AFFAIRE DE
Un des rédacteurs de l’Aurore a fait l'historique de l'université Laval, puis a touché en terminant à la question qui l’agite depuis plusieurs années à propos de l'établissement d’une succursale à Montréal. Nous voudrions pouvoir nous associer aux prévisions et aux espérances qu'il exprime tout à la fin de son travail; nous en sommes, hélas ! bien loin.
S'il s'agissait bien d'une revendication de droits et de liberté de la part du peuple vis-à-vis des autorités ecclésiastiques, nous y verrions un signe et une promesse d'avenir, mais il n’en est rien, ou du moins il n’en est que juste assez pour faire croire aux écrivains laïques qui ont pris part à cette discussion qu’ils y défendaient leurs intérêts. L'intérêt et la liberté religieuse du peuple canadien ne sont qu’un prétexte dans toute cette affaire. C'est une querelle essentiellement ecclésiastique ; c'est une lutte pour la
suprématie entre les disciples du pape noir et ceux du pape blanc. A Rome le pape noir a réussi à faire diviniser le pape blanc, mais quand on a la puissance de faire élire un Dieu,ona aussi la puissance de le détrôner, et, à l’occasion, de se mettre à sa place. Les maires du Palais sont devenus rois de France.
Ici, au Canada, les agents du pape blanc sont depuis longtemps les maîtres de céans, Seigneurs et maîtres des consciences qu'ils confessent, et des esprits qu’ils façonnent dans leurs colléges, dans leurs couvents et dans leurs écoles de Frères. Les agents du pape noir sont venus de bonne heure chez nous, mais s'étant quelque peu démonétisés par leur âpreté à se mêler dans les affaires du gouvernement de la Province, pendant longtemps ils ont été tenus à l'écart, mais on sait qu’ils sont persévérants, et, la mariolatrie aidant, ils sont revenus prendre pied surtout dans notre belle ville, bien décidés cette fois d'y rester et d'y dominer si possible.
Une belle occasion s’est présentée. L'’Université Laval de Québec veut établir une succursale à Montréal, où les Sulpiciens ont déjà un immense collége.
Mais dans ce cas, que deviendra le collége Ste Marie, à savoir celui des Jésuites ? Non, disent les Jésuites, — pardon, font dire les disciples de
.Loyola par quelqu'un d'autre, — Montréal est
une grande ville, bien plus importante que Québec sous tous les rapports, ce serait une honte pour elle d'avoir son enseignement universitaire sous l'aile étendue de ce maigre aiglon de là-bas. Ayons notre université à nous, conférons des degrés de notre motu proprio. Nous avons tout ce qu’il faut pour cela, les élèves et les professeurs ne manqueront pas, nous les avons sous la main. Voilà le fond de la question.
Cette question a bien agité les esprits à la surface, mais elle n'a rien de profond pour le peuple, c’est une querelle ecclésiastique, querelle dans toute la force du terme, acerbe, envenimée, longue, remplie d'expressions grossières et d’insinuations maiveillantes. Bien que quelques laïques y aient pris part, on y trouve toujours et partout le style du prêtre, parfois en colère, comme un écho du confessionnal. Ce style est bien reconnaissable, soit qu’il sorte de la sacristie, du palais épiscopal ou de la chancellerie romaine,
S1 cette question eût été abordée par le peuple lui-même et dans ses intérêts propres, notre pays en eût été remué de fond en comble, et l'on aurait pu s'attendre à voir un jour ou l’autre crouler l'édifice de l'autorité ecclésiastique. Mais c'est du faîte qu’elle est descendue, très peu et encore dans un seul compartiment où l’on dissèque plus de corps morts que de principes vitaux.
Pour notre part, nous ne nous occuperons que des principes dans cette discussion, regrettant que notre œil ne soit pas plus pénétrant, et notre main plus sûre pour faire entrer le scalpel jusqu'à la division de l’âme et de l'esprit, des jointures et des moëlles, comme dit l’épître aux Hé- ‘ breux.
Il a paru dans le temps une certaine brochure qui peut être considérée comme la pièce capitale dans ce débat, et que nous prendrons comme texte de la discussion du sujet. En tout autre pays un pareil écrit eût fait une déchirure à jamais irréparable dans la tunique si vantée de l'unité romaine. Ici cette tunique est une camisole de force, parce que ceux qui en’sont revêtus sont si faibles, si peu virils! Quant à nous, protestants, qui regardons le monde religieux en dehors ae cette unité factice, extérieure, et toute de prétention, nous savons bien à qnoi nous en tenir sur la valeur réelle; elle est ‘:ae grande puissance entre les mains de ceux qui se l’arrogent, et un refuge pour ceux dont on a affaibli le sentiment moral et religieux.
La brochure dont nous parlons porte la signature du Dr. Eléazare Paquin. Ce Monsieur peut sans doute avoir étudié les matières ecclé-
siastiques et le droit canon; tout de même il nous faudrait bien des preuves en main pour
nous convaincre que ce n’esb pas un prêtre qui
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l'a écrite. A l'inverse du sceptique Thomas, apôtre, quand on nous montrerait l'homme en chair et en os, nous croirions encore que c’est un esprit ; cet esprit qui prend toutes les formes, tous les tons, défend le pour et le contre, à seule fin d'arriver à dominer. L'évêque de Montréal, en en défendant la lecture aux fidèles de son diocèse, en parle de manière à faire croire que c’est un opuscule absolument insignifiant. Alors pourquoi se donner la peine de l’nterdire ? Au point de vue du talent, de la force du raisonnement et de la valeur littéraire, nous sommes bien de son avis; mais comme manifestation d'opinion, et d’un certain esprit qui s’agite dans le diocèse et dans le pays, c'est bien autre chose ; et c'est sans doute pour cela que le dignitaire de l'Eglise en parle avec mépris, Les questions auxquelles cet écrit touche ne sont rien moins qu'insignifiantes. Ah ! c’est qu’il est plus facile de faire des défenses ex cathedra que de donner de bonnes et solides raisons contre un petit écrit mal faït, mais qui touche à des questions très délicates. L'évêque Fabre sait sans doute à qui il s'adresse, même lorsqu'il défend à ses ouailles de fréquenter les protestants, et surtout leurs services religieux.
Nous qui ne pouvons pas défendre de lire, et qui ne le ferions pas quand nous le pourrions, nous montrerons dans la suite de ce travail où
gît la faiblesse et le vice radical de cette brochure aux idées incohérentes, illogiques, et ça et là contradictoires. |
Nous y trouverons le décousu, l'esprit qui cherche à faire des distinctions où il n’y a point de différence, la hardiesse avec les formes usuelles de la modestie de commande, l’effronterie même avec grandes professions de soumission pieuse. Enfin, la révélation de ce singulier état d'âme d'une société religieuse où la consuience et la volonté personnelle sont affaiblies, où il n’y a plus qu’un reste de velléité et de virilité qui lutte encore emprisonné dans le système d’autorité qui l’étreint et qui l’énerve. Il n’est, du reste, pas étonnant qu'il n’y ait plus guère de virilité religieuse chez nous, puisque dans la classe instruite les convictions et les pratiques religieuses ont dû se réfugier presque exclusivement chez le sexe féminin.
L'archevêque de Québec se borne à défendre la lecture de ce petit écrit. Pour ceux de son archidiocèse qui ne savent pas lire — et ils sont nombreux — il leur sera facile d’obéir, ceux qui savent lire le catéchisme et les prières de la messe ne se fatigueront pas le cerveau en désobéissant à leur supérieur. Muis les hommes éclairés qui ont déjà lu bien des livres défendus, sans en deraander la permission à personne, qui se sont nourris de Voltaire, de François Dupuis,
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de Laurent, de Larroque, de Renan, et bien d’autres encore,'sans parler de quelques mauvais romons, et de quelques odieux livres protestants , vont-ils, eux aussi, obéir? Oh! pas le moins du monde, Mais cela ne tire pas à conséquence ; ce à quoi le chef ecclésiastique vise surtout, c'est à l'entourage de l’homme qui lit en secret ce que bon lui semble. Quant au rationaliste et à l’incrédule, il ne s’en préoccupe guère, il sait bien qu’un jour il lui donnera au moins l'extrême-onction, s’il ne le confesse pas. Il n’en faut pas plus que cela pour sauver le pire mécréant, d'après le catéchisme romair D’après l'Evangile c'est un peu différent,
Il nous semble, à nous protestants, qu'il eût été plus digne d’un archevêque de réfuter ce petit écrit et de montre: en quoi il est mauvais et dangereux, surtout à cause de ce fait considérable, qu’il a l'approbation d’au moins deux évéques dans la province de Québec, dont l’un est un saint, la brochure ne cesse de le répéter, et l'autre un savant, un savant ultramontain de premier ordre, un champion sans pareil de l’infaillibilité papale, par conséquent un orthodoxe à tous crins. De plus, l’auteur affirme plusieurs fois que plus de la moitié des catholiques romains de la Province sont de son avis, et que ce sont là les vrais fidèles, les orthodoxes. A quoi bon alors prendre cette vieille voie du Moyen-
âge pour empêcher les gens de lire l’autre côté d’une question débattue ! C'était bon quand on pouvait les envoyer en enfer, ou qu'on pouvait faire croire qu’on le pouvait,
Mais aujourd'hui défendre de lire, et cela de la part de ceux qui se font les champions de l'extension de l'instruction universitaire! qui s'efforcent d'étendre une aile de l’université Laval sur Montréal pour en couvrir cette ville essentiellement boutiquière et commerçante de son influence littéraire et scientifique ! Nous attendions mieux que cela du vieil évêché de Québec avec ses traditions de jansénisme et de libéralisme. Evidemment on n’y lit plus guère Saint Paul, qui écrivait pour ceux qui lisent : ‘“ Omnia autem probate : quod bonum es tenete’”’ (Epist. B. ad Thess. V. 21). Et le grand Pascal, est le Père Quesnel, où sont-ils ?
Mais que les virements de ce monde sont étonnants! C’est peut-être un jésuite qui écrit ces paroles, en tout cas celui qui les écrit a l’appui de la fameuse société en faveur du libre examen. Îl en appelle sans cesse à la conscience, et à la science humaine. Les rôles sont renversés. Lisez plutôt, lisez malgré la défense de quelques évêques et même de l'archevêque, lisez car d’autres évêques vous série Lisez cela en vaut la peine :
“ Nous catholiques romains de cette Province,
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nous sommes aujourd’hui indignement persécutés. On gêne la liberté de notre esprit dans la foi catholique,et on prive les sciences rationnelles de prendre leur essor vers les hautes régions de le pensée. (Page 5.)
“ La raison humaine qui a le droit de s’exercer librement dans les limites de sa sphère, et qui, par conséquent, ne doit pas être privée de tout ce qui peut contribuer le plus à pousser loin ses investigations, etc.”
Et deux pages plus loin la même plume écrit : “ Depuis un demi siècle surtout l'Eglise, per la bouche infaillible des souverains Pontifes.ne cesse - de nous signaler les dangers de la grande erreur mogerne, le libéralisme qui est une lèpre, etc.” (Page 10).
Mais la libre-pensée, c’est ce que vous venez de demander à grands cris pour vous. Vous avez raison de dire à la page 8 que : “ la perturbation des idées est déplorable” Vous en donnez maintes preuves, et les évêques auraient mieux fait de montrer qu'au point de vue catholique romain vous déraisonnez, que d'empêcher qu’on vous lise. En veut-on une preuve ? Qu’on ait la patience de lire une partie de la page 19, où l’auteur parle de Galilée que l’on a excommunié (ce n’était pas grand chose cela), mais que l’on a mis au cachot et que l’on a torturé. “Tout
cela, écritil, était le fait de théologiens, prêtres,
évèques et cardinaux.” Pourtant Galilée avait raison, “Mais l'autorité infaillible (le pape sans doute—c'était Urbain VIII) sachant toujours respecter la frontière du domaine propre de la raison humaine, n’a jamais repoussé les données scientifiques de Galilée.” Ceci est parfaitement faux. Il est constant que pendant tout le cours de cette affaire le pape fut très opposé aux idées de Galilée. Les dépêches de Nicolini, ambassadeur de Toscane à Rome, en font foi.
“Quant à sa sainteté (dépêche du 5 septen: bre 1632) elle ne peut pas être plus mal disposée contre notre pauvre Mons. Galilée, elle est entrée dans une très grande colère, et m'a répondu avec violence que la doctrine du mouvement de la terre était perverse au plus haut degré” Galilée écrit lui-même : “ Je fus remis à la clémence. de l'Inquisition et du souverain Pontife” Donc il n’est pas vrai que l’autorité infaillible sut respecter alors la frontière du domaine propre de la science. Donc il est faux qu’elle pensait autrement et mieux que l’Inquisition, l'instrument de son ignorante cruauté. Ah! c’est que le ciel que découvrait Galilée était beaucoup trop grand pour le petit dieu du Vatican. Celui-ci avait peur de sentir tourner la terre où se trouvait tout son royaume ; il n'avait jamais bien lu ces grandes paroles de Jésus-Christ : “ Mon royaume
n’est pas de ce monde. Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père.”
Ce n'est que sous Benoît XIV, quinze ans après la mort de Galilée, que l’on commença à permettre l'impression d'ouvrages où l’on traitait du mouvement de la Terre. Et ce ne fut que deux cents ans environ après la condamnation de Galilée que la Congrégation du Saint-Office décida qu'on pouvait croire sans être damné ce que Galilée avait découvert. “Ce n'est qu’en 1822 (écrit M. L. A. Dessaulles, dans une brochure aussi remarquable qu'irréfutable) que l'Inquisition a formellement autorisé la croyance au monde tel que Dieu l’a fait.”
Si l’on nous fait l'honneur de nous critiquer, nos adversaires quand même ne se refuseront pas le plaisir, à leur sens victorieux, de nous citer Calvin donnant son consentement à la mort de Servet. Nous ne sommes point solidaires des erreurs et des actes de Calvin. Ila fait en petit ce que les papes, chefs religieux des catholiques romains, ont fait en grand avant lui, et longtemps encore après, alors qu'ils devaient avoir plus de lumière, et par suite, plus de tolérance, Il a eu tort, mais l'Eglise papale, par l'organe de ses chefs, répudie-t-elle la Saint-Barthélémi, l’Inquisition et les dragonnades ? Pas que nous sachions. Elle reste solidaire de ces infernales cruautés.
Cette brochure est aussi illogique quand elle fait appel à la conscience. Il n'y a qu'une conscience pour le catholique romain, c’est celle du pape. C’est donc déraisonner pour lui que d’écrire : “ L’humanité recèle dans ses profondeurs une grande voix, qui au moins formellement (nous aurions dit: qui sinon formellement, du moins réellement) fait toujours entendre le langage de la vérité, de la justice, de l’ordre. Quelle est cette voix qui nous éloigne du mal et nous attire au bien ?”
Comme on le voit, la psychologie de notre auteur n’est pas forte, la conscience n'’attire ni ne repousse, elle montre seulement le bien et le mal. Et là-dessus, il cite le père Gratry. (page 15). Eh bien, votre père Gratry, qui a écrit quelques pages seulement tolérables dans son livre sur la “ Connaissance de Dieu ” et tant de galimatias dans sa “ Philosophie religieuse catholique ”, la conscience n’était pas son fort, Car voici ce qu’elle lui a laissé faire. Après s'être opposé, pièces en main, au Concile du Vatican, qui voulait faire d’un homme nn Dieu; sous la pression de l'unité factice de l'opinion ultramontaine, sa conscience du vrai.a fléchi, parce que c'était une conscience élevée à la catholique ; il a dit qu'il efaçait ce qu’il avait écrit, et ce qu'il avait écrit c'était des faits historiques. Les meneurs du concile qui n'avaient, eux, qu’une
science et une conscience, celle de faire réussir leur dogme, le firent renier ce qu'il avait écrit, et parce qu'il lui restait, avec beaucoup de honte, peut-être un peu de conscience personnelle, il est allé en mourir de remords sur les bords du Léman.
Bien qu’on y soit de longtemps habitué, on reste 6bahi quand même lorsqu'on lit chez les auteurs du Syllabus la revendication des droits du libre arbitre, des sciences rationnelles et de la conscience. Vous avez beau vous dire que c’est contradictoire, inepte, cette manière de dire — quand on est dans une fausse position morale et intellectuelle, on raisonne comme cela.
Il n’est pas probable que ce soit un M. D.
quelconque qui soit allé dénicher l'histoire assez obscène de la lutte de Phetius et de l'évêque Ignace de Constantinople, au commencement du IXième siècle, pour donner une leçon aux évêques du Canada au XIXième siècle. Le rapprochement est assez piquant. Vous le voyez tout de suite ; Ignace, c’est suint Ignace, mais Photius, c'est Photius tout court. Homme savant, puissant par exemple, aux mœurs irréprochables, peut-être aussi aux récits irréfutables, mais un hérétique quand même, la créature du tout puissant Barras, oncle de l'Empereur. L'un et l’autre en appellent à Rome, au pape Nicholas, dont on trompe les délégués que l'on cor-
rompt par des présents. On trompe le pape lui-même. Cette petite histoire ressuscitée du Bas-Empire, n'est pas du tout flatteuse pour l'archevêque de Québec.
Mais de quoi est-il donc question au fond dans cette grande querelle? Est-ce bien des intérêts religieux du peuple, de son instruction, de son bien enfin pour ce monde et pour l'autre ?
C'est une question qui mérite d’être bien pesée, bien examinée par les Canadiens-français catholiques romains. Pour nous il est évident qu'il n’est ici question que d'autorité ecclésiastique, et que les vrais, les suprêmes intérêts du peuple sont le moindre soucis de ceux qui sont si âpres au conflit.
De part et d'autre on vient d’en appeler à l'autorité de Rome, c’est-à-dire à l’idole du Vatican, cette idole du Moyen-âge qui était si grande, et si puissante alors, un véritable Jugpernaut, en pleine chrétienté, que les hommes traïnaient, comme de vils esclaves de leurs superstitions, et sous le char duquel ïis se laissaient broyer ; voire même des rois et des émpereurs.' C'étaient eux qui avaient fait l'idoles; par superstition, par ignorance, par des intérêts de toute sorte ils l’avaient fait grandir. L'’ambition ecclésiastique s’en servit admirablement, la faisant parler toujours plus fort dans l'intérêt de sa puissance sur les princes politiques. On savait bien en
Italie que c'étaient de vrais hommes remplis de passions comme les autres qui parlaient parce simulacre ; et en secret on maudissait souvent cette voix divine — on le fait encore ça et là.
A la suite des siècles, les royaumes et les empires faisaient la sourde oreille ; au XVIième siècle la moitié de la chrétienté lui a contesté sa puissance spirituelle et s'est séparée d'elle pour pouvoir vivre d'une vie plus libre, plus large, plus forte, et plus réellement chrétienne. Tout récemment, dépouillée par l'épée du royaume temporel que l'épée lui avait donnée, ne pouvant plus prétendre à faire entendre sa voix autrefois si grande dans le conseil des nations, comme son ambition ne l’a pas abannonnée, elle a voulu aspirer à une domination plus haute, moins matérielle. Admirablement servie par des hemmes qui avaient intérêt à la faire parler en leur faveur, à force de manigances, de combinaisons, d’intrigues, d’intimidation, d'audace ; au nom de ce besoin d'autorité religieuse absolue, sans appel, dont la partie ignorante et enfantine de l'humanité sent toujours le besoin, les chefs réussirent dans leur projet. Sachant bien, eux, que la force des uns n’est d'ordinaire que la faiblesse et la âcheté des autres, ils ont fait décréter que l'évêque de Rome, l’idole du Vaticau est une autorité infaillible, un dieu sur la terre.
Eh bien ! survient dans la Province si catholique de Québec, un conflit, puis une querelle ecclésiastique au sujet d’une succursale de l'université Laval à établir à Montréal.
Les ecclésiastiques les plus uitramontains, (ils le sont tous maintenant plus ou moins, car si le jésuitisme, comme l’a ditun grand écrivain, est le catholicisme concentré, le catholicisme est le jésuitisme dilué) s’y opposent; ils veulent une université indépendante à Montréal dont le collége des Jésuites serait,selon toute apparence, le centre. La querelle s’envenime, il y a des évêques dans les causes opposées. On ne peut absolument pas s'entendre. Il n'y à plus qu’un appel à Rome qui puisse mettre fin à cette dispute acrimonieuse. On fait donc cet appel. De part et d'autre on envoie des avocats pour exposer l'affaire, et même pour plaider la cause — car le dieu du Vatican a besoin d'avocats, on le croit du moins, pour lui mettre la chose au clair, — s'il est infaillible, il ne sait pas tout, le dieu du Vatican. Or, comment on peut être infaillible sans tout connaître, voilà ce que nous ne nous chargeons pas d'expliquer en langage intelligible. Nous laissons cette besogne-là aux savantissimes de la chancellerie papale. Si c’était du temps où la simonie n'était considérée que comme une faute tout à fait vénielle à Rome, on pourrait malicieusement insinuer que l’oraclé
s'est prononcé pour le côté de ia grosse bourse. Quand on en appelle à un pape devenu dieu, ce n’est plus admissible, ni même possible, Ce qui y est bien possible, par exemple, c’est qu'on y soit trompé, qu'on y mente, qu'on y calomnie effrontément. Nous allons voir cela tout à l'heure.
En attendant, le jugement est enfin arrivé, il est en faveur de Laval, il est contre le parti le plus ultramontain. Ah!:si dans ce parti il n'y avait que des laïques, des jésuites à courte robe, passe encore, mais il y a des jésuites à longue robe, avec leur bataclan païen, bien ostensible, de croix de cuivre, de médailles et de rosaires à leurs ceintures. Il y a au moins deux évêques, dont l’un est aussi saint que Pie IX, et l’autre aussi savant théologien que n'importe qui, un Bellarmin, palexemple. Et puis tous ces ecclésiastiques ne sont que les représentants d'un grand parti, que l’auteur — comme de nombreux précédents articles de journaux — affirme être la majorité catholique, vraiment catholique, orthodoxe du pays. Eh bien! ce parti trouve à redire au jugement de Rome, et ne l'accepte pas. Le parti jésuite récuse en définitive l'autorité infaillible à laquelle il a fait appel — l'autorité qu'il a lui-même si hautement proclamée infaillible.
La brochure et le parti ultramontain feignent
d'établir une différence entre le jugement porté par le préfet de la Propagande et celui que porterait le pape personnellement. Mais à qui espère-t-on faire croire que, dans une question aussi grave, le pape n’a pas eu connaissance d'une décision prise dans le Vatican même et envoyée par un cardinal-secrétaire ?
C’est ca qui est du jésuitisme tout pur. L’archevêque de Québec dit dans son mandement que les décrets (dans cette cause) émanent directement du souveraïn Poutife. Le verdict du pape n’est donc pas rése.,vé, comme le dit la brochure. Par exemple, il y a une singulière réserve dans ce curieux petit écrit, à propos de l'infaillibilité papale, 1l y est écrit, page 2 :
‘ Cette infaillibilité chez le souverain Pontife n'entraîne pas le privilége de l'imnese.bilité. Elle sauvegarde seulement ia :: et les mœurs, dans l'Eglise de Jésus-Christ, contre les coups de la déchéance humaine.”
Voilà encore du galimatias. Les mœurs, mais c’est par là qu'on pèche, il me semble ! Eh! mon Dieu, si j'étais pape j'aimerais mieux être impeccable qu'infaillible intellectuellement, car Jésus-Christ a dit: “ Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu” C'est bien la cour de Rome qui a prononcé.
Maintenant, voulez-vous avoir une idée de
J’audace de ce parti qui professe tant de soumission ; lisez à la page 6:
« À l’encontre de cette conviction si vive, on nous impose des décrets obtenus de Rome par la fourberie et le mensonge,”
“ Malheureusement encore, on est parvenu, à force des intrigues les plus habiles et des mensonges les plus odieux, à obtenir ur: décret,” etc. (Page 9.)
“ Mais Dieu ne permettra pas longtemps que l'iniquité, se donnant des airs de saint, triomphe toujours devant le plus auguste tribunal du monde.”
“ Deux évêques permettent que la sacrée congrégation de la Propagande soit ainsi trompée.” (Page 10.)
Oui, et deux autres évêques permettent, sans réprobation de : au part, que cette brochure qui défend leur cause dise et répète que ces décrets ont été obtenus pur les odieux mensonges, par les habiles intrigues, et la fourberie de leurs confrères dans l'épiscepat: Par une iniquité qui se donne l'air de sainteté.
Quant à Dieu qui a donné une certaine marge de liberté aux hommes, voire même aux pharisiens hypocrites de se donner pour les seuls vrais fidèles, il à le temps d'attendre le jour de la maturité de livraie et du bon grain, et l’on ne perara rien pour attendre, chacun paraîtra
ce qu'il est réellement. Quant aux évêques ils permettront longtemps encore que l’on trompe le monde, même la sacrée congrégation de la Propagande, pourvu que cela fasse leur affaire ; et les jésuites, qui ne sont pas évêques, en font tout autant. Il y a au moins ceci d’acquis à Ja connaissance des igncrants, c’est qu’on peut tromper la sacrée congrégation de la Propagande. Quand je disais que c'est un oracle que l'on peut tromper, et surtout au moyen duquel on peut tromper les autres.
Encore une fois, c'est une idole cette autorité romaine fabriquée par les partisans de l'autorité ecclésiastique. “Les papes, dit l'auteur, peuvent être induits en erreur sur des questions Ge faits” Est-il vrai? Nous ajoutons : à plus forte raison sur des questions de questions, sur des doctrines,
Le grand Pascal à écrit : “Toutes les fois que les jésuites surprendront le pape, on rendra toute la chrétienté parjure.” Aujourd’hui les jésuites de la province de Québec se plaignent de ce que d'autres ont surpris le pape — leur pape infaillible, Non, cher et grand Pascal, la chrétienté n'est pas parjure parce qu'on sera parvenu à surprendre et tromper un évêque de Rome. Cela s’est fait bien-Souvent; et c’est parce que vous avez été élevé dans la fausse idée que toute la chrétienté est renfermée dans
la personnalité du pape que vous avez pu écrire une phrase, ou une pensée aussi pauvrement chrétienne. Vous l'avez émise parce que dès votre plus tendre enfance on avait imprimé sur votre immense cerveau la grande mais fausse théorie de l'autorité ecclésiastique en matière religieuse. Plus tard, alors que votre esprit s'est développé par l'étude et l'expérience des hommes, votre caractère affermi par une piété sincère, vous en êtes venu à comprendre qu’il est une conception infiniment plus vaste et plus évangélique de la chrétienté, et on vos a forcé de l’exprimer. En un jour sublime de votre grande et sainte vie, on vous a acculé jusqu’à votre conscience. C’est quand on vous a dit que vos petites lettres (les Provinciales) allaient être condamnées à Rome, et que vous avez écrit ces paroles protestantes que saint Paul aurait signées aussi bien que Luther: “Si mes lettres sont condamnées à Rome, ce que j'y condamne est condamné dans le ciel: Ad tuum, Domine Jesu tribunal appello” Le sens intime de Pascal, son sens chrétien, l'autorité de la vérité en lui, sa conscience personnelle protestait c ontre cette autorité ecclésiastique factice, anti-évangéiique; contre cette conscience collective qui prétend écraser la conscience personnelle au lieu de s’en fortifier. Cette autorité extérieure du nombre contestait aussi à saint Paul en certain
heu son droit à l'ap ostolat, parce qu'il avait été appelé autrement que les autres par la manière originale à Dieu de faire les choses grandes et petites.
Lui aussi rev endique son droit dans plusieurs de ses Epîtres, et notamment dans ce passage : “Sont-ils serviteurs de Jésus-Christ, (je parle comme un extravagant) je le suis plus qu "eux. (IL Cor. XI. 23.)
Il se vante de n'être apôtre. de la pait d’aucun homme, ni par aucun homme, mais directement de la part de Dieu. {Gal. 1. 1.)
Au fait, il n’y a point d'autorité ecclésiastique dans la religion de Jésus-Christ, et il n’y en a jamais eu ; il n'y a que l'autorité de la vérité évangélique, de la parole sainte qui est l’héritage commun de tous les chrétiens, de tous les fidèles. Chacun se l'approprie autant qu'il en est rendu capable par ses lumières intellectuelles sa valeur morale, son degré de spiritualité, et pas davantage. C’est l'autorité de cette vérité qui a poussé celui que l'église romaine nomme le prince des apôtres à confesser Jésus-Christ de son motu proprio. Car sur les bords du lac de Galilée, sans 6tre allé préalablement (comme il ‘aurait dû faire d'après le système d'autorité) consulter ies chefs ecclésiastiques dans la chaire de Moïse, le sanhédrin à Jérusalem, il s’écrie de lui-même : “Tu es le Christ, le Fils du Dieu vi-
vant, tu as les paroles de la vie éternelle.” C’est à cet homme impétueux, aimant, sincère, mais faible que Jésus a confié d'abord, parce que le premier il l’avait confessé devant les hommes, le devoir d'aller annoncer ces paroles de la vérité évangélique. L'autorité que Jésus a conférée à Simon- Pierre dans le fameux passage de Matt. XVI. 18,et que l’on a voulu regarder comme absolue, il la confère également et dans les mêmes termes à toute église locale dans le chapitre XVIII du même Evangile. C'était l’autorité d'aller proclamer la vérité, et nullement de dominer sur 5es frères. Lisez bien pour vous en convaincre ces paroles que les prêtres et les évêques, les papes surtout n'ont jamais prises pour texte :
“ Les rois des nations les maîtrisent, et ceux qui ont autorité sur elles sont appelés leurs bienfaiteurs. Qu'il n’en soit pas de même parmi vous.” (Luc XXII. 25.)
Saint Pierre dit lui-même :
“ Paissez le troupeau de Dieu, non comme ayant domination sur les héritages du Seigneur, mais en vous rendant les modèles du troupeau.” (I Epiître V. 3.)
Voilà les paroles de cet apôtre, qu'un plus grand apôtre, à savoir saint Paul, reprenait en face au concile d’Antioche, au nom de l'autorité de la vérité et de la liberté chrétienne. Toute la
vie et toutes les paroles de ces deux grands an0tres sont contraires à ce système d'autorité ecclésiastique qui est la grande plaie de la chrétienté, comme les armées permanentes sont celle de la civilisation. Je n'ai pas besoin de montrer combien l'autorité mora'e et spirituelle du vrai pasteur des âmes est différente de celle-là.
Il ne reste aux catholiques romains du Canada d'autre ressource pour s'orienter dans cette affaire que de lire l'Evangile pour eux-mêmes.
Savants et ignorants y ont droit aussi bien que les prêtres. Quant aux ignorants ils peuvent aussi bien ie comprendre aujourd’hui que lorsque Jésus-Christ lui-même en prêchait la substance à des foules composées de personnes peu instruites. Les chefs ecclésiastiques en ont hardiment détaché quelques paroles mal interprétées afin de voiler le reste,si possible. Ils se sont servis d’une partie de la propriété commune pour enlever le reste aux autres, et par cela ils méritent la censure que Jésus administrait aux chefs de la hiérarchie juive quand il leur disait : “ Vous anéantissez le commandement de Dieu par .votre tradition que vous avez établie, et vous faites encore beaucoup de choses semblables” (Marc VIL 13.)
Chacun a le droit et le devoir, comme il en a la compétence, de chercher la vérité religieuse pour lui-même, Car si l'Evangile renferme des
vérités si profondes que les savants n’en voient pas encore le fond; s’il est des points difficiles de théologie que les prêtres ne peuvent pas mieux expliquer que les autres ; la grande vérité salutaire et sanctifiante peut être facilement comprise même par les ignorants, Est-ce donc que le paroïissien voit le soleil pat les yeux du prêtre? Est-ce qu’il entend la musique par les oreilles de son curé? Juge-t-il toujours du bien et du mal par la conscience et par la conduite de celui qui dit la messe pour lui ? Enfin, Jésus n’a-t-1l pas dit: “Je vous bénis, Ô mon Père, de ce qu'ayant caché ces choses aux sages et aux intelligents, vous les avez révélées aux petits enfants.” (Luc X, 21.)
Il est de toute évidence que pour l’un et l'au-. tre des partis qui font appel à Rome, l'autorité qu'ils professent d'invoquer n’est qu'un fantôme, puisque le parti des jésuites, à savoir celui des . évêques Bourget et Laflèche, la récuse, disant qu’on l'a prévenue, circonvenue, trompée.
Si le verdict eût été contre Laval, alors le jugement de sa sainteté aurait été aussi infailliblement juste que saint, aux yeux des programmistes; mais l'archevêque de Québec avec tous ses adhérents se seraient-ils, eux, soumis de bonne grâce à la sainte autorité ?
Au fond de tout cela il n’y a pas une vraie croyance au principe d'autorité ; c’est de part et
d'autre affaire de tactique pour avoir eux-mêmes l'autorité chacun dans son camp. Pour atteindre ce but, on se livre à un travail de discussion, de récriminations, de citations, de distinguos à l'infini, d'explications qui n'expliquent rien, sinon une chose pour ceux qui sont capables de peuser, c'est que l'unité si vantée de l'Eglise romaine est une fiction, un mensonge.
Nous savons qu'un dignitaire de l'Eglise du Canada disait, il n’y a pas longtemps,à propos de cette question Laval: “ Les pauvres Canadiens, vont-ils enfin ouvrir les yeux!” Oui, vont-ils enfin essayer de trouver la vérité par euxmêmes !
Ah ! s'ils voulaient, nous parlons de ceux qui sont religieux, s’ils voulaient et s'ils pouvaient méditer ces paroles sur Jésus que nous avons prises comme épigraphe: “II leur parlait avec autorité et non pas comme les scribes et les pharisiens,” alors ils comprendraient que c’est l’au- : torité divine de la vérité qui s'adresse à toute Âme sincère et sollicite son adhésion. Il est des hemmes auxquels répugne la forme religieuse, pleine de superstitions et de petites pratiques, qui leur a été enseignée dans leur enfance, et qui se réfugient dans le sentiment de leur foi intérieure quand on leur rappelle qu’ils ne croient plus à ces choses et vous disent ; “ J'ai ma religion à moi.”
C’est bien, mais ce n’est pas assez, la religion vraie c’est celle qui rayonne du cœur et de l’âme dans la vie. Quant à ceux qui ne croient à rien, qui ne s'intéressent à rien en religion, ces esprits forts et ces âmes faibles dont l'éducation romaine a détrempé le ressort moral et dont le scepticisme à achevé la ruine ;iln’y a pas à compter sur eux, car on ne peut s'appuyer que sur ce qui résiste. Ces hommes sceptiques se moquent de la superstition de leurs femmes, de leurs sœurs, de leurs mères, avec leur éducation de couvent, que le prêtre continué. Mais n'ayant ni connaissances ni convictions religieuses, ils ne peuvent en donner à leurs femmes. Or la femme, sentant qu'elle est seule pour maintenir l'élément religieux dans la famille, se cramponne de toutes les forces de son Âme aux cornes de son autel où se trouvent résumées toutes ses croyances et toutes ses connaissances religieuses. Nous sommes bien loin de l'en blimer, car elle a l’instinct de ce que disait récemment Octave Feuillet : “ Quand l’homme a perdu la foi, il lui reste l'honneur ; quand la femme a perdu la foi, il ne lui reste rien.” Elle espère toujours, et son curé lui assure qu'après s'être nourri de Voltaire, de Renan, de Littré, et même du catholique Zola qui, récemment critique fort le protestantisme dont il trouve la morale beaucoup trop austère, (cela se comprend) il ira À confesse
comme Voltaire, un peu avant la dernière heure, et mourra comme Littré avec les sacrements de l'Eglise.
“Ne parlons donc plus d’individualisme, de liberté, d'indépendance, ni surtout de conscience; qu'il ne soit plus question que d’autorité. Voila le mal qui ronge notre société moderne, Sceptique jusqu’à la moëlle des os, elle l’est dans tous les domaines; de là son impuissance à secouer le joug d’une religion qu’on méprise et à charger celui de la véritable qu'on admire, à briser les liens du passé qu’on abhore, à marcher résolûment vers l'avenir, et À regarder vers le ciel, terme de toutes nos aspirations, couronnement de tous nos travaux et de toutes nos vertus.” (Le Signal.)
Nous avons eu dernièrement au milieu de nous une humiliante exhibition de cette faiblesse du scepticisme, et de ses courtes vues, même au point de vue politique.
Quelques-uns de nos hommes distingués par leurs talents et dans leur profession ont perdu leur élection parce qu’il a été prouvé qu’un jour ou l'autre, ils ont été initiés à la franc-maçonnerie. °
Quel crime! surtout au XIXième siècle.
C’est à faire pouffer de rire. Oui, mais le pape, qui se prend au sé:‘eux, a condamné la francmaçonnerie, et les ignorants croient que ce doit
RE
être diabolique d’être franc-maçon, puisque leur curé le leur dit de par l'autorité du pape.
S'il est prouvé que l’homme politique qui s'efforce de devenir député est franc-maçon, il n’a plus aucune chance de l'être. Mais si cela n'est pas prouvé, il mentira en disant qu'il ne l'est pas; au lieu d'aller dire carrément qu'il l'est, et qu'il n’y a pas de mal à cela. Il ne sera pas élu cette année, qu'importe, il le-sera honnêtement dans quelques années, c’esi-à-dire que le peuple sera plus éclairé et que lui sera plus fort, plus puissant, en même temps que plus honnête. x
L’autori.é ctbéntique, à l'instar des puissances politiques, a fondé la sienne sur toutes ces faiblesses, toutes ces lâchetés, tous les intérêts mesquins d’une humanité qu’elle domine, et qu’elle à si longtemps écrasée. Cette autorité qui n’a été durant le long Moyen-âge que l'odieuse et païenne caricature de la religion du Christ, cette autorité extérieure qui a pesé si lourdement sur le monde de la penséé et même de la conscience, elle est encore aujourd’hui en certains pays catholiques si intolérable qu'elle vient de faire dire à un ministre de l'instruction publique en Belgique ces lugubres et véridiques paroles :
“Un cadavre est sur le monde, il barre la route du progrès. Ce cadavre du passé, pour
l'appeler par son nom, carrément, sans périphrases, c’est le catholicisme. C’est ce cadavre, mes frères, que nous avons aujourd’hui regardé en face, et si nous ne l'avons pas encore rejeté dans la fosse, nous l'avons soulevé du moins, de manière à l’en approcher de quelques pas.”
1l fait bon de sentir un ressort quelque part, qui pourra un jour rejeter l'odieux fardeau du sépulcre blanchi, dont parle Jésus, et de la paroi blanchie, comme disait saint Faul. Mais cela fait particulièrement du bien, comme le réveil après un affreux cauchemar, quand ces paroles sont dites dans le pays autrefois écrasé par ces deux monstres : le duc d’Albe et son maître qui hantait l’Escurial, dans le pays si longtemps dominé par la sombre silhouette du jésuite et sa lourde université de Louvain.
Oui, le catholicisme romain personnifié dans la hiérarchie romaine, dans l'autorité ecclésiastique qui en est l'essence, c'est le cadavre du Christ. C'est un christianisme mort dans les âmes, mais qui pèse encore sur toutes les relations sociales, Ce n'est plus le corps vivant du Christ, dont parle saint Paul, cette religion “ esprit et vie,” cette vraie Eglise animée de son esprit, manifestation de sa puissance spirituelle et de l'amour de Dieu et des hommes que l'Evangile fait connaître. (C’est cette autorité mondaine, extérieure, politique qui a poussé bien des hommes