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NOR pas sur des sols primitifs intransformables mais propres à l'art pastoral (comme celles du premier xenre), non pas sur des sols primitifs Propres seulement à la chasse, à la cucillette, à la pêche tuviale (comme celles du deuxième genre), mais sur des sols transformables et, de fait, transformés par la culture. La formation communautaire, ébranlée par la pratique de la culture (car la culture se prête moins bien que l'art pastoral à la forme communautaire) Sy maintient, pourtant, quoique moins bien que sur Ja steppe,
De même, les sociétés à formation particulariste se subdivisent en trois genres! éhauchées, ébranlées, développées,
Les sociétés à formation particulariste ébauchée, occupent les fjords scandinaves, la plaine saxonne et les polders flamands, D'après l’abbé de Tourvile, c'est dans les fjords scandinaves que se serait développée la formation particulariste. par suite d’un concours de circonstances qui Y ont rendu la communauté familiale impossible et ont dressé l’homme à ne compter que sur son initiative personnelle, Mais la pauvreté du milieu n'a pas permis aux types de cette formation d'y acquérir leur plem développement.
Les sociétés à formation particulariste ébranlée, que l'on observs dans l’Europe centrale et dans l’Europe occidentale, Suisse, Suède, Danemark, Allemagne, Belzique wallonne, France, sont le résultat de l’expansion du type particulariste ébauché en territoires préalablement OccUpés par des communautaires. Ces pays ont donc, à des degrés divers, été touchés, influencés. par l'esprit particu!ariste, la France, par exemple, à la suite de l'invasion des Francs: mais pour des causes historiques qu'il serait trop long d'exposer ici en détail, il s'y est produit, dans le cours des siècles, une recrudescence de l'esprit communautaire.
Enfin, les sociétés à formation particulariste développée occupent la Basse-Ecosse, l'Angleterre, les colonies anglaises et les Etats-Unis, où Je colcn particulariste, établi en territoire peu cccupé et riche, a atteint le plus haut point de son dévelonpement.
Est-il nécessaire de faire obser er encore ici que cette classification des sociétés ne repose pas sur Ja conformation physique ou le développement intellectuel des êtres humains qui les composent : mais qu'elle est
fondée entièrement sur la formation sociale, imposée à l'origine par les moyens d'existence et maintenue aujourd'hui, dans bien des cas, uniquement par la tradition ou la force d'inertie ?
C'est précisément ce qui fait l'intérêt pratique de la science sociale étudiée d'après cette méthode d'observation: elle distingue les diversos formations sociales, indépendamment des formations physiques ou intellectuelles : elle indique dans quelles conditions chacune de ces formations se développe et se maintient, et dans quelles conditions il est praticable
de passer d'une formation sociale médiocre à une autre plus énergique et résistante,
Les courtes indications que je viens de donner sont évidemment très insuflisantes pour permettre de juger de la valeur de l’enseignement de cette école de science sociale. Aussi, je les consigne ici uniquement dans l'espoir qu'elles éveilleront la curiosité et engageront quelques-uns à lire avec soin et méditer les belles études de MM. Demo. lins, Pinot et de Rousicrs sur la méthode d'observation sociale, et celle de M. Demolins sur la Classification sociale. :
ITL.—Comment vulgariser la science sociale.
I n'y a rien dans la science sociale elle-même qui s'oppose à sa vulgarisation. lle est accessible à la plupart des esprits.
Le simple mot de science ne doit effrayer personne, La science n'est après tout que la mise en ordre de nos connaissances sur un sujet donné. (C’est une opération un peu semblable à celle de la femme de ménage qui range les meubles d'un appartement.
Cela est d'autant plus vrai qu'il s'agit ici d’une science d’observation, c'est-à-dire d’une science qui s'occupe de phénomènes tombant directement sous les sens, et facilement saisissables par l'esprit. Et de toutes les sciences d'observation, la science sociale doit bien être la plus accessible, puisqu'elle nous parle de faits dont nous sommes tous les jours les témoins, comme des moyens d'existence et du mode d'existence des familles, d’influences dont l'action se fait sentir constamment sur nous, au foyer de chacun de nous.
Mais si la science sociale par elle-même n'offre pas d’obstacle à sa diffusion, il faut reconnaître qu'il existe en dehors d'elle, du moins au Canada, deux obstacles sérieux: l'apathie de la masse: le manque de loisirs chez les adeptes.
I est certain que le désir de s'instruire et l'habitude de la réflexion sont très peu répandus chez le peuple et que même l'effort intellectuel le plus léger inspire une sorte d'horreur à beaucoup de gens.
Il est certain égaiement que ceux qui s'adonneront avec assez d'ardeur à l'étude de la science sociale pour en devenir les adeptes convaincus, trouveront difficilement le temps.—absorbés qu'ils sont par la poursuite du pain quotidien,—de faire autour d'eux une propagande vigoureuse et suivie.
Toutefois, aucune de ces difficultés ne me paraît insurmontabla.
* La méthode sociale ses procédés et ses applications: 1904, Paris, Bureaux de la Revue, 56, rue Jacob. Classification sociale, résultant des observations faites
d'après la méthode de la Science sociale: 1905, ibid.
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Et d’abord, pour que Ja science sociale se vulgarise et exerce une influence sur la masse, il n'est nullement nécessaire que son enseignement attcigne directement la masse, IT] suffirait que les membres les plus intelligents de la classe ouvrière fussent imbus des vérités fondamentales pour que graduellement tout leur voisinase fût plus ou moins pénctre dés mêmes vérités,
Je suppose, par exemple, que, dans un nulieu quelconque, deux ot trois pères de famille prospères et considérés, ne manquent jamais l'occasion de faire comprendre à leurs enfants, à leurs amis, que tout homme qui se respecte doit chercher à se suftire à lui-même, à n'être pas à charge Aux autres; où encore, qu'il v a plus de mérite à s'élever dans une profession manuelle, à devenir chef de metier dans l'agriculture et l’industrie, que membre médiocre d'une profession libérale déjà encombrée. ou fonctionnaire dans unetadministration déjà surcharete. [Il me paraît très raisonnable de croire que ces idées feraient petit à petit leur chemin dans les réunions de famille, ou dans les cercles d'amis fumant la pipe au coin du feu, et qu'elles seraient avant longtemps comme l'atmos-
phère intellectuelle de Ja localité.
Quant à ceux qui devront faire une Ctude plus approfondie de la Selence sociale ot s'oceuper plus spécialement de Ja propager, il ne sera nullement nécessaire qu'ils nécligent pour cela leurs affaires personnelles où qu'ils S'imposent une tâche par trop pénible, S'ils poursuivent leurs études méthodiquement., il leur suffira de quelques heures rar semaine pour Y faire de sensibles progrès : à mesur( qu'ils pousseront ces études,
Liniérét en srandira, de telle sorte que même les plus occupés d'entre eux
{rouveront moyen d'v donner suffisamment de temps pour devenir dutiles collaborateurs.
Mais la condition indispensable, à mes Yeux, c'est que tous poursuivent leurs études d'après une méthode commune d'observation, sans quoi 1 n'en saurait résulter que la confusion et le déconragement.
vai fait voir précédemment que La science sociale, tout en tenant compte des autres ordres de connaissances, tout en les utilisant même, devait, à cause de la nature spéciale et de l'importance de son objet, se constituer séparément.
Or, de la même maniere que la science sociale ne saurait se constituer et progresser que par sa méthode propre et ses adeptes spéciaux, elle ne saurait, suivant moi, se propager, se vulgariser que par le moyen d'organismes £pécialement fondés pour cette fin.
I ne faudrait pas croire, par exemple, que l’homme politique, comme tel, où que le prêtre, comme tel, suffisent à cette tâche.
L'action du politicien, lorsqu'elle ne devient pas abusive, ne s'exerce cuère que sur la vie publique. La vie privée, beaucoup plus importante pourtant, lui échappe à peu près complètement,
[GéRIN | LA VULGARISATION DE LA SCIENCE SOCIALE &1
Le prêtre exerce bien une action, et une action parfois très forte, sur la vie privée, mais surtout en ce qui regarde la moralisation de l'in. dividu et le maintien de ses croyances religieuses, et il s'en faut de beaucoup que cela comprenne tout le champ d'action de la science sociale.
L'erreur jusqu’à présent paraît avoir été de reléguer au second rang l'étude méthodique et l’action personnelle. On a fondé des sociétés sous le patronage de sommités du monde ecclésiastique ou politique; sociétés ne Comprenant qu'un fort petit nombre de membres sérieux, qui étudient, ou ont étudié autrefois les questions sociales (et encore sans méthode) ; et l’action de ces sociétés se borne à quelques conférences, où un auditoire, parfois nombreux, reçoit l'impression superficielle que peuvent laisser quelques instants de passagère et distraite attention.
Au lieu de ce type de société à grand déploiement mais à résultats faibles, ne pourrions-nous pas établir de petits cercles dans lesquels chaque membre compterait, où chacun étudierait, instruirait ou agirait, mais tous se guidant d’après une méthode commune et tendant vers un même but? L'établissement d’une société centrale pourrait avoir son utilité, mais après coup, lorsque les matériaux en auraient été préparés dans les sections ou sociétés locales.
La grande socicté comprend toujours une forte proportion de membres indifférents aux questions sociales, qui se sont fait inscrire pour des motifs parfaitement étrangers au but que poursuit la société. La petite société, au contraire, ne saurait attirer que des adeptes sincères, qui se dévouent sans arrière-pensée à la diffusion des vérités s0cales, La grande société ne se prête guère à l’action personnelle, que la petite société favorise de toutes manières. La petite société est éducatrice; la grande ne l'est pas: ct parce qu'elle est éducatrice, la petite société exerce une action profonde et durable que la grande socitté ne saurait exercer.
Pour assurer le fonctionnement utile de ces cercles locaux de science sociale, il sera nécessaire que leurs membres se rattachent les uns aux autres, non seulement par la poursuite d’un but commun, Mais par l'emploi d’une méthode commune d'étude et l’adhésion à certaines doctrines communes,
Le but commun devra être l'avancement social des Canadiens fran. çais, et sur ce point il ne saurait y avoir de difficulté, J'ai raison de croire qu'il se trouve en maint endroit du Canada français des groupes
de personnes disposées à travailler à cette œuvre et qui n'attendent qu'une
Dans l'article ci-haut cité, et que m'a communiqué un ami de la Science sociale (M. le docteur Bournival, de Naint-Barnabé, comté de Saint-Maurice), M. l'abbé Groulx signale l'inanité du discours public au point de vue de la réforme des idées,
Sec. L., 1905. 6
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direction pour s'y mettre. Jusqu'à ces années dernières celui qui s'aventurait chez nous à parler de réforme fociale n'éprouvait qu'indifférence OÙ epposttion, Ceux qu'il rencontrait étaient ou des traditionnels et de: routiniers parfaitement satisfaits de l’état de choses existant, ou des pessimistes qui, tout en se rendant compte de la nécessité de certaines réformes chez nous, désespéraient de les voir jamais s'accomplir. Mais depuis, les événements et, à leur suite, les idées ont marché. Les meilleurs esprits parmi nous se préoccupent de notre avenir et cherchent virilement les moyens d'assurer notre progrès social. Tout récemment encore, mon ami Errol Bouchette n'a eu aucune difficulté à recruter à Ottawa les éléments du premier cerele de science sociale, et qui donne déjà de belles espérances.
Mais il ne suflira pas que les membres des cercles soient tous animés d'un sincère désir de travailler à l'avancement social des Canadiens français: il faudra encore qu'ils se renseignent pleinement quant à la nature du problème à résoudre et quant aux moyens de solution. En d'autres termes, ils devront reconnaître la nécessité de recourir à l’observation méthodique des faits en matière sociale.
Par le fait même se trouveront exclus ces esprits doctrinaires ou paresseux, à tournure par trop absolue où simpliste, qui voudraient tout régler au moyen de quelques principes abstraits, de quelques préjugés Courants, et qui seraient une entrave à l’action commune. Il sera toujours facile de rétablir l'entente, du moins sur les points essentiels, entre membres disposés à s'en rapporter à l'observation méthodique dans tous les cas de divergences d'opinions. Et la méthode d'observation sociale ébauchée par Frédéric LePlay, précisée et développée par Henri de Tourville, et décrite ci-dessus, sera un admirable instrument de recherches, en même temps qu'une base précieuse d’entente.
S'il est une vérité que l'observation méthodique met plus partieu-
licrement en lumière. c'est que la valeur des groupements Sociaux est en raison directe du développement de l'initiative chez les particuliers qui les composent, N'il est un fait notoire de l'époque -contemporaine, c’est la stagnation et l'effacement des socittés de type com. inautaire (où l'initiative privée est comprimée) devant les sociétés de type partilariste (où l'initiative privée s'exerce librement et fortement). Cest dans le sens particularité, et non pas dans le sens communautaire. que les peuples de l'univers entier évoluent, les uns rapidement, les autres lentement. C'est dans le sens particulariste que la Providence pousse
* Membres du premier cercle de science sociale, fondé à Ottawa, en mai
1905: Errol Bouchette, aide-conservateur de Ja bibliothèque du parlement fédéral : J.-A. Doyon, du département de l'Accise: Martial Côté, du ministère de Ja Justice; Thoma: Caron, avocat: Arthur Côté, du ministère de l'Intérieur,
[GéRix] LA VULGARISATION DE LA SCIENCE SOCIALE
l'humanité, C'est donc dans le sens particul l’action ‘de ces cercl qu'à cette condition.
ariste que devra s'exercer # de science sociale. Elle ne saurait être féconde
Ainsi, les membres des cercles de science sociale devront s'appliquer à stimuler de toutes manière l'initiative privée chez les Canadienx fran-
Sais; et comme corollaire, le développement des arts usuels, agriculture,
industrie, commerce, s'imposera, Car c’est dans les arts usuels, beau-
coup plus à l'aise et beaucoup plus utilement que dans les professions libérales ou les emplois publics, |
que s'exerce l'initiative privée, On peut même dire que le développement de ces
arts nourriciers ou usuels est la mesure du développeme
nt utile des organismes complémentaires, et, par là même, de la prospérité ct de la puissance sociales.
Les règles suivantes me paraissent devoir convenir pour la gouverne de ces cercles de science sociale :
10 Chaque cercle comprendra un chef et de 4 à 9
*0 Le chef et les membres se cotiseront pour recevoir la revue /a Science Sociale, de Paris, laquelle sera le point de départ, fournira l’élément premier et la direction générale des études. Le chef, puis les membres, dans un ordre déterminé, recevront communication des fascicules le plus tôt possible après leur publication :
30 Il y aura des réunions périodiques du cercle seront discutées les questions sociales et expliqués lc
autres membres ;
» AU cours desqu..
»s lois sociales et 1 phénomènes sociaux :
40 De l'étude des lois sociales ct des phénomènes sociaux, en général, les membres de chaque cercle passeront le l'étude des questions sociales du Canada fr particulièrement :
plus tôt possible à ançais, et de leur voisinage
50 IlS prendront l'initiative Progrès social dans leur localité ; 60 Lorsqu'il aura été établi chaque cercle devra Jui faire rap s'entendre avec le |
+ au besoin, d'œuvres de réforme et de
une société centrale de science sociale, port annuellement de ses opérations et
ureau Central en vue d’une action commune possible,