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leurs biens, mais non les agas; les knèzes seuls feront la police des campagnes. Ce n'est pas l'autonomie, mais la fin du zonloiim^ des exactions, ou du moins cela la serait, si la Porte y pouvait quelque chose. En fait. Tannée n'est pas écoulée que, rentrés à Belgrade en dépit des promesses de Sistova, le^ janissaires y' obtiennent de Chachin-Pacha l'ordre aux knèzes d'avertir les rayas qu'ils doivent toujours tous les impôts d'avant la guerre. « On nous lapidera, disent les knèzes; mieux vaut repasser chez les Allemands! «Cependant, sur le conseil de l'architecte Moustafa, ils envoient une supplique au sultan, et quinze jours après un courrier tatar arrive au grand galop. « A bas Chachin! hurle-t-il. Vive Moustafa-Pacha ! » Sans perdre un instant, le nouveau maître s'installe au konak\ le lendemain, il fait tuer d'un coup de feu dans le dos le plus remuant des agas, et dès lors, les autres s'étant enfuis, le nouveau régime peut fonctionner.
Nous ne le connaissons guère que par Matia Nénadovitch. Il raconte qu'à Valiévo son père n'a plus affaire, en fait de Turcs, qu'à des cadis; à la vérité, pour rentrer dans le prix de leur charge, ils essayent de rançonner les contribuables comme autrefois, mais Alexa se plaint et Moustafa les rappelle; en deux ans, Valiévo en voitpasser dix-huit ! A Belgrade aussi, les temps sont changés. Les knèzes ne se présentent plus au konak escortésdes plus guenilleuxdeleursadministrésetdéguenillés eux-mêmes, en criant : « Grâce 1 Miséricorde! Nous sommes nus!
Nous sommes affamés! » pour obtenir un rabais sur l'impôt; maintenant le pacha les reçoit avec égards, et leur offre un café qui n'est pas le « mauvais café » si fréquemment employé par ses collègues, leur parle des affaires du pays. L'impôt est vite fixé; il n'y a plus qu'à le partager entre les districts où les assemblées populaires achèveront sa répartition. Ce dont on parle surtout, au konak, c'est des Janissaires que Moustafa doit craindre autant que les rayas les craignent. A Chabatz, ils ont assassiné le knèze Ranko; ne pouvant saisir les coupables réfugiés en Bosnie, Moustara fait pendre, au petit bonheur, vingt-sept de leurs complices réels ou supposés. Puis d'autres Janissaires le menacent de Viddin, où Pasvan-Oglou, révolté contre la Porte, convoite Belgrade; lui résister ne sera pas facile, et c'est là l'occasion de grands soucis pour le petit parlement qui siège autour du narghilé de « la mère des Serbes », comme on a surnommé Moustafa.
Il ne dispose, en effet, que des spahis du pachalik, et la dernière guerre en a réduit le nombre ; il faudrait engager des kirJjalis, des mercenaires, mais avec quel argent? Le sultan n'en envoie pas et les rayas n'en paient plus assez! il faudrait doubler leur tribut. Quand Moustafa le leur dit, les knèzes se taisent d'abord, puis se concertent et décident d'invoquer, pour refuser, le firman de 1794. Le lendemain, au konak, ce n'est plus leur « mère » qu'ils trouvent, mais Hadgi-Moustafa-Pacha. Ils le saluent, il ne les voit pas ; ils baisent son caftan, il ne s'en aperçoit pas ;
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ils restent debout devant lui, il tire de son narghilé bouffée sur bouffée. Au bout de deux heures, il sort de son rêve. « Tiens, knèzes, vous êtes là ! Que ne le disiez-vous I » Les Serbes parlent alors, et c'est pour défiler le chapelet de leurs plaintes. « C'est bien, dit le pacha; puisque je ne peux faire la guerre, je m'arrangerai avec Pasvan-Oglou et vous avec les janissaires. Bonne chance! » Les Serbes s'en vont fort déconfits; le pacha n'a pas tort, c'est clair, mais comment faire accepter aux villageois le doublement de leur tribut ? Il y a pourtant une solution qu'Alexa trouve et porte au konak. « Pacha, dit-il, demander de l'argent à nos paysans qui n'en ont plus, c'est les chasser chez l'Allemand, et la terre de Sa Hautcsse restera vide... — Eh! c'est possible, concède Moustafa. — Alors, à défaut d'argent, nous t'offrons des hommes qui s'armeront et s'entretiendront euxmêmes... — Etesrvous tous de cet avis? » — Sur la réponse affirmative d'Alexa, il frappe des mains; le café apparaît, et aussi des écritoires; il faut faire le compte des contingents promis. Puis Moustafa rédige une proclamation qui sera lue dans tous les villages. « Ecoutez tous! Le Serbe qui n'a pas un fusil, deux pistolets et un grand coutelas, qu'il vende une vache et les achète! Sinon, il recevra cinquante coups de bâton sur la plante des pieds et payera cinquante grocJie d'amende l Respectez l'ordre du vizir! » Et c'est ainsi qu'après que l'Autriche a soulevé les rayas contre les Turcs, leur pacha les soulève encore, au nom du Sultan, et toujours contre les Turcs.
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Quelques mois après, Tarmée de Pasvan-Oglou entre en Serbie ; les spahis et les rayas la repoussent. Pourtant un parti d'ennemis gagne Belgrade; Moustafa s'enferme dans la citadelle et appelle à son secours lespaysans riverains de la Save. Ils arrivent, reprennent la ville de vive force, y font bombance avec le vin et le raki du pacha et pillent les maisons des Janissaires comme Jadis celles de Valiévo; Matia, qui est venu apporter du linge frais à son père, les trouve empilant le butin dans leurs charrettes; ils ne laissent pas un clou derrière eux. Le manque de vivres les fait enfin partir, et Moustafa espère en des Jours paisibles. Il a compté sans le général Bonaparte dont le débarquement en Egypte suscite un tel réveil du fanatisme musulman que le parti des réformes disparaît de Constantinople. Dans la crainte de voir les agents français lier partie avec ses rebelles, le sultan se hâte de traiter avec ceux-ci, et d'abord avec Pasvan-Oglou ; d'un coup, les ex-Janissaires de Belgrade sont pardonnes. Ils rentrent, en promettant d'être sages, dans les villes de Serbie, et d'abord, comme ils y trouvent des chrétiens dans leurs maisons, ils les en chassent. Mais Belgrade aussi a été leur maison; comment ne pas vouloir la reprendre? Ils réussissent à faire croire à Moustafa qu'ils lui livreront Viddin ; il y envoie son fils et ses meilleurs soldats. Ceux-ci ont à peine passé les portes de Belgrade que les Janissaires se révoltent; le pacha se sauve dans la citadelle, et cependant ses troupes et les paysans bloquent la ville. Mais les mutins passent
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par une conduite d'eau et surprennent Moustafa, qui, le couteau sur la gorge, signe Tordre à ses défenseurs de se disperser! il n'en est pas moins tué quelques jours plus tard. Les janissaires sont maîtres du pachalik, sauf résistance de la Porte ou des rayas.
Or, à Constantinople, l'aga des janissaires, qui aura sa part des dépouilles de Mousiafa, n'enverra pas ses hommes contre leurs frères; le sultan Sélim a beau menacer, jurer qu'il lèvera une armée telle que les Osmanlis n'en ont jamais vue, — sans doute une armée de rayas — il n'en est pas moins obligé, en définitive, de se déclarer satisfait, d'envoyer à Belgrade, avec ordre de s'y faire oublier, un autre pacha, de remettre enfin, par un solennel /t jiti-cJii^r if , les choses de Serbie dans l'état où elles étaient avant la dernière guerre. Triomphants, les janissaires se choisissent alors — non sans bataille, — quatre chefs, les dahis^ qui enrôlent, non des kirdjalis susceptibles de devenir des concurrents, mais des Bosniaques, des « flotteurs de bois » delà Save et de la Drina, qu'ils arment et repartissent dans les villages. Ces nouveaux venus surveillent les paysans, se font nourrir, puis bàiir des hcins^ des maisons fortifiées, perçoivent les impôts, d'abord ceux du sultan et des spahis qui, bien entendu, n'en recevront jamais rien, puis celui des janissaires qui frappe maintenant toutes les terres du pachalik. « Qu'on se représente, s'écrie Saint-René-Taillandier, à toute heure et sous toutes les formes, un immense brigandage. Piller, incendier, c'étaient les moindres cruautés de
ces êtres féroces ! » Il y a peut-être là quelque exagération, de même que dans la supplique au sultan où les knèzes affirment que nul chrétien ne peut être sûr de la vie et de l'honneur de sa famille. En tout cas, il s'est passé des scènes semblables à celle que M. Voukitchévitch a trouvée dans la légende de Karageorges. Celui-ci est allé, avec quatre amis, au monastère de Voliavtcha, pour la fête locale. « On dit que Sali-Aga, de Roudnik, y sera. Nous le recevrons! » Sali-Aga arrive, en effet, au milieu des coups de fusil, « comme pour une noce », et du grenier, où les moines les ont cachés, Karageorges et ses compagnons voient les filles que le Turc a réquisitionnées au village le servir suivant le rite traditionnel. Celle qui fait Icbaïrakiar, le porte-étendard, se tient debout devant lui; celle qui est le roi tient une aiguière pleine de raki et en verse dans la coupe que la ;'(?//Z6' porte à ses lèvres; puis le roî pèle une pomme, et la reine en pose les quartiers dans cette bouche béante... Réconforté, le Turc veut qu'on danse; un vieillard qui s'esquive est aperçu, ramené, battu. Georges prend sonfusil. « Choisissez chacunlevôtre, dit-il à ses amis; moi, je tiens l'aga! » Mais les autres l'arrêtent; la moisson est sur pied, comment la récolter si la révolte commence tout de suite? Il vaut mieux attendre l'hiver pour flamber à la fois les hans et leurs garnisaires. Karageorges relève son fusil; pour cette fois, Sali-Aga peut continuer la fête et s'affirmer, jusqu'au bout, le « taureau de Roudnik »,
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Contre ce joug, les Turcs « légaux », les spahis, se révoltent les premiers, mais ils sontpeu nombreux et les chrétiens les soutiennent mollement, le sultan pas du tout; ils échouent donc. Cette tentative, les knèzes la reprendront-ils? II semble d'abord quenon ; la chute de Moustafa a tellement effrayé les paysans que beaucoup ont fui soit en Autriche, soit dans la forêt. Pourtant, ces derniers sont prêts à se révolter ; mais que feront-ils sans un allié dont le nom leur rallie les masses? Cet allié, ce fut jadis l'empereur et récemment le sultan; auquel des deux s'adresser maintenant? Des négociations s'engagent ; aux noces, aux fêtes des villages, les knèzes ont des entretiens mystérieux. Puis des émissaires vont à Constantinople avec des lettres pour le sultan; d'autres en Croatie et en Slavonie, où justement la paix de Lunéville a ramené les régiments serbes; h Corfou, qui a maintenant garnison russe; à Ragusc, où le consul russe Fonton vient de s'installer; à Pétersbourg même. L'évêque du Monténégro y a ses agents, et c'est peut-être à leurs démarches qu'il faut attribuer le succès, près des conseillers d'Alexandre I^"", d'un projet qui améliore le « projet grec » de Catherine II, celui de la fondation, de l'Adriatique au Danube, d'un royaume « slavéno-serbe » protégé ou même possédé par le tsar (1).
Cependant, Alexa se tient coi; on dirait, depuis le coup de main de Belgrade, qu'il ne veuille plus s'occuper de rien. Les ^^7^15 le somment-ils d'apposer