‹ La vraie religion selon Pascal; recherche de l'ordonnance purement logique de ses Pensées relatives à la religion. Suivie d'une analyse du Discours sur les passions de l'amourChapitre 16 sur 40 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

LE PREMIER CRITERIUM DE LA VERITE EN MATIERE RELIGIEUSE, A SAVOIR LA PROFESSION D'uN DIEU PERSONNEL UNIQUE, ÉLI- MINE DU PREMIER COUP TOUTES LES RELIGIONS POLYTHÉISTES ET SERT A CONDAMNER LES INCRÉDULES. — PASCAL DISTINGUE PLUSIEUTS TYPES D'iNCRÉDULES SOUS LA COMMUNE DÉNOMINA- TION d'aTQÉES. — SON UORREUR POUR LE DÉISME. — ÉPICTÈTE ET MONTAIGNE. — AUCUNE DOCTRINE PHILOSOPHIQUE n'EXPLIQUE LES CONTRARIÉTÉS DE LA NATURE HUMAINE. — CES CONTRA- RIÉTÉS SONT DES SIGNES CERTAINS DE DÉCHÉANCJE.

Une fois en possession du premier critérium de la vérité en matière religieuse, à savoir la profession d'un Dieu personnel unique, Pascal procède d'abord et très aisément à l'élimination d'une infinité de cultes inférieurs, de tous ceux qui ne remplissent pas cette condition. Il écarte donc du premier coup les religions polythéistes.

On demandera comment ces religions peuvent même exister, et surtout comment il peut y avoir des athées, puisque la notion ou, du moins, le sentiment de l'existence d'un seul Dieu est donné à l'homme par l'effroi de sa solitude dans l'infini et par l'instinct tout spontané de recourir à son Créateur. Rappelons et complétons nos précédentes citations sur ce point :

Comment se peut-il /aire que ce raisonnement se passe dans un homme raisonnable?

Je ne sais qui m'a mis au monde... Je vois ces effroyables espaces de Ihmivers qui jn'en/ennent... sans que je sache

pourquoi je suis plutôt placé en ce lieu qu'en un autre... Tout ce que je connais est que je dois bientôt mourir; mais ce que j'ignoi^e le plus est cette mort même que je ne saurais éviter (I, 139).

Et néanmoins je veux aller sans prévoyance et sans crainte tenter un si grand événement dans V incertitude de réternité de ma condition future (T, liO).

Il faut qu'il y ait un étrange renve?'sement dans la nature de Vhomme pour faire gloire d'être dans cet état, dans lequel il semble incroyable qu'une seule personne puisse être (1, 141).

La plupart y sont cependant sinon avec affectation d'insouciance, du moins avec indifférence. La vraie religion rendra compte de cette anomalie étonnante. Des hommes si déraisonnables servent admirablement à montrer la corruption de la nature par des sentiments si dénaturés (I, 140). C'est elle aussi qui expliquera la froideur envers Dieu chez tant de gens qui pourtant le connaissent : Qu'il y a loin de la connaissance de Dieu à V aimer! (II, 153.)

Les incrédules offrent le plus complet exemple de ce phénomène monstrueux d'indifférence au mystère de la condition et de la destinée humaines et par suite d'indifférence à l'égard de Dieu.

Tous les divers types d'incrédules sont rangés dans le recueil des Pensées sous le nom d'athées. L'athéisme et le déisme sont deux choses que la religion chrétienne abhorre presque également (II, 02), — ... V athéisme., qui y ^^t tout à fait contraire (I, 176).

N'être pas chrétien et être athée, c'était tout un du temps de Pascal, comme le fait remarquer Havet dans une note (I, 1G7). Les indifférents et les pyrrhoniens sont athées en ce sens que la divinité ne préoccupe pas les premiers et ne saurait être affirmée .selon les seconds. Mais ce ne sont point là les athées proprement dits, en hostilité déclarée, ouverte et formelle avec toute religion. Ceux-ci nient expressément l'existence de la divinité personnelle, anthroponu)rphifjuc, la seule qui confère le caractère du Dieu

objet de ciille à l'être nécessaire, à la cause première en se l'assimilant. La cause métaphysique est cependant bien divinité, car on ne peut refuser ce nom au principe éternel, absolu cl infini de l'univers, et, à ce point de vue, il n'existe pas un homme intelligent qui refuse à l'univers une cause, soit extérieure à la substance des choses dont l'ensemble le constitue, soit intérieure à la substance même de tout, laquelle est alors cause de soi, commune à tous les individus, unique, selon la conception de Spinoza, et s'identifie à la divinité métaphysique en annulant l'autre, la divinité moralement anthropomorphique essentielle à l'existence d'un culte religieux. C'est la négation de la seconde qui définit l'athéisme, au sens que les croyants prêtent à ce mot. On ne peut que rendre hommage à la rare impartialité de Pascal dans cette Pensée : Athéisme, marque de force d'esprit, mais jusqu'à un certain degré seulement (II, 127).

Havet signale qu'elle est empruntée à Montaigne (II, 148).

Quoi qu'il en soit, Pascal l'adopte; on s'en étonne moins

quand on se rappelle son aveu : je ne me sentirais pas asse:^

fort pour trouver dans la nature de quoi convaincre des

athées endurcis (I, 155).

Ce sont néanmoins les phénomènes naturels qui, par leur obscurité même, lui fourniront des armes contre leurs objections aux mystères chrétiens : Qu'ont-ils à dire contre la résurrection, et contre l'enfantement de la Vierge? QiC est-il plus difficile, de produire un homme ou un animal, ou de le reproduire? Et s'ils n'avaient jamais vu une espèce d'animaux, pourraient-ils deviner s'ils se produisent sans la compagnie les uns des autres? (II, 96.)

On devine que, dans la querelle moderne sur la génération spontanée, si, en sa qualité d'expérimentateur scrupuleux, il eût donné raison à Pasteur, en sa qualité de chrétien il n'eût pas tout condamné dans la thèse de Pouchet, il lui eût concédé la génération spontanée, sinon pour le temps présent, du moins pour celui de la création du monde à la voix de Dieu.

Athées. Quelle raison ont-ils de dire qu'on ne peut ressus-

citer? Que c'est plus difficile de naître, ou de ressusciter; que ce qui na jamais été soit, ou que ce qui a été soit encore? Est-il plus facile de venir en être que d'y revenir? La coutume nous rend V un facile, le manque de coutume rend Vautre impossible ; populaire façon de juger. Pourquoi une vierge 7îe peut-elle enfanter? une poule ne fait-elle pas des œufs sans coq? Qui les distingue par dehors d'avec les autres? et qui nous dit que la poule n'y peut former ce germe aussi bien que le coq? (II, 97.)

Nous laissons aux physiologistes le soin de répondre, s'ils daignent. Ils décideront si ces arguments de Pascal lui donnent le droit de se montrer, comme il le fait, si difficile à l'égard des athées sur la valeur des preuves.

Les athées doivent dire des choses parfaitement claires; or il n'est point parfaitement clair que l'âme soit matérielle (II, 126).

Dans sa pensée, la raison de cette grande sévérité est, sans doute, que la responsabilité des athées est infinie, car, s'ils sont crus, leur doctrine mène au désespoir : le désespoir des athées., qui cotinaissent leur misère sans Rédempteur (I, 177).

Le polythéisme n'est pas une moindre monstruosité que l'athéisme. Née d'une tendance à personnifier et déifier indistinctement toutes les sources de la possession, tout ce qui est présumé capable d'assurer l'assouvissement d'un désir quelconque, cette sorte de rehgion qui institue autant de cultes qu'il y a de passions, et dont l'origine est tout autre que le frisson de l'Ame devant l'infini, a été rendue possible par des raisons qu'il appartient au véritable monothéisme de fournir.

Les déistes sont particulièrement en horreur à Pascal. Alors môme qu'ils croient Dieu seul digne d'être aimé et admiré (II, 114), ce n'est pas dans son culte qu'ils font consister leur perfection. Celte perfection lui semble horrible {\l, 114), car elle consiste à détourner sur eux-mêmes, à intercepter au profit de leur orgueil l'amour que les hommes ne doivent qu'à Dieu ; Quoi! ils ont connu Dieu.,

PREUVES PSYCHOLOGIQUES DU CHllISTIANISME 10b et n'ont pas désiré uniquement que les hommes l'aimassent, mais que les hommes s'arrêtassent à eux; ils ont voulu être l'objet du bonheur volontaire des hommes (II, 11-4), c'est-àdire leur faire trouver leur bonheur à les aimer (II, 114).

Ce n'est assurément pas là le vrai bonheur! Comment auraient-ils pu le connaître? Ils ignoraient la vraie nature de l'homme, la simultanéité, le conflit de grandeur et de bassesse qui le lui rend irréalisable en ce monde et ne lui permet que de s'y préparer.

La belle chose, de crier à un homme qui ne se comiatt pas, qu'il aille de lui-même à Dieu! Et la belle chose de le dire à un homme qui se co7inait [W, 155). Celui-là n'a que faire du conseil, il y va de lui-même.

Les philosophes ne prescrivaient point des sentiments proportionnés aux deux états. Ils inspiraient des mouvements de grandeur pure, et ce n'est pas l'état de l'homme. Ils inspiraient des mouvements de bassesse pure, et ce n''est pas rétat de l'homme (I, 188). Et Pascal ajoute en songeant au christianisme : Il faut des mouvements de bassesse, non de nature, mais de pénitence; non pour j- demeurer, mais pour aller à la grandeur. Il faut des mouvements de grandeur, non de mérite, mais de grâce, et après avoir passé par la bassesse (I, 188).

La raison, qui fait la dignité de l'homme, lui en conseille le respect, mais les passions réclament leur assouvissement. ... Cette guerre intérieure de la raison contre les passions a fait que ceux qui ont voulu avoir la paix se sont partagés en deux sectes. Les uns ont voulu renoncer aux passions, et devenir dieux; les autres ont voulu renoncer à la raison et devenir bêtes brutes {Des Barreaux). Mais ils ne l'ont pu, ni les uns ni les autres, et la raison demeure toujours, qui accuse la bassesse et l'injustice des passions, et qui trouble le repos de ceux qui s'y abandonnent; et les passions sont toujours vivantes dans ceux qui y veulent renoncer (I, 120).

En somme : Les trois concupiscences ont fait trois sectes, et les philosophes n'ont fait autre chose que suivre une des

trois concupiscences (I, 118). Elles consistent dans celle de la chair ^ dans celle des yeux, et dans Y orgueil de la vie (II, 103), orgueil des philosophes qui ont connu Dieu et non leur misère (I, 154).

Néanmoins, outre Platon, deux moralistes ont trouvé grâce devant l'examen de Pascal. Il les admire du moins, mais il ne va pas jusqu'à s'aveugler sur les lacunes et les périls de leurs doctrines : ce sont Epictète et Montaigne. L'influence de Montaigne sur sa critique de la connaissance humaine a laissé des traces 'visibles dans plusieurs de ses Pensées où il lui fait des emprunts non dissimulés. C'est dans son entretien avec M. de Saci qu'il faut chercher son appréciation de la morale d'Epictète. Tout système de morale n'a, au fond, d'autre objet que d'indiquer à l'homme la véritable voie vers sa destinée par les vrais rapports de sa voloijté avec sa condition. Epictète nous conseille de conformer notre volonté à celle de l'ordonnateur de l'univers.

Epictète est un des philosophes du monde qui a mieux connu les devoirs de Vhomme. Il veut, avant toutes choses, qu'il regarde Dieu comme son principal objet; qu'il le suive volontairement en tout, comme ne faisant rien qu'avec une très grande sagesse : qu'ainsi cette disposition arrêtera toutes les plaintes et tous les murmures et préparera son esprit à souffrir paisiblement les événements les plus fâcheux... .

... Vous ne deve\ pas, dit-il, désirer que ces choses qui se font, se fassent comme vous voulez; mais vous deve\ vouloir qu elles se fassent comme elles se font....

... // veut qu il soit humble... (I, cxxiv).

La remarquable affinité de la morale d'Epictète avec celle du Christ et sa conception d'une sorte de Providence à laquelle il convient de s'en remettre du sort de l'humanité devaient toucher Pascal.

Tose dire qu'il méritait d'être adoré, s'il avait aussi bien connu son impuissance, puisqu'il fallait être Dieu pour apprendre l'un et l'autre aux hommes (I, cxxv).

Mais Épiclèle n'a pas compris toute la profondeur de la déchéance humaine. Il a cru et professé que : // faut chercher la félicité par les choses qui sont en notre pouvoir, puisque Dieu nous les a données à cette fn (I, cxxv); que Tosprit et la volonté sont indépendants, et suffisent à nous rendre parfaits , à nous faire connaître Dieu , et Faimer, lui obéir, lui plaire (I, cxxv) (doctrine qui supprime la nécessité d'un médiateur). Ces principes d'une superbe diabolique le conduisent à d'autres erreurs, comme : que Vdme est une portion de la substance divine (I, cxxv).

Épictète a certainement plus de confiance dans la bonté de notre nature et dans l'efficacité de nos efforts pour remédier aux misères de notre condition que n'en saurait avoir Pascal après l'analyse minutieuse qu'il a faite des infirmités de toutes nos aptitudes, mais certainement aussi Pascal est prévenu par sa croyance de chrétien contre la doctrine du philosophe antique, si belle et secourable qu'elle puisse être. Quant à celle du sage moderne, de Montaigne, il n'en admet que le scepticisme comme arme de guerre contre les systèmes philosophiques et les hérésies. C'est ainsi quil gourmande si fortement et si cruellement la raison dénuée de la foi, que, lui faisant douter si elle est raisonnable, et si les animaux le sont ou non, ou plus ou moins, il l'a fait descendre de rexcellence qu'elle s'est attribuée et la met par grâce en parallèle avec les bêtes, sans lui permettre de sortir de cet ordre jusqu'à ce quelle soit instruite par son Créateur même de son rang quelle ignore; la menaçant, si elle gronde, de la mettre au-dessous de toutes, ce qui est aussi facile que le contraire (I, cxxix).

Rien ne devait lui paraître s'accorder mieux avec les résultats de sa sévère enquête. Malheureusement dans la philosophie de Montaigne l'abandon tout chrétien des titres de la raison a des conséquences toutes païennes pour l'exercice de la volonté.

Il conclut qu'on doit prendre le vrai et le bien sur lapre-

mière apparence^ sans les presser (I, cxxxi), parce qu'ils

n'offrent rien de solide.

il agit comme les autres hommes ; et tout ce qu'ils

font dans la sotte pensée qu'ils suivent le vrai bien, il le fait par un autre principe, qui est que, les vraisemblances étant pareillement d'un et d'autre côté, l'exemple et la commodité sont les contre-poids qui l'entraînent (I, cxxxi). Voilà qui n'est pas pour plaire à la foi rigide de Pascal. Il s'en indigne.

// me semble, ajoute-t-il, que la source des erreurs de ces deux sectes est de n'avoir pas su que l'état de l'homme à présent diffère de celui de sa création (I, cxxxiii).

Mais nous arrêtons là nos extraits de cet entretien ; nous n'en avons dû retenir que les idées se rencontrant au stade où nous sommes parvenu des preuves du christianisme tirées logiquement des Pensées et des morceaux qui s'y rattachent. Il convient de placer à la suite de la discussion précédente les Pensées suivantes :

// est dangereux de trop faire voir à l'homme combien il est égal aux bêtes, sans lui montrer sa grandeur, et il est encore dangereux de lui trop faire voir sa grandeur sans sa bassesse.

Il est encore plus dangereux de lui laisser ignorer l'un et l'autre. Mais il est très avantageux de lui représenter l'im et l'autre (I, 11).

Que l'homme maintenant s'estime son prix. Qu'il s'aime^ car il y a en lui une nature capable de bien; mais qu'il n'aime pas pour cela les bassesses qui y sont. Qu'il se méprise, parce que cette capacité est vide; mais qu'il ne méprise pas pour cela cette capacité naturelle. Qu'il se haïsse, qu'il s'aime : il a en lui la capacité de connaUre la vérité et d'être heureux; mais il n'a point de vérité, ou constante, ou satisfaisante (I, 11).

Je voudrais donc porter l'homme à désirer d'en trouver^ à être prêt, et dégagé des passions, pour la suivre oii il la trouvera, sachant combien sa connaissance s'est obscurcie par les passions; je voudrais bien qu'il haït en soi la cou-

cupiscence qui le détermine d'elle-même^ afin qu'elle ne r aveuglât point pour faire son choix, et qu'elle ne r arrêtât point quand il aura choisi (I, l^).

Je blâme également, et ceux qui prennent parti de louer l'homme, et ceux qui le prennent de le blâmer, et ceux qui le prennent de se divertir; et je ne puis approuver que ceux qui cherchent en gémissant (I, 12).

Les stoïques disent : Rentre^ au dedans de vous-mêmes ; c'est là oit vous trouvère^ votre repos : et cela n^ est pas vrai. Les autres disent : Sorte\ en dehors; recherchei le bonheur en vous divertissant : et cela n'est pas vrai; les maladies viennent. Le bonheur n'est ni hors de nous^ ni dans nous; il est en Dieu., et hors et dans nous (I, 12).

La nature de l'homme se considère en deux manières : l'une selon sa fin., et alors il est grand et incomparable ; Vautre selon la multitude, comme on juge de la nature du cheval et du chien, par la multitude d'y voir la course, et animum arcendi; et alors l'homme est abject et vil. Et voilà les deux voies qui en font juger diversement, et qui font tant disputer les philosophes. Car l'un nie la supposition de l'autre; l'un dit : Il n'est pas né à cette fin, car toutes ses actions jr répugnent ; l'autre dit : Il s'éloigne de sa fin quand il fait ces basses actions (I, 12).

En résumé, même en tenant compte du parti pris de Pascal en faveur de la religion chrétienne on reconnaîtra qu'il est autorisé à ne se satisfaire d'aucun système philosophique, d'aucune tentative de la raison, abandonnée à elle-même, pour rendre intelligibles et acceptables à rhommc sa condition et sa destinée terrestres. L'une et Tautre, selon nos idées de finalité, sont évidemment irrationnelles, car tout individu porte écrite dans son essence une fin qu'il est inapte à réaliser, une fin contrariée par l'insuffisance de ses aptitudes mômes, insuffisance qui ne prépare que des avortements à ses efforts vers l'idéal de chacune d'elles. 11 se peut que l'humanité dans son ensemble progresse vers un état meilleur, mais la mort brise subitement la destinée inachevée de chacun de ses

représentants; combien peu meurent heureux dans l'épanouissement de leur œuvre! Combien rare est l'euthanasie !

Pascal est-il téméraire d'inférer de cet illogisme latent rendu manifeste par son analyse dans la nature et le sort de l'homme, que notre espèce a connu des temps meilleurs, qu'elle est déchue d'un premier état où toutes les aptitudes individuelles étaient complètes, équilibrées et satisfaites?

Nous souhaitons la vérité^ et ne trouvons en nous qu'incertitude. Nous recherchons le bonheur, et ne trouvons que misère et mort. Nous sommes incapables de ne pas souhaiter la vérité et le bonheur., et sommes incapables ni de certitude ni de bonheur. Ce désir nous est laissé ., tant pour nous punir .1 que pour nous faire sentir d'oii nous sommes effondrés (1, 120).

L'homme ne sait à quel rang se mettre. Il est visiblement égaré, et tombé de son vrai lieu sans le pouvoir retrouver. Il le cherche partout avec inquiétude et sans succès dans les ténèbres impénétrables (l, 121).

Car enfin, si l'homme n'avait jamais été corrompu, il jouirait dans son innocence et de la vérité et de la félicité avec assurance,. Et si l'homme 7i' avait jamais été que corrompu, il Ji'aurait aucune idée ni de la vérité ni de la béatitude. Mais, malheureux que nous sommes, et plus que s'il n'y avait point de grandeur dans notre condition, nous avons une idée du bonheur, et ne pouvons y arriver; nous sentons une image de la vérité, et ne possédons que le mensonge : incapables d'ignorer absolument et de savoir certainement, tant il est manifeste que nous avons été dans un degré de perfection dont nous sommes malheureusement déchus! (1, 115.)

A mesure que cette idée d'une déchéance humaine deviendra de présomption dogme, Pascal la précisera et l'affirmera avec une certitude et une éloquence croissantes. Tout ce^ju'on peut répondre c'est que nulle présomption ne .saurait être plus malaisément conciliable avec les acqui-

PREUVES PSYCHOLOGIQUES DU CHRISTIANISME IH sillons et les tendances de la science actuelle, où domine riiypollièsc de l'évolution par la lutte pour l'existence; mais à l'époque où Pascal écrivait, ce point de vue n'était pas encore atteint; son induction ne proposait rien qui rompît en visière avec les idées accréditées, avec le sens commun, et la foi la lui soufflait à l'oreille.

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