LE LIBRE ARBITRE
L'exercice de la volonté dans le gouvernement de nousmême, au point de vue général de notre plus grand bien, est extrêmement scabreux. Comment fixer les limites, déterminer la mesure où elle fonctionne à noire avantage? // n'est pas bon d'être trop libre. Il nest pas bon d'avoir toutes les nécessités (II, 165).
Revêtue d'un pouvoir prévoyant et libre, l'âme humaine est par là même constituée à la fois pourvoyeuse et régente de ses appétits insatiables et de ses vagues aspirations; elle court par là tous les risques et assume toutes les responsabilités du pouvoir. Obsédée, tiraillée par ses sujets rebelles, elle se sent obligée contre eux à plus de répression qu'elle n'a de force, induite par eux et pour eux à plus d'ambition qu'elle n'a de ressources. Ah ! combien il lui serait soulageant de remettre sa double charge à quelque suzerain qui l'en débarrassât, qui la libérât de sa liberté! Pascal a éprouvé déjà cette délivrance par l'abdication : La volonté propre ne se satisfera jamais, quand elle aurait pouvoir de tout ce qu'elle veut; mais on est satisfait dès l'instant qu'on y renonce. Sans elle, on ne peut être malcontent ; par elle, on ne peut être content (II, 105).
Désespérer ainsi de la volonté, n'est-ce pas déclarer l'homme incapable d'être lui-môme l'artisan de son véritable bonheur?