‹ La vraie Jeanne d'ArcChapitre 99 sur 296 · DEMOISELLE MARGUERITE LA TOUROULDE, VEUVE DE RÉGNIER DE BOÜLIGNY · texte numérisé non relu

DEMOISELLE MARGUERITE LA TOUROULDE, VEUVE DE RÉGNIER DE BOÜLIGNY

(F°* A Lxxvii'^% B U 183^^»).

Régnier de Bouligny, appelé René [Renatus) par le greffier du procèsverbal, fut, d’après M. de Beaucourt, le grand financier de Charles VII, et un des conseillers les plus en faveur durant les vingt-cinq premières années du règne. L’historien nous le montre mêlé à tous les remaniements financiers ; il écrit en particulier de l’époque de la Pucelle : « Durant le ministère de La Trémoille, ce fut Régnier de Bouligny qui eut la haute direction de l’administration financière du royaume » C’est donc une des grandes dames de la Cour qui va nous faire connaître la Vénérable :

Honnête et prudente {prudens) femme, demoiselle Marguerite La ïouroulde, veuve de feu maître René de Bouligny, en son vivant conseiller du roi notre sire, âgée de soixante-quatre ans, a comparu, prêté serment, et a été interrogée la même année et le même jour que le précédent (Jean Barbin, entendu à Paris le 30 avril 1456).

A la demande de déposer sous la foi de son serment de ce qu’elle sait sur les quatre premiers articles de ce procès en nullité, elle a répondu : Qurfhd Jeanne arriva vers le roi à Chinon, j’étais à Bourges, où se trouvait la reine. En ce temps, le royaume et les contrées soumises au roi étaient en proie à une telle calamité, il y régnait une telle pénurie d'argent que c’était pitié; tous les partisans du roi étaient comme réduits au désespoir. Je sais bien ce que j’affirme, puisque alors mon mari était receveur (trésorier) général ; or, en ce temps, en mettant ensemble l’argent du roi

1. Crédit firmiler ipsa loquensquod factum et operaliones suæ potiùserant opus Dei quàm hominis.

1, Histoire de Charles V//, t. Il, p. 619.

DAME DE BOCLIGNY.

et son propre argent, il n'avait que quatre écus Les Anglais assiégeaient Orléans; et il n’y avait pas moyen de secourir la ville.

C'est au milieu d’une telle calamité que Jeanne arriva. Ma ferme foi c'est qu’elle vint de par Dieu, et qu'elle fut envoyée pour relever le roi et ceux qui lui étaient restés fidèles; car, en ce moment, il n’y avait nulle espérance qu’en Dieu*.

Je ne vis cependant Jeanne que lorsque le roi revint de Reims où il avait été sacré. Il vint à Bourges, où la reine était restée; j’étais auprès d’elle. A l’approche du roi, la reine fut à sa rencontre à Selles en Berry ; j'étais à sa suite. Pendant que la reine s’avançait au-devant du roi, Jeanne la prévint et vint la saluer. Jeanne fut conduite à Bourges, et par disposition du sire d’Albret, elle fut logée dans ma maison, quoique mon défunt mari m’eût déjà prévenue qu’elle serait logée dans la maison de Jean Duchesne. Elle resta dans ma maison trois semaines, elle y couchait, y mangeait et y buvait.

Presque chaque jour je couchai avec elle, moi qui vous parle. Je ne vis, ni ne soupçonnai en elle rien de suspect ; elle se conduisit et se conduisai t en femme vertueuse et catholique. Elle se confessait ivèssoux eut (sæpissimè) ; elle aimait à entendre la messe; plusieurs fois elle m’a invitée à aller aux matines; et sur ses instances j’y allai plusieurs fois et l’y conduisis **.

Dans nos entretiens, on lui disait parfois qu’elle n’hésitait pas de s'avancer dans les batailles, parce qu’elle savait bien qu’elle n’y trouverait pas la mort; elle répondait n’en avoir pas plus l’assurance que tout autre combattant. Elle racontait quelquefois comment elle avait été examinée par les clercs, et comment elle leur avait répondu :<< Il y a ès livres de Notre- Seigneur plus que es vôtres'". »

J’ai entendu causer ceux qui l’amenèrent au roi. D’abord, disaient-ils, ils l'avaient prise pour une idiote® et avaient eu l'intention de la renfermer dans quelque forteresse. Une fois en route, ils furent disposés à accomplir tous ses bons plaisirs, aussi désireux de la présenter au roi qu’elle-même de lui être présentée. Us auraient été incapables de résister à sa volonté. Dès les commencements, disaient-ils encore, ils avaient arrêté de faire à Jeanne des propositions libidineuses; mais lorsqu’ils

1. Omnes régi obedientes eranl quasi in desperatione... Erat lune temporis receptor generalis... Nec de pecunià regis, nec de suà habebat, nisi quatuor scula.

2. Ut firmiler crédit ipsa loquens, à Deo venit, et missa exstilil ad relevandum regem et incolas sibi obedientes, quia pro tune non erat spes nisi à Deo.

3. Sæpissimè confitebatur, audiebat libenter missam, et pluriès requisivit loquentem deeundo admatutinas; ipsa enim loquens ad ipsiusinstantiam pluriès ivit eteam duxil.

4. Narrabat aliquando ipsa Johanna qualiler fuerat examinata per clericos, et quod eis responderal : « Il y a ès livres de Noire-Seigneur, plus que ês rostres. »

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