SIMON BEAUCROIX, ORLÉANAIS ET ORLÉANAISES, DAME DE BOULIGNY
Sommaire : I. — Simon Dealcroix. — Jean d’Olon : la Vénérable ordonne à ses gens de se mettre en bon état de conscience. — Lieu et manière dont les vivres sont mis en barque sur la Loire. — Jeanne contrariée du retour à dois. — Danger couru lors de la prise des Augustins. — La prise des Tourelles. — Jeanne défend d’inquiéter le départ des Anglais. — Uetour à Blois, à Tours et à Loches. — Amour et zèle de Jeanne pour les sacrements. — Les précautions de sa pudeur. — Son horreur du blasphème, des déprédations, du libertinage. — Peinée des honneurs qu’on loi rend.
11. — Vingt-quatre bourgeois Orléanais. Jean Luillier. — Réception de Jeanne à Orléans. — Elle exhorte à la confiance. — EITetde sa sommation aux Anglais. — Péripéties de l'attaque des Tourelles. — Jeanne et le départ des Anglais. — Universelle persuasion que le salut d’Orléans est dû à la Pucelle. — Confirmation de la déposition précédente par vingt et un autres témoins. — Addition de quelques particularités sur les hérauts envoyéspar Jeanne aux Anglais. — Sa visite àla cathédrale à son entrée. — Conviction du très savant docteur Jean de Mâcon que Jeanne était envoyée par Dieu et une sainte. - Jeanne retient les Orléanais résolus de poursuivre les Anglais dans leur
retraite. — Messe en plein air. — Accord unanime sur Thumilité de la Vénérable.
— Fuyait les témoignages de vénération.
Aignan Viole. — Jeanne surnaturellement avertie lors de lassaut contre Saint-Loup.
— Prophétise qu’après la prise des Tourelles elle reviendrait par le pont. — Le matin du dimanche 8 mai. — Sa supériorité dans l’art de la guerre. — Admirée des capitaines. — Sa sainteté. — Remplie de la vertu divine.
Pierre Millet. — Portrait de Jeanne dans la maison de Jacques Boucher. — Avertie surnaturellement lors de l’assaut contre Saint-Loup. — Défend de rien prendre dans l’église. — Fait la guerre aux blasphémateurs et aux femmes de mauvaise vie.
III. — Six ECCLÉSIASTIQUES. — Confirment les dépositions des * bourgeois. — Larmes abondantes de la Vénérable à l’élévation. — Son zèle parmi les hommes d’armes. — Conversions de très insignes pécheurs. — Sa fermeté au conseil des capitaines.
IV. — Neuf bourgeoises orléanaises. — La Pucelle ornée de toutes les vertus. — Charlotte Boucher, femme Havet. — Dormait avec Jeanne, n’a vu que vertu. — Sa confiance en Dieu. Communiait avant le combat. — Reprenait les blaphèmes des plus hauts seigneurs, et exigeait réparation. — Colette, femme de Pierre Millet. — Jeanne parlait toujours de Dieu. — Sa dévotion à la messe. — Éveillée surnaturellement.— L’alose. — Sa sobriété. — Tout en elle respirait l’honnêteté. — Divinement conduite.
V. — Marguerite de la Toüroulde, femme du trésorier de Bouligny. — Le Trésor à sec lors de l’arrivée de Jeanne. — Divinement envoyée. — .leanne à Bourges chez le témoin. — Rien de suspect. — Pratique très fréquente de la confession. — Amour des longs offices. — Nullement assurée de ne pas mourir dans la bataille. — Ses réponses aux clercs. — Ascendant sur ses guides. — Ses reproches au duc de Lorraine. — Sa simplicité, son humilité. — Ses aumônes. — Disait être venue pour les opprimés. — Sa virginité. — Militaire accompli.
SIMON BEAUCROIX (F®* A LXXVif®, B 113*^®, ü 183"®).
C’est à Paris, le 20 avril 1456, que fut entendu Simon Beaucroix, que le procès fait ainsi connaître :
Homme noble, Simon Beaucroix, écuyer, clerc marié, domicilié à Paris, à l’Hôtel Neuf. Il a comparu devant les seigneurs sus-nommés, l’archevêque de Reims et l’évêque de Paris, devant frère Thomas Vérel, des Frères prêcheurs, professeur de sacrée théologie, délégué pour ce en qualité de sous-inquisiteur, par frère Jean Bréhal. Le témoin a cinquante ans environ; admis, après serment prêté, il a été examiné, et sous la foi de son serment, il a répondu aux interrogations ainsi qu’il suit :
J’étais dans la ville de Chinon avec sire Jean d’Olon, chevalier, sénéchal de Beaucaire*, lorsque Jeanne vint vers le roi alors dans cette ville. Après s’être entretenue avec le prince et les membres du conseil, elle fut confiée à la garde de d’Olon, dont je viens de parler.
De Chinon^, Jeanne vint en compagnie de d’Olon jusqu’à Blois, et de Blois jusqu’à Orléans, à travers la Sologne.
1. Beaucroix donne ici à d’Olon un titre qu’il n’a eu que bien postérieurement aux faits qu’il raconte.
2. Il semble que le témoin n’a vu Jeanne qu’au retour de Poitiers. C’est alors seule*
SIMON BEAUCROIX.
J’ai bon souvenir que Jeanne ordonna à tous les guerriers de se confesser et de se mettre en bon état, les assurant que Dieu les aiderait, et qu’avec l’aide de Dieu, ils remporteraient la victoire, s’ils étaient en bon état.
L’intention de Jeanne était alors que les hommes d'armes allassent directement sur le fort ou la bastille Saint-Jean-le-Blanc, ce qu’ils ne firent pas; mais ils allèrent en un lieu entre Orléans et Jargeau. C’est là que les bourgeois d’Orléans envoyèrent des bateaux pour recevoir les vivres et les introduire dans la ville; et c’est là, qu’en effet, ils furent chargés, et de là qu’ils furent introduits.
Les hommes d’armes ne pouvant pas passer le fleuve, on émit l’avis qu’il fallait revenir sur ses pas, jusqu’à Blois, parce qu’il n’y avait pas de pont plus rapproché dans les pays obéissant au roi^ Jeanne en conçut une très grande peine, dans la crainte qu’ils ne voulussent la quitter et laisser l’œuvre incomplète. Elle ne voulut pas rétrograder elle-même jusqu^à Blois; mais avec deux cents lances environ, elle passa en bateaux d'une rive à l’autre, et tous entrèrent à Orléans par terre.
Le maréchal sire de Boussac marcha toute la nuit pour aller chercher, à Blois, l’armée du roi. Je me rappelle bien qu’un peu avant l’arrivée du maréchal à Orléans, Jeanne disait à sire Jean d’Olon que le maréchal arrivait, et qu’elle savait bien qu'il n'aurait aucun mal.
Jeanne était dans son hôtel, lorsque soudainement inspirée, ainsi que je le pense, elle s’écria tout à coup : « En nom Dieu^ nos gens ont beaucoup à faire^ » et elle envoya chercher son cheval, s’arma, et courut vers le fort, ou bastille Saint-Loup, où les gens du roi avaient dirigé une attaque contre les Anglais. Et après que Jeanne se fut rangée parmi les assaillants, le fort fut pris.
Le lendemain*, les Français, à la suite de Jeanne, allèrent à l'attaque d’un fort du nom de Saint- Jean- le-Blanc, et s’approchèrent d'une certaine île*. Les Anglais, en les voyant traverser la rivière, abandonnèrent la bastille de Saint-Jean-le-Blanc, et se retirèrent dans un autre fort, près des Augustins. Je vis en ce lieu l’armée du roi en très grand péril. Jeanne disait : « Avançons hardiment au nom du Seigneur^ » et ceux qui étaient ainsi exposés arrivèrent jusqu’aux Anglais, qui avaient [de ce côté) trois bastilles ou forts. Et incontinent, sans trop de difficulté, la
inenl que d’Olon a été chargé de sa maison. A l’arrivée de Jeanne, d’Olon n'était pas à Chinon.