RIEURES
Pendant que se réglaient (par les ‘“ non expedire ” et les “ non licet ” de Rome) les difficultés entre les diverses maisons d'éducation canadiennes, un nuage montait à l'horizon.
En l'an 1840, l'université Me Gill qui ne donnait son enseignement qu’en langue anglaise devenait par 1à même inaccessible à la grande majorité de la jeunesse bas-canadienne. Deux ans auparavant la Province avait été cruellement décimée par un épouvantable fléau : le choléra asiatique. Le manque de secours médicaux s’6tait fait sentir. De tous côtés on faisait appel aux disciples d'Hypocrate. Malgré les efforts héroïques qu’ils firent, des centaines de victimes moururent abandonnées même de leurs voisins épouvantés.
Pour prévenir le retour de telles calamités publiques, plusieurs médecins protestants anglais concurent l’idée généreuse d'établir une
grande école de médecine, où les cours se donneraient dans les deux langues su pays.
Cette école, due à la philanthropie et au désintéressement de la minorité protestante, fut fondée en 1843, et incorporée civilement en 1846. Elle devait bientôt, comme les fondateurs l'avaient sans doute prévu, subir des transformations notables. Peu après sa fondation, des médecins catholiques romains réussirent, sans efforts, a prendre une place honorable dans le personnel enseionant, et dès 1848, l’école devint virtuellement catholique dans le sens restreint du mot, au point qu’elle se plaça sous la direction, la censure et la protection de l'évêque de Montréal.
De nombreux élèves vinrent se presser autour de ses chaires. Cependant, n'étant afliliée à aucune université, elle ne pouvait conférer aucun degré, et cette jeunesse, animée d’une ambition bien louable et légitime, préférait fréquenter les universités protestantes où elle obtenait les degrés académiques et le titre de médecin.
En 1862, pour obvier à cette difficulté, elle s'adressa à l’université Laval pour obtenir une afliliation, sans pouvoir réussir. C’est alors que s'engagèrent ces luttes terribles entre l’implacable autorité religieuse et l'indépendance bien légitime du citoyen qui a conscience de sa va-
leur, de son devoir et de sa liberté. Luttes qui
ne se sont pas ralenties jusqu’à aujourd’hui, et qui ménacent de se prolonger encore lonstemps,
Après les inutiles tentatives de l’évêque Bourget auprès du saint Siége pour obtenir une université à Montréal; après les déceptions de l’école dans ses demandes d'affiliation, le danger pour elle devenait imminent. Rome maintenait ses “non licet;” Laval persistait dans ses refus et tenait en échec l'évêque et l'école de médecine et de chirurgie. Réduite aux abois, celle-ci se tourna vers Cobourg et sollicita de l’université Victoria un abri sous ses portiques. Elle fut accueillie avec bienveillance, à des conditions qui sauvegardaient sa plus complète autonomie et la laissaient, quant à la religion et la morale, sous l'entière dépendance de l’évêque de Montréal. Du reste, cette largeur de vues n'est pas un cas isolé. Les chartes royales ne s'accordent aux universités qu'à la condition expresse qu'’elles ne tiendront aucun compte des vues relisieuses de leurs étudiants.
Cette démarche de l’école de médecine, en la sauvant d'un danger, lui en créa de nouveaux.
L'évèêque Bourget, moins convaincu en pratique qu'en théorie de l'infaillibilité papale, travaillait toujours auprès du saint Siége, sollicitant une révision des décrets “ non expediré ” et “ non licet ” et comptait réussir dans ses projets d'établissement universitaire à Montréal, don-
nant entre autres arguments,ce qu’il y a d'illogique et de Cangereux pour le catholicisme de voir affiliées aux institutions protestantes les écoles où se forment les futurs médecins, qui seront appelés À exercer leur art au milieu des catholiques romains de la Province,
Chaque année, à Montréal, les suppliques devenaient plus pressantes et, à Québec, l'opposition plus opiniâtre.
Cependant, à Reme on était inquiet à la vue de l'intimité croissante entre l’Ecele et Victoria. Cet argument produisit l'effet attendu. Entre deux maux, Rome voulut choisir le moindre et, le 28 juillet 1874, elle permit l'établissement d'une université à Montréal.
D'un autre côté, l’archevêque, sûr de la sympathie et du concours du cardinal Simeoni, ne se tenait pas pour battu, et pour un argument que l’on envoyait de Montréal à Rome, l’archevêque en envoyait deux, dont le plus lourd n’était pas celui qu'on pense. Rome, profondément émue à la vue des touchantes et pieuses offrandes québecquoises, (rien n'émeut à Rome comme une longue bourse) répondit par un décret du ler février 1876 dans lequel il est ordonné qu'il soit écrit à l'archevêque de Québec : “qu'on a reconnu l'impossibilité de fonder une université à Montréal. L'importance de pourvoir à l’éducation supérieure de jeunes gens de Montréal,
d'empêcher que les écoles de droit et de médecine ne continuent d'être affiliées aux établissements protestants, et beaucoup plus encore, que les jeunes gens ne fréquentent de tels établissements; que du reste il est impossible à Laval d'accorder l’affiliation aux dites écoles; qu'il ne se présente pas d’autres expédients que relui d'établir à Montréal une succursale de Laval.— Enfin de ne pas avoir recours à la presse.'"— (un baillon.) —-
Dès que le décret parvint à la connaissance du public, grand fut à Montréal l'émoi parmi les amis de l’éducation supérieure; l’école, calomniée devant l'opinion publique, ne fit aucune réclamation dans la presse, se conformant en cela au décret, et porta sa cause devant le tribunal suprême de Rome, en appelant du pape mal informé au pape mieux informé. Elle était dans l'attente d’une révision, quand Laval, appuyée de l’épiscopat et peu rassurée sur la parfaite lévitinrité des “considérants” qui lui avaient obtenu le décret, se transporta auprès des gouverneurs impériaux, sollicitant une extension des pouvoirs conférés par sa charte. Décue dans ses espérances, elle s’'adressa à la législature locale au moment où il lui arriva du cardinal Simeoni, toujours sensible à la simonie, un message conseillant À l'archevêque de Québec de . prendre les mesures nécessaires au maintien de
la succursale Laval À Montréal,
L'école comprit, maïs un peu tard, le cas que l'on fait à Rome de ceux qui y font appel au nom du droit et de la justice seulement.