi à cette fille; d’autres soutenaient que puisqu’elle se donnait comme envoyée de Dieu, et prétendait avoir des confidences à faire au roi, le roi devait au moins l’entendre. Le roî toutefois voulut qu’avant tout elle fût examinée par des clercs et des personnages ecclésiastiques ; ce qui eut lieu.
Enfin, mais non pas sans grande difficulté, il fut décidé que le roi l’entendrait. Lorsqu’elle entra au château de Chinon pour l’audience royale, le roi, sur le conseil des grands de sa cour, hésitait encore s’il lui parlerait, jusqu’à ce qu’il lui fût dit que Robert de Baudricourt lui avait écrit qnil lui envoyait une certaine femme; et qu’on ajoutât qu’elle avait traversé les pays ennemis du roi, et que pour arriver jusqu’à lui, elle avait passé à gué plusieurs fleuves comme miraculeusement. C’est ce qui détermina le roi à l’entendre, et valut à Jeanne sa première audience ^
Quand le roi sut qu’elle approchait, il se mit par côté, en dehors des autres ; Jeanne cependant le reconnut, et s'entretint longtemps avec lui. On vit que l’entretien avait rendu le roi joyeux*.
Pourtant le roi, ne voulant rien faire sans le conseil des gens d’Église, envoya Jeanne à Poitiers, pour qu'elle y fût examinée par les clercs de l’université de cette ville. L’examen terminé, le roi, sur le rapport qui lui fut fait qu’on ne trouvait que du bien dans la jeune fille, lui fit faire des armes, lui donna des hommes de guerre ; et elle eut la conduite de la guerre*.
Jeanne était très simple dans toute sa conduite, excepté au fait de la guerre où elle se montrait très versées
J’ai entendu le roi lui adresser bien des bonnes paroles. C’était à
1. Dixit quod habebat duo in mandatis ex parte Regis (cœlorum) : unum videlicet de levando obsidionem Aurelianensem, aliudde ducendo regem Remis pro suâ coronalione et consecratione. — En énumérant ces deux objets de la mission, le témoin exclut si peu une mission plus étendue, qu'il va insinuer, dans la suite, qu'elle s'étendait à l’expulsion totale de l'étranger.
2. Rex, de consilio majorum suæ curiæ, dubitavit loqui cum eâ, donec eidem régi fuerit delatum quod Robertus de Baudricurià scripserat régi quod sibi miserat quamdain mulierem, et abducta fuerat per patriam inimicorum regis, et quasi miraculosè Iransiverat multa ûumina ad vadum,ut perduceretur ad regem ët ob hoc rex fuit motus ed eam audiendum, et eidem Johannæ fuit data audientia.
3. Se traxit adpailem, extrà alios... perlongum spatium locuta fuit cum rege. Eteâ auditâ, rex videbatur esse gaudens.
4. HabuUque ordinationem circà factum guerræ. La phrase est amphibologique et pourrait signifier que le roi prit des dispositions pour la guerre.
O. Erat multùm simplex in omnibus suis agendis, excepto in facto guerræ, in quo eral multùm experta.
Saint-Benoît-sur-Loire. Le roi lui témoignait sa compassion pour les fatigues qu’elle supportait et l’engageait à prendre du repos. Elle lui répondit, en versant des larmes, de ne concevoir aucun doute, qu'il recouvrerait tout son royaume, et serait prochainement couronné*.
Elle faisait de très vifs reproches aux hommes d’armes, quand elle les voyait s’écarter de leur devoir.
N’étant pas à Orléans, je ne puis rién dire que sur le rapport d'autrui de ce qui s’y passa. J’ai entendu le sire de Gaucourt raconter sur la délivrance le fait suivant. Les capitaines qui avaient la conduite des soldats du roi avaient conclu qu’il ne serait pas bon de tenter une attaque ou un assaut, le jour où fut emportée la bastille des Augustins (lire des Tourelles), et le sire de Gaucourt fut commis à la garde des portes pour empêcher qu’on ne sortît. Jeanne n’en fut pas contente; bien plus, son sentiment fut que les troupes du roi devaient sortir avec les hommes de la ville, et aller assaillir ladite bastille; ce fut aussi le sentiment de beaucoup d’hommes d’armes d’accord avec les Orléanais. Jeanne dit au môme sire de Gaucourt qu’il était un méchant homme, ajoutant : « Que vous le vouliez ou ne le vouliez pas, les hommes d'armes viendront, et seront victorieux, comme ils l'ont déjà été, » Et contre le vouloir du sire de Gaucourt, les hommes d’armes sortirent avec les milices bourgeoises*; ils allèrent à l’assaut de la bastille des Auguslins {Tourelles) et l’emportèrent de vive force et de haute lutte. J’ai entendu le sire de Gaucourt dire qu’il avait couru le plus grand danger.
Jeanne accompagnait le roi à Troyes, qu’il voulait traverser pour aller se faire couronner à Reims. Le roi étant devant cette ville, l’armée manquait totalement de vivres, au point qu’elle en était comme réduite au désespoir et sur le point de revenir sur ses pas. Jeanne dit alors au roi de n’avoir aucune crainte et que, dès le lendemain, il serait en possession de la ville. Elle prit aussitôt sa bannière; beaucoup d’hommes a pied la suivaient ; elle leur ordonna de se mettre tous à faire des fascines pour combler les fossés. Ils en firent en très grand nombre. Le lendemain Jeanne cria : A Tassant, et se mit en devoir de combler les fossés. A cette vue, les habitants de Troyes, par crainte de l’assaut, députèrent vers le roi pour entrer en composition avec lui. La composition se fît entre le roi et les bourgeois. Le roi entra dans Troyes en grande pompe, la Pucelle portant sa bannière à ses côtés.
Peu de temps après, le roi quitta Troyes avec son armée, et prit le chemin de Châlons d’abord, de Reims ensuite. Il craignait d’avoir résis-