‹ La vraie source du mal ou Encore la question de l'Université Laval [microforme]Chapitre 3 sur 9 · SES LUTTES · texte numérisé non relu

SES LUTTES

En vue d'obtenir l'institution canonique de la nouvelle université, l'archevêque tenait à s’assurer le concours de l’évêque de Montréal dans ses démarches auprès du saint Siége. L’évêque Bourget le lui promit, et, ce qui est mieux, le lui accorda à la condition cependant, que l’archevéque lui rendrait le même service dans les démarches qu’il se proposait de faire pour fonder une université dans sa ville épiscopale.

Mais l’évêque Bourget n'avait pas deviné la pensée secrète de l'archevêque et se doutait encore moins de la politique de Rome. Il devait bientôt appreadre que quand Rome à parlé il faut obéir: “Roma locuta est, causa finita.” Quatre fois il reprit son projet de fonder une université à Montréal. En 1862, 1864, 1865 et 1872, il en appela au saint Siége, mais toujours en vain; “non licet,” lui écrivait-on chaque fois. Rome avait décidé qu'il n’y aurait au Canada qu'une seule université catholique, un eul pro-

tecteur à Rome, un seul chancelier apostolique à Québec, un seul conseil, un seul recteur, une seule faculté de théologie, une seule faculté de droit, une seule faculté de médecine et une seule facuité des arts.

Cependant, les refus en appel n'étaient pas propres à contenter tout le monde et à faire taire toutes les petites jalousies des autres maisons d'éducation catholiques. Les unes ne reconnaissaient pas, comme à Québec, la nécessité des études supérieures; d’autres demandaient une affiliation, mais à des conditions inacceptables pour l’université ; d’autres enfin,et MM. les directeurs du collége de Ste Anne en particulier, traitaient Monsieur le recteur Casault d’autocrate, et réslamaient pour leur maison le droit de conférer des dégrés.

En 1855, après plus de deux ans d'attente, l'université vit bien qu'il s'écoulerait un temps assez long avant d'arriver à une entente avec la majorité des colléges. Elle accorda provisoirement l'inscription sans examen, à tous ceux qui se présenteraient avec un certificat d’études faites avec succès, dans un collége classique. Mais quels sont les colléges classiques? L’université, pour ne pas se créer de nouveaux enne-

mis, refusa de faire cette démarcation ; elle prit, sans en approfondir le mérite, la liste adoptée par M, le surintendant de l'instruction publique, en y ajoutant le collége de Montréal. Et ainsi les élèves des colléges de Montréal, Nicolet, St. Hyacinthe, Ste Thérèse, Ste Anne, Pie Marie de Montréal et de l’Assomption, purent être inscrits sur présentation d'un simple certificat de leur supérieur respectif. Cependant les élèves n'arrivaient pas, et en 1858, ils diminuaient même. Les difficultés menaçaient de se prolonger, quand Rome parla: “non expedire.” Il n’est pas expédient qu’il y ait plus d’une université autorisée à conférer des degrés. Les têtes s'inclinèrent, les dos se courbèrent, chacun rongea son frein, quelques jours peut-être, et tout parut rentrer dans le silence et toutes les maiïsons d'éducation acceptèrent les décisions de “l’autocrate”” de Rome, pour me servir de l’expression du supérieur de Ste Anne.

Ce qui est regrettable dans cette question ce n'est pas le résultat, mais les moyens — qu'il faille aller à Rome pour décider des questions d'éducation d’un intérêt purement local, — car nous croyons que la multiplication des facultés comme eelle des universités est déplorable dans tous les pays au point de vue national et patriotique et de l'unité de l’enseignement, mais elle l’est envore davantage dans une province

comme la nôtre, où les sommités scientifiques et les spécialistes sont rares. De plus, le désir bien légitisme des professeurs de se voir entourés d’une nombreuse jeunesse, tend à rendre plus facile l'admission aux études, l'obtention des diplômes et des licences à la pratique des professions libérales. La conséquence toute naturelle est que les professions sont encombrées d'hommes incompétents, à la recherche d’une position. C’est ainsi que l’on trouve dans les bureaux de l'administration, non-seulement une foule d'avocats incapables de suivre les péripéties d’une cause importante, mais encore des médecins auxquels le public a refusé sa confiance.

Est-ce étonnant,qnand on compte dans la ville de Montréal quatre facultés de médecines et deux de droit, quand deux, tout au plus, pour question de langue uniquement, pourraient répondre au besoin du public.

Les pouvoirs conférés par sa charte royale,qu’elle méprisait du reste, et dont elle ne s'était servi que comme marchepied, ne répondaient plus à son ambition. Elle commença à jeter un regard jaloux sur les facultés de Montréal où elle concut l'idée d'établir deux succursales. Il lui fallait la sanction du gouvernement provincial ; or le gouvernement, qui ne consulte pas toujours les intérêts généraux de la Province et ne sait

guère refuser ses faveurs à un corps qui commande à tant de votes, se hâta de lui octroyer le droit de lancer ses bombes dans les paisibles et scientifiques laborateires de l'école de médecine et de chirurgie de Montréal.

Page 1