‹ La Yougoslavie; études et souvenirsChapitre 12 sur 17 · L AURORE DE LA LIBERTE 2 M · texte numérisé non relu

L AURORE DE LA LIBERTE 2 M

un village de la Serbie occidentale, entre la Save et la ville de Valiévo. Ce pays est riche aujourd'hui(i); chaque année, les statisticiens de Belgrade enregistrent le progrès de ses exportations de prunes, de marmelade et de maïs; mais, en 1777, Valiévo n'était qu'un gros bourg turc, avec des minarets dont il ne reste plus trace; dans les campagnes voisines, les villages étaient rares et presque tous récents. Matia a su, par sa grand'mèrc, l'histoire du sien. Jadis, ses aïeux et ceux de tous les gens de Brankovina vivaient à Bilatch, en Herzégovine, mais les begs (2) turcs les tourmentaient; de sorte qu'un beau matin ils en partirent, avec tout leur avoir, à la recherche d'un pays qu'ils devaient reconnaître, selon de vieilles prédictions, au beuglement plus fort de leurs bœufs, signe certain de l'excellence du sol. Cette terre promise, ce fut le vallon de Brankovina, vide alors, soit que la peste l'eût dépeuplé, soit que ses habitants fussent partis de l'autre côté de la Save, chez le « César » des Allemands. Cette légende d'allure homérique n'invente guère; la plupart des habitants de la Serbie descendent, en effet, decolonsbosniaques, ou herzégoviniensvenusdepuis deux ou trois siècles. Comment ils ont pullulé dans leurs nouvellQs demeures, les mémoires de Nénadovitch le montrent. Il s'est connu, dit-il, cinq frères et trois soeurs, mais peut-être en a-t-il eu

(1) Ces ligues ont été écrites avant la récente invasion des Autrichiens dans ce coin de la Serbie.

(2) Beg ix. bcy s'équivalent. Beg est la forme habituelle des pays serbes.

d'autres, et quant à ses oncles, tantes, cousins et cousines, ils étaient innombrables, et néanmoins tous en parfaite union. « Mon oncle Jacques, c'est moi! » dit Matia aux bergers de son oncle, un jour qu'il a besoin d'argent, et aussitôt ils lui amènent les porcs de son oncle pour les vendre aux Clivabé, aux Allemands de Semlin.

Avoir des troupeaux, c'est déjà l'aisance, et le fait est que les Nénadovitch ne sont pas les premiers venus. Plusieurs ont été knè^es^ chefs ou juges des chrétiens de leur district; le père de notre héros, Alexisou Alexa, l'est encore. D'ailleurs, pour vouloir direprince enplusieurs langues slaves, le mot n'implique, en Serbie, rien de seigneurial. Comme tous les paysans, Alexa porte le haut bonnet de •fourrure, la veste brune, la chemise serrée par une ceinture et retombant sur une culotte engagée dans des bas de laine qui finissent eux-mêmes dans les opani^i, la chaussure de tous les Yougoslaves ; il a les cheveux tressés et noués sur la nuque à la mode des chrétiens d'Occident. Sa femme, elle aussi, est une paysanne, avec le grand voile blanc piqué de fleurs, le corsage et la chemise brodés, les tabliers de tapisserie qui retombent sur la jupe, par devant et par derrière, avec des grâces de paillasson ; aux grands jours, elle exhibe lecollier de sequins qui est la caisse d'épargne de la famille. Quant à leur château, c'est sans doute une maison carrée, basse, autour de laquelle se rangent les autres cellules de la ruche, les cabanes des jeunes ménages, puis les hangars et les étables.

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La salle à manger est commune, et c'est, quand il fait beau, la cour sous les pruniers. On y reçoit les voisins, on y écoute la lente mélopée du chanteur aveugle, le gouslar; on y discute les affaires du village et quelquefois les échos d'outre-Save. Il s'en faut, en effet, que cette rusticité soit la barbarie. « Peuple qui n'a de sacré que les jeûnes prescrits par ses prêtres] » disent les Autrichiens (i); en fait, l'espèce d'autonomie que les Turcs laissent aux rayas, les traditions d'un passé glorieux, les exemples de voisins déjà libres, tout cela crée, dans cette niasse, des désirs de progrès qui transparaissent déjà dans l'éducation de notre héros.

Dans ce pays sans bourgeoisie, le choixdes professions était limité. Être laboureur, pour les fils d'un knèze, c'eût été retomber dans la masse; être négociant, vendre des porcs, c'était l'affaire de l'oncle Jacques; la seule profession libérale, c'était la prêtrise, mais elle ne pouvait mener loin, les évôchés étant accaparés par les Grecs du Phanar. Alexa la choisit pourtant, à cause du prestige qu'elle ajouterait à sa famille, et confia son fils Matia aux leçons du pope de Brankovina. Celui-ci lui apprit à lire dans wn a h c de provenance russe, le seul livre scolaire de la Serbie d'alors, et les progrès de l'élève furent si rapides que bientôt les commères venaient lui demander, sur sa réputation précoce, comment il fallait fêter tel ou tel saint; doctement, il les ren-

(i) Voir Emile Picot, Us Séries de Hongrie, t. I, p, 87. Parij, Prague, 1875.

seignait, averti qu'il était par l'encadrement rouge ou noir, dans le Ménologe, de la vie de ce saint. Puis, en 1788, on l'envoya en Croatie, chez un maître d'école qui d'abord lui demanda ce qu'il savait : « Tout! » répondit-il. Effrayé, le maître s'abstint de l'interroger, quinze jours durant; le seizième, il osa le faire lire et s'aperçut que, n'ayant jamais vu de points ni de virgules, — il n'y en avait pas dans le Ménologe, — ce Pic de la Mirandole ne comprenait guère ce qu'il lisait. La lacune comblée, Matia s'exerça au service divin chez divers prêtres, et quand il revint à Brankovina, en 1793, il ne lui manquait plus, pour être pope, que la barbe et la vocation. Le Grec qui était évéque à Chabatz l'ordonna tout de même, moyennant finances, et bientôt le poil et l'amour du métier lui venant ensemble, le Père Matia fut l'édification du pays.

Par sa tenue d'abord, et cela grâce aux conseils de son père. « Mon fils », me dit-il le premier jour qu'il vint me voir à la cure, « tu es jeune; tu ne connais guère le monde, et les gens au milieu desquels tu vis sont tous plus âgés que toi. Garde-toi donc, aux fêtes des villages ou des familles, de parler beaucoup; écoute tes aînés! A faire trop tôt la leçon aux autres, tu te mettrais dans le cas de la recevoir toute ta vie. Puis, quand on t'écoutera, toi, ne te figure pas que c'est pour la sagesse de tes propos; ce sera pour ta ri:{a — ta soutane, — et parce que tu es mon fils. Si tu fais ou dis une sottise, personne ne t'en soufflera mot, mais personne non plu-s ne l'oubliera.

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Surveille-toi donc... » Là-dessus, continue Matia, « Mon père prit un grand verre devin, et après qu'il en eut bu la largeur de deux doigts, il me dit, en me montrant son verre : « La première année, quand tes paroissiens t'inviteront, restes-en là. La seconde année, tu pourras en prendre un peu plus. » Et il avala deux ou" trois gorgées. « La troisième année, tu boiras le verre à moitié, et après tu pourras aller Jusqu'au fond. Tes paroissiens diront toujours : « Notre pope! il ne boit pas! » Et Matia, cinquante ans plus tard, répète à ses petits-fils la leçon d'Aleia : « Rappelez-vous ses paroles..., malheur à qui vide jusqu'au fond la première coupe des passions! »

Mais la bonne tenue du prêtre implique celle des paroissiens; Matia a remarqué « chez César » qu'à l'office les hommes et les femmes sont séparés et que leurs propos n'y couvrent pas la voix de l'officiant. Pourquoi ne pas introduire ce bel ordre à Brankovina? Il fait donc le tour de ses paroissiens, leur expliquant ce qu'il attend d'eux; tous l'approuvent. Le dimanche venu, au seuil de l'église, il sépare les sexes, puis revient à l'autel au milieu d'un silence vraiment religieux. Cinq minutes après, aucune femme ne peut se tenir d'en exprimer son admiration ; les hommes font chorus. Mais Alexa, de sa voix de knèze, commande le silence. « Tous se turent, comme arrosés d'eau froide! » Et Matia d'en conclure que le pouvoir spirituel a besoin de l'autre, et réciproquement. « Quand il ne s'accordent pas, ils perdent l'un et l'autre le respect du peuple! »

Si mince qu'elle soit, la réforme qui suggère cette réflexion est déjà l'annonce de temps nouveaux. On veut se civiliser, comme les Serbes déjà délivrés des Turcs, et pour arriver, comme eux, à la délivrance. Mais le chemin qui passait par TÉglise aurait été long; les circonstances en avaient ouvert un autre, et beaucoup de knèzes y marchaient déjà.

Il n'est pas nécessaire de rappeler ici qu'au xvine siècle, le maître de l'Empire turc, c'était, non le sultan, mais l'aga des janissaires, à la condition d'obéir à ses hommes. Or, les pires de tous, de l'aveu général, c'étaient ceux de Belgrade. Les plus vieux, ceux qui avaient fait la guerre et toujours pour être battus, avaient tout juste la discipline d'une armée turque en déroute; les autres étaient des exilés, renvoyés de Constantinople,Dieu sait après quels méfaits, ou bien des Bosniaques, Serbes renégats plus dangereux encore que les vrais Turcs. Tant qu'ils se bornèrent, les uns et les autres, à faire la vie dure au pacha, le paysan souffrit peu; son malheur fut qu'ils s'avisèrent de vivre sur lui, à la façon des spahis^ les miliciens entretenus obligatoirement parles villages, mais avec une différence : tandis que les spahis jouissaient de bénéfices conditionnels, les janissaires entendaient avoir des biens que le sultan ne pourrait leur reprendre. Or, cetteprétention, monstrueuse en pays coranique, l'état de la Turquie la rendait facile à réaliser. Dans un livre récent, on nous a expliqué comment, hier encore, des Albanais musulmans devenaient propriétaires en Macédoine.

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Un /our, le raïa trouvait chez lui un Albanais, le fasil à la main ; d'autres Albanais n'étaient pas loin • /pour faire sortir l'intrus, il fallait se reconnaître son tenancier (i). Il en a été deméme en Serbie. Nénadovitch montre des janissaires entrant chez un paysan • « Raïa >,, lui dit le chef de la bande, « ,e suis janissaire et vrai fils du tsar ! Veux-tu que je te protège > Reconnais-moi ton aga. Tu n'as pas d'argent pour I impôt; en voici, prends-le... 1 Maintenant je suis ton aga! « Et désormais, le raïa devra paver, outre l'impôt du sultan et la redevance du spahi, celle de l'aga que ne limite aucune loi, aucune tradition II tourne au serf, pas toujours maltraité, c'est vrai — « Nos agas, à côté des begs de Rosnie, c'était la rose et le basilic ., dit un contemporain(2). En revanche quand son maître est cruel, le raïa n'a pas de recours contre lui. « Les voici, ton sultan, ton vizir et ton pacha! . lui répond l'aga en frappant sa ceinture chargée di pistolets.

Or, le raïa de Serbie a des pistolets, lui aussi • il les a apportés d'Herzégovine ou de Bosnie avec un long fusil, un kandjar, et quelque peu de l'humeur du Monténégrin. Opprimé, il se fait hardouk demircvolté, demi-brigand, et que l'aga ne se risque plus du côte des bois! Au surplus, qu'est-il besoin de se faire haïdouk? M. Voukitchévich a recueilli cette tradition qu'un soir la mère et la femme du futur

ji) René Pinon, la Questim d'Orient au xix' ,iècU. t'rs turc avant la rn.Ue serhe). Belgrade. iJo6, p^'L '

chef de la révolte serbe étaient seules dans leur chaumière; un Turc arrive, se fait servir à boire, à manger, puis louche sur la Jeune femme. « Va-t'en ! dit-il à l'autre; laisse-nous seuls! — Que veux-tu faire ? crie la vieille. Ne sais-tu pas que c'est ma bru? » Il se lève et va la jeter dehors, quand la porte s'ouvre; c'est Karageorges qui revient. On se salue, on cause, et doucement le Turc porte la main à sa ceinture ; son hôte le prévient... Le lendemain, d'autres Turcs rencontrent, perdu dans la campagne, le cheval de leur camarade ; quanta lui, il est chez Karageorges, entre les racines des pruniers (i).

De telles histoires, on n'en trouve pas dans les mémoires de Matia, soit que le pays de Valiévo fût à l'écart des routes mal fréquentées, soit qu'Alexa fût bien gardé; knèze, il avait des pandours, des gardes (2). Bon diplomate, d'ailleurs, il avait des amis parmi les Turcs, tout en détestant leur nation; comme les autres rayas, en effet, il était passé par le cours d'histoire nationale qu'estla chanson serbe; plus qu'eux, étant plus civilisé, il sentait la lourdeur du joug et m.ieux qu'eux il savait comment on pourrait le secouer. Il recevait parfois de pieux pèlerins qui, revenant de Jérusalem, ou de Kief, en dépit de la carte, par Vienne ou Saint-Pétersbourg, parlaient avec éloges de l'Empereur Joseph II, avec

(1) Voukitchévitch, Karaijorâji, t. I, p. 52 et suiv. Belgrade,

(2) Nous avons déjà remarque que le sobriquet de pandore appliqué au gendarme, inexplic.ible autrement, dérive de ce mot serbo-croste.

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enthousiasme de l'impératrice orthodoxe du grand Empire slave. On a retrouvé dans les archives russes des suppliques à Catherine II et à Potemkine signées de beaucoup de knèzes, parmi lesquels Alexa.

En 1 788, le moment paraît arrivé ; l'Autriche et la Russie déclarent la guerre au sultan. Tandis que les Serbes d'outre-Save et Danube, dans les régiments des Confins militaires^ forment le gros de l'armée du maréchal Lascy, ou, comme le moine Dosithée Obradovitch, chantent à l'avance le vol victorieux des aiglesimpériales, ceux de Turquie n'attendent qu'un signal pour se soulever. A la vérité, ce signal aurait dû leur venir sous la forme d'une proclamation de l'Empereur, avec des promesses solennelles, mais y regarde-t-on de si près quand les cœurs brûlent d'impatience? Un jour, un certain Miouchko arrive chez Alexa; l'Empereur, dit-il, l'a chargé d'appeler les Serbes à la révolte. Alexa convoque aussitôt les hommes de ses villages. Rassemblés, ils commencent par se partager le bétail des Turcs, puis marchent sur Valiévo dont les Turcs ont déjà mis à l'abri leurs femmes et leurs enfants. On se bat; les agresseurs, dont beaucoup n'ont que des faux, l'emportent grâce à leur nombre, et bientôt la ville flambe, à la grande joie des petits Serbes qui, du haut de la montagne, assistent à la lutte, et à la victoire, Le lendemain, les paysans ramassent tout ce qui n'a pas brûlé et l'emportent ; Alexa reste presque seul, attendant les Autrichiens qui ne paraissent toujours pas. pourtant Joseph II est tout près, au monastère

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de Fenek, en Slavonie. Alexa s'y rend ; son ami Arsa Andréyévitch l'accueille et le conduit sur un balcon qui domine la cour du couvent : « Vois-tu Tempereur, Alexa? — Comment le voir? Il n'y est pas!

— Mais si, le voilà ! — Que dis-tu ? Ils sont comme ça, vos empereurs! Mais il n'a ni grand manteau, ni grand bonnet! Celui du pacha, à Belgrade, est deux fois plus haut! » — De son côté, le pandour d'Alexa se lamente : « Quelles jambes! Quels pauvres mollets! Que son habit est court! Et nous qui comptions sur lui pour nous habiller! — Vous ne voudriez pourtant pas, dit Arsa, qu'un empereur chrétien soit habillé comme vos Turcs! »

Une heure après, le knèze est appelé chez Joseph II. Dûment stylé, il n'essaye pas de baiser le pan de son vêtement, comme on le fait de la robe du pacha, et se tient, à l'audience impériale, aussi bien qu'un auire. Il comprend vite que Miouchko, le commensal de l'empereur, à ce qu'il affirmait, a pris sa mission sous son bonnet, — à moins qu'elle ne lui ait été soufflée par quelque agent subalterne,

— et que les Autrichiens ne songent pas encore à passer la Save. Les chrétiens vont-ils donc être livrés aux représailles des Turcs? Joseph II propose à Alexa de les amener en terre autrichienne, et c'est en effet le seul parti à prendre. Quelques semaines plus tard, les femmes et les enfants de Brankovina, répartis dans les villages de Slavonie, y sont fauchés par la misère et les épidémies, cependant que les hommes, enrégimentésdans un corps franc (fraikor),

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y font l'exercice sous les ordres d'un Serbe autrichien, le colonel Mikhalévitch; nommé lieutenant, Alexale fait aussi. Puis, quand \es fraïkortsi sont dressés, équipés, — bonnet rouge ou noir, capote noire, culotte bleue, fusil, pistolet», coutelas, — ils repassent la Save et, tandis que l'armée régulière s'attarde devant Belgrade, ils poussent les Turcs jusqu'en Vieille-Serbie (i). Un coup de foudre les arrête; la paix est signée (2) et le pays rendu au Sultan. « Tous les cœurs en saignent! » écrit, dans sa chronique, le moine Hadgi-Roufime.

Cette paix, en effet, ce n'estpas sculemenila perte de la liberté qu'on croyait reconquise; c'est encore le peuple livré aux représailles des Turcs. Une amnistie a bien été stipulée, mais quel Serbe serait assez fou pour y croire? Les Autrichiens, qui n'y croient pas davantage, offrent un asile chez eux, mais « d'eux aussitout le monde craint une trahison », note encore Hadgi-Roufime. Les prêches du métropolite grec de Belgrade n'y font rien, ni les promesses de Mikhalévitch. « Viens avec nous contre les Français, dit-il au lieutenant Alexa ; l'empereur te fera capitaine. D'ailleurs, tu lui as juré fidélité. — C'est vrai, répond Alexa; j'ai juré de le servir contre les Turcs, pour la liberté de mon pays, et j'ai tenu mon serment. Mais il nous abandonne, lui, comme ses

(t) Voir Pavlovitch, S<ri> (/a xa. vrémé poshdnitg aoustro-tourskog rata (ij^S-iS<)t) [La Serbie pendant h dernière guerre austro-turque). Belgrade, 19I0.

(2) Paix de Sistov.i, 4 «oùt 179 1.

ancêtres ont abandonné les nôtres! Je vais repasser la Save; j'irai de monastère en monastère crier à chaque moine, à chaque prêtre, qu'il inscrive que jamais Serbe ne devra se fier aux Allemands... — Au nom du ciel, tais-toi ! s'écrie Mikhalévitch ; s'ils t'entendent, ils te fusilleront ! — Hé ! riposte Alexa, je sais bien que je parle à un Serbe, mais j'en dirais autant à tous les Chvabé\y> Et,tandis que Mikhalévitch vase faire tuer sous Landrecies, Alexa repart, avec ses hommes, pour son pays dévasté.

Plusieurs mois s'y passent sans que les ex-fraïkorisi entendent parler des Turcs; la paix les a pris au dépourvu presque autant que les Serbes, et c'est à peu près seul que leur pacha rentre dans Belgrade. Conseillés par les évêques serbes d'outre-Danube, les knèzes profitent de ce quasi-interrègne pour solliciter des garanties, voire des privilèges. En Morée, dans les Cyclades, en Valachie, en Moldavie, même en certains coins du pays serbe, les chrétiens, une fois letributpayé, n'ont plus rien à savoir des Turcs; pourquoi n'en serait-il pas de même dans ce pachalik de Belgrade que la Porteatant d'intérêt à pacifier (i)? Unedéputationserbe se rend doncàConstantinople; elle en rapporte, en 1793, le firman souhaité. Désormais, le pachalik payera un tribut fixe que les chrétiens percevront eux-mêmes; les spahis recouvreront

(i) Voir Novakovitch, Vaskrs drjavé srpskê [la Renaissance de l'État serbe], p. 10-12 (Belgrade, 2» édit., 1904), et eu français la thèse de doctorat de Grégoire Yakchitch, la Rciurrtciion de la Serhicj chap. X (Paris, Hachette, 1907).

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