V- UN SECOURS INATTENDU
Heureusement pour elle, un prélat à l’apparence ascétique, à la taille imposante, au regard fin et insinuant avait épousé sa cause. M. Lafièche, évêque de Trois-Rivières, arrivait à Rome, le 5 février 1877,avec un mémoire prodigieux et des arguments puissamment lourds. La position était vraiment embarrassante, On venait lui demander non-seulement de reviser, mais d'annuler un décret, et d’en promulguer un autre tout opposé. Rome ne pouvant arriver à la vérité d’après les mémoires présentés par les belligérants, et ne voulant sacrifier aucun parti à l’autre, prit une voie moyenne et commissionna son délégué, le cardinal Conroy, de se rendre au Canada, de démêler l’'écheveau si savamment compliqué, de résoudre la question enfin. Le délégué apostolique, renseigné sur la portée du décret de 1876, proposa une affiliation de la faculté de théologie, de la faculté de droit sous le contrôle des Jésuites et de l'Ecole de Médecine et de Chirurgie. Les conditions faites à cette dernière admettaient tous les professeurs, lui conservaient
le nom et certains priviléges que lui confère son acte d’incorporation ; mais, malgré bien des intrigues de la part de Laval, l’école, désireuse d'arriver à une solution, crut devoir céder à des conditions qui lui arracheraient tout, excepté son existence civile et son autonomie, et le 15 décembre 1877, elle devint faculté de Médecine de Laval. Et en janvier 1878, le nouvel état de choses fut inauguré en présence du cardinal-légat. Mais à peine était-il sorti du territoire que l'université ne tint aucun des termes d'affiliation et amena la grande déchirure à à travers laquelle le publie put apercevoir les ruses, les fausses représentations des faits et la ferme détermination de supprimer toute rivale et d'établir définitivement à Montréal ses succursales.
L'Ecole de Médecine ne pouvait rester neutre en face d’un dénouement qui menaçait son existence future. Elle sollicita l'opinion des meilleures autorités légales du pays et de la Grands- Bretagne,
Fortifiée dans ses ‘convictions par l'avis de plusieurs savants jurisconsultes, élle somma légalement, le 4 octobre 1880, l'Université d’abolir sa succursale, L'Université récusa la compétence de la cour en plaidant exception déclinatoire, et, depuis L:5s de deux ans, les belligérants en sout encore à se regarder et à se demander s'ils vont s'embrasser ou se mordre,
Certes nous sommes loin de vouloir contester à Québec la gloire de ville universitaire : nous dirons même que sa position pittoresque, son passé, et nous ajouterons bien volontiers les sacrifices que s’est imposé le séminaire, sont autant de titres à l'honneur qu’elle réclame. Mais ici devrait, nous semble-t-il, s'arrêter son ambition et ses prétentions ; un peu de générosité, un peu de reconnaissance pour une institution qui, depuis quarante ans, a rendu d'immenses services à la Province.auraient dû lui inspirer une ligne de conduite différente de celle suivie depuis vingt ans, et lui faire agréer favorablement les demandes d'affiliation si souvent réitérées, et à des termes qui ne blessassent pas la dignité d’une institution éminemment nationale et patriotique. Hélas ! la conscience et l’individualité comptent pour peu devant le despotisme clérical.
Une telle conduite aurait entouré l'Université d’une auréole de gloire qui lui aurait mérité la bienveillance de nos populations et poussé sur ses bancs une foule d'étudiants que les dernières luttes dirigent ailleurs,
Entre ces deux voies qui s'ofiraient, elle a suivi les impulsions de l’orgueil et de l'ambition, elle a choisi la lutte.