CHAPITRE IX
ORDRE DES PENSÉES QUI ÉTABLISSENT LA RELATION ENTRE LES FIGURES ET LES PROPHÉTIES.
Ordonnons le plus logiquement que nous pourrons les Pensées qui établissent la relation entre les figures et les prophéties.
Pascal indique des règles générales de discernement qu'on peut placer ici :
De deux personnes qui disent de sots contes, Vun qui a double sens, entendu dans la cabale, l'autre qui n'a que ce sens, si quelqu'un^ n'étant pas du secret, entend discourir les deux en cette sorte, il en fera même jugement. Mais si ensuite, dans le reste du discours, l'un dit des choses angéliqueSy et l'autre toujours des choses plates et communes, il jugera que l'un parlait avec mystère, et Jion pas Vautre : Vun ayant asse^ montré qu'il est incapable de telle sottise, et capable d'être mystérieux ; Vautre, qu'il est incapable de mystère, et capable de sottise (II, 42).
Quand la parole de Dieu, qui est véritable, est fausse littéralement, elle est vraie spirituellement. « Sede a dextris meis. » Cela est faux littéralement; donc cela est vrai spirituellement. En ces expressions, il est parlé de Dieu à la manière des hommes; et cela ne signifie autre chose, sinon que, Vintention que les hommes ont en faisant asseoir à leur droite. Dieu l'aura aussi. C'est donc une marque de Vintention de Dieu, non de sa manière de Vexécuter.
Ainsi quand il dit : Dieu a reçu F odeur de vos parfums et vous donnera en récompense une terre grasse^ c'est-àdire^ la mâme intention qu''aurait un homme qui, agréant vos parfums, vous donnerait en récompense une terre grasse, Dieu aura la même intention pour vous, parce que vous ave:{ eu pour lui la même intention qu'un homme a pour celui à qui il donne des parfums. Ainsi iratls est, « Dieu jaloux », etc. Car les choses de Dieu étant inexprimables, elles ne peuvent être dites autrement, et l'Eglise aujourd'hui en use encore : quia co.nfortavit seras, etc.
Il ne nous est pas permis d' attribuer à l'Ecriture les sens qu'elle ne nous a pas révélé qu'elle a. Ainsi de dire que le « mem » fermé d'Isaïe signifie 600, cela n'est pas révélé. Il eût pu dire que les « tsadé » fnal et les « he defcientes » signifieraient des mystères. Il n'est donc pas permis de le dire, et encore moins de dire que c'est la rnanière de la pierre philosophale. Mais nous disons que le sens littéral n'est pas le vrai, parce que les prophètes l'ont dit euxmêmes (II, 8).
Ajoutons que Pascal reconnaît la nécessité d'interpréter les textes avec précaution :
Il y a des figures claires et démonstratives ; mais il y en a d'autres qui semblent un peu tirées par les cheveux, et qui ne prouvent qu'à ceux qui sont persuadés d'ailleurs. Celles-là sont semblables aux apocalyptiques. Mais la différence qu'il y a est qu'ils n'en ont point d'indubitables. Tellement qu'il n'y a rien de si injuste que quand ils montrent que les leurs sont aussi bien fondées que quelquesunes des nôtres; car ils n'en ont pas de démonstratives comme quelques-unes des nôtres. La partie n'est donc pas égale. Il ne faut pas égaler et confondre ces choses parce qu'elles semblent être semblables par un bout, étant si différentes par l'autre. Ce sont les clartés qui méritent, quand elles sont divines, qu'on révère les obscurités (II, 1).
Parler contre les trop grands figuratif s- (II, ITri).
Il peut aussi y avoir des raisons pour que certaines prophéties soient obscures :
Il faut mettre au chapitre des fondements ce qui est en celui des Figuratifs touchant la cause des Figures : pourquoi Jésus-Curist prophétisé en son premier avènement; pourquoi prophétisé obscurément en la manière (II, 175).
Il n'est pas admissible : 1° que des prophéties dictées par Dieu même et destinées à confirmer la promesse du bonheur éternel visent uniquement l'acquisition de biens temporels, car ce serait indigne de Dieu; 2° que leurs discours (les discours des prophètes) expriment très clairement la promesse des biens temporels^ et qu'ils disent néanmoins que leurs discours sont obscurs, et que leur sens ne sera
point entendu
. . . . quon ne l'entendra qu'à la fn des temps. Jer., XXX, ult.
. . . .3° que leurs discours sont contraires
et se détruisent (II, 2). Comment expliquer, comment juslifier ces incompatibilités dans l'Écriture Sainte?
Ce scandale du sens moral et de la raison s'évanouit si Ton reconnaît que le sens véritable de ces discours n'était pas celui qu'ils (les prophètes) exprimaient à découvert^ et que, par conséquent, ils entendaient parler d'autres
sacrifices, d'un autre libérateur, etc
si l'on pense qu'ils n'aient entendu
par les mots de loi et de sacrifice autre chose que celle de Moïse, il y a contradiction manifeste et grossière. Donc ils entendaient autre chose, se condredisant quelquefois dans un même chapitre (II, 3),
Si la loi et les sacrifices sont la vérité, il faut qu'elle plaise à Dieu et quelle ne lui déplaise point. S'ils sont figures, il faut qu'ils plaisent et déplaisent. Or, dans toute l'Ecriture., ils plaisent et déplaisent.
Il est dit que la loi sera changée; que le sacrifice sera changé; qu'ils seront sans roi, sans prince et sans sacrifices; qu'il sera fait une nouvelle alliance, que la loi sera renouvelée, que les préceptes qu'ils ont reçus ne sont pas bons; que leurs sacrifices sont abominables; que Dieu n'en a point demandé.
// est dit, au contraire, que la loi durera éternellement; ■ que cette alliance sera éternelle; que le sacrifice sera éternel; que le sceptre ne sortira jamais d'avec eux, puisqu'il n'en doit point sortir que le Roi éternel n arrive. Tous ces passages marquent-ils que ce soit réalité? Non. Marquent-ils aussi que ce soit figure? Non : mais que c'est réalité, ou figure. Mais les premiers, excluant la réalité, marquent que ce n'est que figure.
Tous ces passages ensemble ne peuvent être dits de la réalité; tous peuvent être dits de la figure : donc ils ne sont pas dits de la réalité, mais de la figure. « Agnus occisus est ab origine mundi » (II, 3).
On ne peut faire une bonne physionomie qu'en accordant toutes nos contrariétés, et il ne suffit pas de suivre une suite de qualités accordantes sans accorder les con^ traires. Pour entendre le sens d'un auteur, il faut accorder tous les passages contraires.
Ainsi, pour entendre VEcriture, il faut avoir un sens dans lequel tous les passages contraires s'accordent. Il ne suffit pas d'en avoir un qui convienne à plusieurs passages accordants, mais d'en avoir un qui accorde les passages même contraires.
Tout auteur a un sens auquel tous les passages contraires s'accordent, ou il n'a point de sens du tout. On ne peut pas dire cela de l'Ecriture et des prophètes; ils avaient assurément trop bon sens. Il faut donc en chercher un qui accorde toutes les contrariétés.
Le véritable sens n'est donc pas celui des Juifs; mais en jÉsus-CuRiST toutes les contradictions sont accordées.
Les Juifs ne sauraient accorder la cessation de la royauté et principauté prédite par Osée avec la prophétie de Jacob.
Si on prend la loi, les sacrifices, et le royaume, pour réalités, on ne peut accorder tous les passages. Il faut donc par nécessité qu'ils ne soient que figures. On ne saurait pas même accorder les passages d'un même auteur, ni même d'un livre, ni quelquefois d'un même chapitre. Ce
qui marque trop quel était le sens de l'auteur. Comme quand Éy^cchiel, ch. xx, dit qu'on vivra dans les commandements de Dieu et qu'on n'y vivra pas (II, 6 et 7).
Un portrait porte absence et présence, plaisir et déplaisir. La réalité exclut absence et déplaisir.
Pour savoir si la loi et les sacrifices sont réalité ou figure, il faut voir si les prophètes, en parlant de ces choses, y arrêtaient leur vue et leur pensée, en sorte qu'ils n'y vissent que cette ancienne alliance ; ou s' ils y voient quelque autre chose dont elle fût la peinture ; car dans un portrait on voit la chose figurée. Il ne faut pour cela qu'examiner ce qu'ils en disent.
Quand ils disent qu'elle sera éternelle , entendent-ils parler de Vaillance de laquelle ils disent qu'elle sera changée; et de même des sacrifices, etc.? (II, \.)
Le chiffre a deux sens. — Quand on surprend une lettre importante oit l'on trouve un sens clair et où il est dit néanmoins que le sens en est voilé et obscurci; qu'il est caché, en sorte qu'on verra cette lettre sans la voir et qu'on l'entendra sans l'entendre; que doit-on penser, sinon que c'est un chiffre à double sens; et d'autant plus qu'on y trouve des contrariétés manifestes dans le sens littéral? Combien doit-on estimer ceux qui nous découvrent le chiffre et nous apprennent à connaître le sens caché; et principalement quand les principes qu'ils en prennent sont tout à fait naturels et clairs/ C'est ce qu'a fait Jésus-Christ et les apôtres. Ils ont levé le sceau, il a rompu le voile et découvert l'esprit. Ils nous ont appris pour cela que les ennemis de l'homme sont des passions; que le Rédempteur serait spirituel et son règne spirituel; qu'il y aurait deux avènements : l'un de misère, pour abaisser l'homme superbe, Vautre de gloire, pour élever Vhomme humilié; que Jésus- Christ serait Dieu et homme. Les prophètes ont dit clairement qu'Israël serait toujours aimé de Dieu, et que la loi serait éternelle; et ils ont dit que Von n'entendrait point leur sens et qu'il était voilé (II, 'i).
L'ulililé des prophéties semble un peu compromise par
celte explication, car seuls les hommes doués de la sagacité d'un Pascal peuvent les interpréter avec justesse et tous les autres demeurent scandalisés dans leur sens moral et leur raison. On peut répondre à cette objection que Dieu a envoyé au monde des interprètes et des propagateurs.
Pascal la prévient. Après avoir énoncé les longues traditions juives à cet égard dans le fragment suivant :
Les Juifs avaient vieilli dans ces pensées tert-estres, que Dieu aimait leur père Abraham^ sa chair et ce qui en sortait. Que pour cela il les avait multipliés et distingués de tous les autres peuples^ sans souffrir qu'ils s y mêlassent; que, quand ils languissaient dans VEgypte, il les en retira avec tous ces grands signes en leur faveur; qu'il les nourrit de la manne dans le désert; qu'il les t7iena dans une terre bien grasse; qu'il leur donna des rois et im temple bien bâti pour jy offrir des bêtes, et par le moyen de V effusion de leur sang qu'ils seraient purifiés^ et qu'il leur devait enfin envoyer le Messie pour les rendre maîtres de tout le monde; et il a prédit le temps de sa venue (I, 206).
Pascal signale que saint Paul vint à propos pour dissiper tout nuage dans l'esprit des hommes après que Terreur des Juifs eut servi à la conservation par eux du dépôt des promesses divines :
Le monde avait vieilli dans ces erreurs charnelles, Jésus- CuRiST est venu dans le temps prédit, mais non pas dans l'éclat attendu; et ainji ils n'ont pas péris é que ce fût lui. Après sa mort, saint Paul est venu apprendre aux hommes que toutes ces choses étaient arrivées en figures; que le royaume de Dieu ne consistait pas en la chair, mais en l'esprit; que les ennemis des hommes n'étaient pas les Babyloniens, 7nais les passions ; que Dieu ne se plaisait pas aux temples faits de main, inais en un cœur pur et humilié; que la circoncision du corps était inutile, mais qu'il fallait celle du cœur; que Moïse ne leur avait pas donné le pain du ciel, etc.
Mais Dieu n'ayant pas voulu découvrir ces choses à ce peuple^ qui en était indigne, et ayant voulu néanmoins les
prédire afin qu'elles fussent crues, il en a prédit le temps clairement, et les a quelquefois exprimées clairement, mais abondamment, en figures, afin que ceux qui aimaient les choses figurantes s'y arrêtassent, et que ceux qui aimaient les figurées les y vissent. [Je ne dis pas bien.) (I, 206).
Tout arrivait en figures. Voilà le chiffre que saint Paul nous donne. Il fallait que le Christ souffrit. Un Dieu humilié. Circoncision de cœur, vrai jeûne, vrai sacrifice, vrai temple. Les prophètes ont indiqué qu'il fallait que tout cela fût spirituel (I, o).
// (Dieu) nous a donc appris enfin que toutes ces choses n étaient que figures, et ce que c'est que vraiment libre, vrai Israélite, vraie circoncision, vrai pain du ciel, etc. (II, 6).
La dissimulation des vrais biens n'étail pas sans motifs :
Une des principales raisons pour lesquelles les prophètes ont voilé les biens spirituels qu'ils promettaient sous les figures des biens temporels, c'est qu'ils avaient affaire à un peuple charnel qu'il fallait rendre dépositaire du Testament spirituel (Moli.mer, I, 254).
Il fallait que, pour donner foi au Messie, il y eût eu des prophéties précédentes, et qu'elles fussent portées par des gens non suspects, et d'une diligence et fidélité et d'un \èle extraordinaire, et connus de toute la terre.
Pour faire réussir tout cela. Dieu a choisi ce peuple charnel, auquel il a mis en dépôt les prophéties qui prédisent le Messie, comme libérateur, et dispensateur des biens charnels que ce peuple aimait; et ainsi il a eu une ardeur extraordinaire pour ses prophètes, et a porté à la vue de tout le monde ces livres qui prédisent leur Messie, assurant toutes les nations qu'il devait venir, et en la manière prédite dans les livres qu'ils tenaient ouverts à tout le monde. Et ainsi ce peuple, déçu par l',avènement ignominieux et pauvre du Messie, ont été ses plus cruels ennemis. De sorte que voilà le peuple du monde le moins suspect de nous favoriser., et le plus exact et le plus \élé qui se puisse dire pour sa loi et pour ses prophètes, qui les porte incorrompus, etc. (I, 207, 208 et 209).
...De sorte que ceux qui ont rejeté et crucf^e JÉsus-CnniST, qui leur a été en scandale^ sont ceux qui portent les livres qui témoigne?ît de lui et qui disent qu'il sera rejeté et en scandale; de sorte quils ont marqué que c'était lui en le refusant^ et quHl a été également prouvé., et par les justes Juifs qui l'ont reçu, et par les injustes qui l'ont rejeté, l'un et l'autre ayant été prédit (I, 209).
Figuratif. Dieu s'est servi de la concupiscence des Juifs pour les faire servir à Jésus-Ciirist.
Rien n'est si semblable à la charité que la cupidité, et rien n''y est si contraire. Ainsi les Juifs, pleins des biens qui flattaient leur cupidité, étaient très conformes aux chrétiens, et très contraires . Et par ce moyen ils avaient les deux qualités qu'il fallait qu'ils eussent, d'être très conformes au Messie, pour le figurer, et très contraires, pour n'être point témoins suspects (II, 184).
Au surplus si flattée que fût la cupidité des Juifs par les biens promis, les prodiges messianiques n'étaient pas de nature à les étonner :
Les Juifs étaient accoutumés aux grands et éclatants miracles, et ainsi ayant eu les grands coups de la mer Rouge et de la terre de Chanaan comme un abrégé des grandes choses de leur Messie, ils en attendaient donc de plus éclatants dojit ceux de Moïse n étaient que les échantillons (GUTULL\, 161).
D'autre part les bons ne risquaient pas d'être induits en erreur :
Dieu, pour rendre le Messie connaissable aux bons et méconnaissable aux méchants, l'a fait prédire en cette sorte. Si la manière du Messie eût été prédite clairement, il n'y eût point eu d'obscurité, même pour les méchants. Si le temps eût été prédit obscurément , il y eût eu obscurité, même pour les bons; car la bonté de leur cœur ne leur eût pas fait entendre que, par exemple, le mem fermé signifie six cents ans. Mais le temps a été prédit clairement, et la manière en figures.
Par ce moyen, les méchants, prenant les biens promis
pour matériels, s'égarent malgré le temps prédit clairement, et les bons ne s'égarent pas; car f intelligence des biens promis dépend du cœur, qui appelle bien ce qu'il aime; mais l'intelligence du temps promis ne dépend point du cœur; et ainsi la prédiction claire du temps, et obscure des biens, ne déçoit que les seuls méchants (II, 50).
Dès qu'une/ois on a ouvert ce secret, il est impossible de ne pas le voir. Qu'on lise le Vieil Testament en cette vue, et qu'on voie si les sacrifices étaient vrais, si la parenté d'Abraham était la vraie cause de l'amitié de Dieu, si la terre promise était le véritable lieu de repos. Non. Donc c étaient des figures. Qu'on voie de même toutes les cérémonies ordonnées, tous les commandements qui ne sont pas pour la charité, on verra que c'en sont les figures (II, 11).
Pascal consigne certaines remarques utiles pour linterprétation de la Bible.
Le Vieux Testament est un chiffre.
Deux erreurs : i° prendre tout littéralement ; 2° prendre tout spirituellement (II, 184;.
Tout ce qui ne va point à la charité est figure.
L'unique objet de l'Ecriture est la charité. Tout ce qui ne va point à Punique but en est la figure : car, puisqu'il ny a qu'un but, tout ce qui n'y va point en mots propres est figuré.
Dieu diversifie ainsi cet unique précepte de charité pour satisfaire notre curiosité, qui recherche la diversité, par cette diversité, qui nous mène toujours à notre imique nécessaire. Car une seule chose est nécessaire, et nous aimons la diversité; et Dieu satisfait à l'un et à l'autre par ces diversités, qui mènent au seul nécessaire (II, 9).
La distinction du charnel et du spirituel sur laquelle Pascal fonde la théorie de la figure dans l'Ancien Testament lui suggère les réflexions générales qui suivent :
Les Juifs charnels tiennent le milieu entre les Chrétiens et les Païens. Les Païens ne connaissent point Dieu, et n'aiment que la terre. Les Juifs connaissent le vrai Dieu, et n'aiment que la terre. Les Chrétiens connaissent le vrai
Dieu^ et 7i aiment point la terre. Les Juifs et les Païens aiment les mêmes biens. Les Juifs et les Chrétiens connaissent le même Dieu. Les Juifs étaient de deux sortes : les ims n avaient que les affections païennes., les autres avaient les affections chrétiennes (I, 211).
Deux so7'tes d'hommes en chaque religion. Parmi les Païens, des adorateurs des bêtes, et les autres^ adorateurs d'un seul Dieu dans la religion naturelle. Parmi les Juifs, les charnels, et les spirituels, qui étaient les Chrétiens de la loi ancienne. Parmi les Chrétiens, les grossiers, qui sont les Juifs de la loi nouvelle. Les Juifs charnels attendaient un Messie charnel; et les Chrétiens grossiers croient que le Messie les a dispetisés d'aimer Dieu. Les vrais Juifs et les vrais Chrétiens adorent un Messie qui les fait aimer Dieu (I, 211).
Cette même distinction divise les hommes en deux groupes à qui Pascal fait respectivement leurs parts :
Il y en a qui voient bien qu'il n'y a pas d'autre ennemi de Vhomme que la concupiscence, qui le détoutvie de DieUy et non pas Dieu; ni d'autre bien que Dieu, et non pas une terre grasse. Ceux qui croient que le bien de Vhomme est en la chair, et le mal en ce qui le détourne des plaisirs des sens, qu'il s''en soûle et qu'il y meure. Mais ceux qui cherchent Dieu de tout leur cœur, qui n'ont de déplaisir que d'être privés de sa vue, qui n'ont de désir que pour le posséder et d'ennemis que ceux qui les en détournent, qui s'affligent de se voir environnés et dominés de tels ennemis; qu''ils se consolent, je leur annonce une heureuse Jiouvelle : il y a un libérateur pour eux, je le leur ferai voir ; je leur montrerai qu'il y a un Dieu pour eux; je ne le ferai pas voir aux autres. Je ferai voir qu'un Messie a été promis, qui délivrerait des ennemis, et qu'ail en est venu un pour délivrer des iniquités , mais non des ennemis (II, 10).