QU’EN ADVIENDRA-T-IL
L'Ecole allait porter sa cause devant un tribunal supérieur, lorsqu'on renouvela le décret de 1876 qui exige une rupture complète entre l'Ecole et luniversité protestante Victoria, décret que les évêques de la province avaient été chargés d'exécuter.
L’évêque de Montréal, sans attendre la coopération de ses collègues, écrivit au Dr. d’'Orsonnens, président de l'Ecole de Médecine, en date du 30 mars 1883: “L'heure est venue, lui disait-il, pour l’école, dont vous êtes le président, d'entrer dans la voie de l'obéissance au saint Siége, son affiliation avec l’université protestante * Victoria la met sur un picd de désobéissance formelle à l'autorité ecclésiastique. Le devoir de celle-ci est tout tracé : |
10 “L'autorité ecclésiastique devra avertir d'abord la jeunesse qui fréquente votre école, que c’est son devoir de la quitter, et s’il y a hésitation ou résistance, la même autorité devra se servir des armes qu'elle a à sa disposition pour parvenir à son but,
20 “ Vous concevez aussi que l'autorité ecclésiastique ne pourra tolérer l'école dans les maisons religieuses, où, plus que partout, les volontés du saint Siége doivent avoir leur pleine mise en pratioue, en dépit de tous les obstacles et des sacrifices que cette soumission dût coûter.”
La semaine suivante le même évêque écrivait encore au président :
“Jusqu'à ce jour votre conduite extérieure (de rebus internis non judicat ecclesia) n'a pas eu ce cachet d’obéissance complète que l'on pouvait attendre.”
On comprend facilement l'impression que produisirent ces deux lettres. Répudiant l’autorité individuelle de l’évêque de Montréal, l'Ecole en appela aux évêques réunis à Québec, le 22 mai suivant, et députa auprès des princes de l'Eglise catholique du Canada les Drs. d’Orsonnens et Desjardins. Ces Messieurs réclamèrent et placèrent devant le conseil des évêques les opinions . légales de nos meilleurs jurisconsultes, MM.
Geoffrion, Pagneulo et McLaren, et firent remarquer leur unanimité à déclarer, “ qu'en vertu des arrangements antérieurs, conclus entre l'hôpital , et l'Ecole de Médecine, l'accès aux sailes de leur hôpital leur était garantie.”
Les évêques écoutaient..….. attendaient toujours et le 25 juin l'archevêque, pour toute
réponse, rappela à l’Ecole en son nom et au nom de ses collègues, “que le décret de 1876 et de 1881, renouvelé en 1883, exigeait d'elle une rupture complète avec l’université Victoria...:.…., que l’École était jugée et déclarée rebelle... et fit remarquer qu'il s'en suivait que les dames de l'hôpital sont libres de toute obligation envers la dite école... qu'elles devaient rompre avec elle et ne recevoir dans les salles ni professeurs, ni élèves pour y donner leur clinique; qu'aucun catholique ne peut, en conscience, en faire partie, ni en fréquenter les cours; que les élèves et les professeurs ne peuvent être admis aux sacrements; qu’enfin l'ordonnance de l'évêque de Montréal était maintenue et l’appel de l'Ecole aux évêques renvoyé.”
À peine chacun était-il revenu de son étonnement et de sa colère que le Dr. D’Orsonnens recevait du cardinal Simeoni, en date du 18 juin, ce quisuit: “c'est la volonté de Sa Sainteté que notre Ecole de Médecine et de Chirurgie soit soumise au décret de 1876.”
On baissa la tête un moment pour la relever plus tard, mais... timidement,
L'Ecole, convaincue de la justice de sa cause et de la justice de la cour de Rome (que ne peuvent les illusions ?),envoya deux députés à Rome qui, après une courte entrevue, transmirent par le cable l’ordre pontifical de tout suspendre pour
lé moment, de laisser à l'Ecole la liberté de recommencer les cours et annonça l'arrivée prochaine d’un commissaire de la cour papale. Chacun se rappelle ce jour où arriva cette nouvelle qui n'était qu’un sursis et ne faisait que prolonger l'angoisse. Cependant tous les amis de l'Ecole y virent le précurseur d’une bonne nouvelle. Le sourire sur les lèvres, on se serrait cordialement la main dans la rue, on se félicitait comme le patient au moindre symptôme se rattache à l'espérance. Depuis le grand commissaire est arrivé. Déjà l'élite québecoise, le clergé l’ont prévenu, entouré, choyé, flatté. En décembre dernier, les cloches des tours de Notre- Dame annonçaient joyeusement son arrivée dans notre métropole commerciale, et la foule de se traïner à genoux dans la poussière pour recevoir chacun sa part de la bénédiction papale dont son Eminence se dit le porteur.
Sa mission est une mission de paix, de rapprochement et de réconciliation. Dès qu'il a mis le pied sur nos rivages, il l’a déclaré à ceux qui sont allés lui souhaiter la bienvenue. Dans quelle mesure réussira-t-1l? On peut quelquefois calmer le bruit. Le silence n’est pas toujours le contentement, le cœur peut être triste, même en riant. — Qu'en adviendra-t-il ?