‹ La vraie religion selon Pascal; recherche de l'ordonnance purement logique de ses Pensées relatives à la religion. Suivie d'une analyse du Discours sur les passions de l'amourChapitre 11 sur 40 · LA CONSCIENCE MORALE · texte numérisé non relu

LA CONSCIENCE MORALE

Avant d'accepter celte condamnation, voyons si, au lieu de nous démettre de notre volonté, nous ne découvrirons pas ennous-même ce suzerain, dont elle relèverait et qui lui formulerait les règles de notre gouvernement intérieur. Il semble bien que la voix de notre conscience soit la promulgation de ces règles mêmes. La loi morale, conservatrice de notre dignité, n'est-elle pas la loi de notre félicité même, puisque être digne c'est se rendre homme le plus possible?

Nous ne trouvons, hélas! dans la conscience humaine aucun discernement assuré du bien et du mal. Le demanderons-nous au sens moral qui a dicté leurs lois aux nations? Le fondement moral des rapports sociaux, bien loin d'être le même chez toutes, diffère de l'une à l'autre : Plaisante justice qu'une rivière borne! Vérité au deçà des Pyrénées, erreur au delà (I, 38).

.... l'un dit que l'essence de la justice est l'autorité du législateur; l'autre, la commodité du souverain; l'autre, la coutume présente, et c'est le plus sûr : rien, suivant la seule raison, n'est juste de soi; tout branle avec le temps. La coutume fait toute l'équité, par cette seule raison qu'elle est reçue (I, 38).

Ainsi le plus sûr, selon Pascal, c'est encore ce qu'il a jugé tout à l'heure n'être qu'un pis-aller, suppléant et peutêtre artisan des principes dits naturels. Si la justice était connue, on ne trouverait pas établie cette maxime, la plus générale de toutes celles qui sont parmi les hommes, que chacun suive les mœurs de son pays; l'éclat de la véritable équité aurait assujetti tous les peuples (I, 37).

Les hommes sans doute confessent que la justice n'est pas dans ces coutumes, mais qu'elle réside dans les lois naturelles, connues en tout pays. Certainement ils la soutiendraient opiniâtrement, si la témérité du hasard qui a semé les lois humaines en avait rencontré au moins une qui fût

universelle ; mais la plaisanterie est telle, que le caprice des hommes s'est si bien diversifié, qu'il n'jy en a point...

Le larcin, l'inceste, le meurtre des enfants et des pères, tout a eu sa place entre les actions vertueuses (I, 38).

Ce qu'on nomme vertu n'est qu'un équilibre entre deux tendances vicieuses; du moins par nous-mêrae ne pouvonsnous nous soutenir dans la vertu : Nous ne nous soutenons pas dans la vertu par notre propre /orce ; mais, par le contre-poids de deux vices opposés, nous demeurons debout, comme entre deux vents contraires : ôte^ un de ces vices, nous tombons dans Vautre (II, 132).

Comme la mode fait l'agrément, aussi fait-elle la justice (I, 71).

Admettons même que le doute n'existe pas sur la qualité

morale de certains actes, de ceux qu'on appelle crimes,

encore le bien demeure-t-il douteux dans les cas les plus

importants : Chaque chose est ici vraie en partie, fausse en

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