‹ La Yougoslavie; études et souvenirsChapitre 10 sur 17 · LE TOMBEAU D UNE REINE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

LE TOMBEAU D UNE REINE FRANÇAISE

fondée par un souverain ; énorme, presque carré, sans aucun ornement, il est recouvert d'une grande dalle de marbre sur laquelle nous cherchons vainement une inscription. Mais le doute n'est pas possible ; le texte de Danilo est formel et d'ailleurs confirmé par la tradition populaire. Les siècles ont passé; les Turcs ont pu ruiner l'empire d'Ouroche et Karageorges le relever ; jamais la piété des paysans n'a oublié le tombeau de Svéta léla. Nous sommes loin de sa fête patronale, qui tombe le 6 août orthodoxe, et pourtant la dalle est recouverte de fleurs et de fruits apportés, nous dit-on, dimanche dernier. Nous faisons le tour de l'église en y notant des traces de latinisme que le lecteur français trouvera un jour dans un ouvrage d'un savant, maître de l'Ecole des Hautes Etudes, M . Millet; puis nous suivons le P. Martinovitch dans la maison qu'il occupe à l'extrémité de l'enceinte. Elle est en bois ; ses pièces petites et très propres sont parées, suivant l'usage, de tapis pendus au mur, mais aussi de cartes de Macédoine qui nous ramènent à des événements contemporains, dont le P. Martinovitch nous parle avec émotion, tandis que la popadia, une gracieuse Macédonienne de Monastir, dispose sur une nappe à broderies multicolores, le café, le raki et les confitures traditionnelles. C'est seulement quand la nuit tombe que nous prenons congé, non sans avoir, avec la permission de la popadia, cueilli dans son jardin les dernières fleurs de la saison, pour le tombeau de la reine Hélène. Comment pourrions-nous moins

faire que les Serbes pour honorer cette Française que la politique hardie de nos Rois a menée si loin de la terre natale?

Et maintenant quenous redescendons vers Gradats, les montagnes par lesquelles nous sommes venus disparaissent dans le ciel assombri. Tandis que mes compagnons continuent à parler de la Macédoine, ma pensée remonte vers la reine endormie là-haut. Quelle a été ta vie, Hélène d'Anjou, dans ce pays qui rappelle si peu la « douceur angevine », au milieu d'un peuple encore si rude ? J'imagine qu'à ton départ pour la cour d'Ouroche, on t'a tenu le même discours que, suivant Villehardouin, l'Empereur Henri de Constantinople adressa à sa fille qui allait épouser un prince bulgare : a Belle fille, vous ave{ pris un homme qui est pour vous comme un sauvage, car vous 7t'e)itende{ pas son langage, ni lui le voire; mais, pour Dieu, garde{-vous pour cela de prendre ombrage ni mauvaise façon envers lui, car c'est moult grande honte, à femme gentille, quand elle dédaigne son mari... Sur toutes choses gardez-vous, pour Dieu, de quitter vos bonnes manières pour prendre les mauvaises des autres ; soye{ douce et de bon air et souffre:^ tout autant que votre mari voudra. Honore^ aussi tous ses gens à cause de lui, mais gardez-vous bien, par amour que aure^ pour eux et pour celui qu'ils auront pour vous, de retirer votre cœur de notre nation d'ail vous êtes sortie. » A ce discours, la fille de l'Empereur Henri répond : « Sire, sache^, que, s'il plaît à Dieu, vous ?t'aure{ jamais mauvaises jiouvelles de •

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