‹ La vue (volume 2)Chapitre 3 sur 23 · LA VU · texte numérisé non relu

LA VU

Il n’a pas le désir de se changer de place

En avant pas plus qu’en arrière. Il est en face De deux femmes à la fausse excentricité 4 Étalant un piteux luxe mal imité; ÿ $ Leurs robes claires sont en étoffes douteuses Voulant singer par leur aspect les plus coûteuses; É: Leur genre est tapageur et de mauvais aloi; Leur figure paraît s’outrer, grâce à l'emploi De pâtes et de fards épais de toutes sortes; Elles sont toutes deux corpulentes et fortes; L’une veut contrefaire, en étendant le bras, Un beau geste usité dans les grands opéras, Et, comme dans la scène émouvante, elle jure Qu’elle n’avance rien que la vérité pure; | Son geste est solennel, tragique et véhément, he Son attitude se fait digne ét son serment

Doit être une orgueilleuse et solide réponse

Pour un soupçon auquel elle veut qu’on renonce,

Le tout pour rire, sans courroux, sans gravité,

Sans vrais griefs pour le soupçon immérité.

us ou moins che du littoral, animées

mouvements semblant Us et divers:

Dans les airs, des mouettes

stant presque sur place et ne s’élançant pas; LC +40 ; presq P ançant pas;

us haut, une autre avec les ailes immobiles

Une, plus délurée, ardente, et plus petite #. Bat des ailes de tout son pouvoir, fort et vite Et monte en droite ligne, ayant l’intention

De continuer très haut son ascension.

Sur la plage, un enfant est près du bord; il lance Avec rapidité, presque avec violence

Un mauvais bout de bois venant on ne sait d’où; Un chien que le plaisir, l'attente, rendent fou, Devançant son jouet, part et se précipite” | Vers la mer; justement le morceau de bois quitte A l'instant même la main droite de l’enfant;

C’est un mince fragment de planche qui se fend $ Dans un bout; refermée étroitement, la fente a | ;

Se courbe, en décrivant une légère pente, Pa

Mais sans s'étendre sur une grande longueur; Le reste du bois blanc a gardé sa vigueur; Sa consistance entière est demeurée intacte; L’horizontalité du bois n’est pas exacte, Quoique si proche du départ, le bout fendu,

Peut-être par son poids plus grand, est descendu;

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Qui met en évidence une tache très noire,

| ronde et forte d’un vernis;

Certains points, sur le bois, se sont vite ternis, Déjà secs; mais l’ensemble est miroitant, humide.

Le chien, pour son élan irréfléchi, se guide Grosso modo sur la bonne direction

Du bâton; il est plein d’une animation ï Exubérante, sans borne, continuelle:

1! a besoin de se secouer, il ruisselle | 4 Et, sans doute, a déjà repêché plusieurs fois, 5 Au beau milieu de la vague, le bout de bois.

jeu divertissant, endiablé, l’électrise ;

C’est un caniche de taille moyenne; il frise,

Quoique ses poils épais soient collés et mouillés,

el Adhérant jusqu’à son corps, compacts, appuyés

Et pourtant recourbés; quelqu'un a dû le tondre Récemment; il n’est pas possible de confondre

Les endroits où le poil est enlevé, très ras,

Avec ceux où s'étend sa fourrure. Il est gras;

L'ASVIUIE

Sa moustache mouillée est retombante et plate, Ses coins laissent tomber des gouttes: à la patte Il porte, juste à sa mesure, un bracelet

Contre l’humidité duquel brille un reflet,

Et qui reste à sa place, inébranlable, à cause D'une touffe de poils sur laquelle il repose;

La touffe est circulaire et sa belle rondeur Prouve l’habileté parfaite du tondeur.. …

Une vague devant le chien s’étale et couvre

Le sable égalisé. La main de l’enfant s’ouvre

En laissant échapper consciemment, exprès,

Le bâton libéré, mais encore trop près.

Pour que la main déjà lourde soit retombée;

Le pouce s’arrondit en ligne recourbée, Immobile et raidi, car il se lève fort

Ainsi que tous les doigts, pour ne pas faire tort A l'élan de ce qu'ils lâchent. Sur le costume

De l'enfant, à la taille, un gros paquet d’écume Adhère, mais pour peu de temps, apporté là

Par un violent coup de vent qui l’y colla;

HASVUE

La brise joue encore avec lui, le renverse Et progressivement l’effrite et le disperse,

Emportant les flocons partiels un par un;

Le plus tenace aura son tour. L'enfant est brun;

Il a l’air de parler à son chien, il l’exhorte; Sa jambe droite, raide, est en avant et porte

Le poids entier de son corps entraîné qui suit

Le bout de bois, pendant qu’il s’évade et s’enfuit,

S’apprêtant à troubler une courte accalmie Visible au bord de l’eau; la physionomie

De l’enfant encourage et ranime le chien Afin qu’il n’ait pas peur et qu’il s’élance bien; L'enfant, le surchauffant à l’avance, lexcite De crainte qu’il reste en arrière, qu'il hésite Et ne soit pas assez décidé ni dispos

À se plonger; l’enfant tient derrière son dos Sa main gauche; son poing inutile se ferme Et se crispe; il est en chaussettes; l’épiderme De ses mollets est brun, profondément hâlé,

Mais le ton, au mollet droit, n’est pas égalé

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