L AURORE DE LA LIBERTE SERBE 27 J
que Foktchitch avait fait accrocher àson konak. Entre temps, Jacques doit se défendre de l'honneur, que veut hii imposer ce même Foktchitch, de devenir knèze à son tour ; heureusement pour lui, sur des nouvelles de l'intérieur, le dahi repart pre'cipitamment pour Belgrade.
C'est qu'en effet la pre'diction de son père s'est réalisée; la paille a flambé. Sain et sauf, Karageorgcs tient la campagne et la renommée colporte déjà la nouvelle de ses succès. Matia se risque hors de Brankovina et va voir un ami d'Alexa, le vieux Sava Jivkovitch, qu'il trouve, non dans son village, mais sur la montagne. « Que fais-tu là, compère? — Ce que nous faisons, mon pope! Nous avons envoyé les femmes dans la forêt et puis nous avons pris nos fusils; à la grâce de Dieu! » Ça va bien, se dit Matia, si les vieillards eux-mêmes parlent ainsi! Et il se décide à convoquer les contingents que jadis Alexa commandait. Ils arrivent de tous les villages, et, devant l'église de Brankovina, on déploie solennellement l'étendard blanc, rouge et bleu, dont les couleurs sont toujours celles de la Serbie; il rt'y aurait plus qu'à marcher sur Valiévo, si la poudre ne manquait. Matia part en acheter aux Allemands, et, quand il arrive à Zabrégié, surla Save, il apprend que Pierre Géritch vient d'y tuer un Turc. « Pourquoi donc, Pierre, demande-t-il prudemment, te brouilles-tu avec ces gens-là? Vous autres, les riverains de la Save, vous n'avez qu'à la passer pour leur échapper; nous, dans l'intérieur, nous serons
tués OU faits esclaves. » Géritch fronce le sourcil : « Nous voulons venger le knèze, ton père. Toi, fais à ta guise ! » Matia sourit et conte ses nouvelles : « Ah! pope, que ne le disais-tu plus tôt! »
Puis il arrive à Zémoun (Semlin), chez ce major Mittesser qui a été l'ami d'Alexa. Onl'accueille bien; mais tout ce qu'on fait pour lui, c'est de le mettre en rapport avec un Serbe du pays, qui se chargera des fournitures, et avec un ancien serviteur deMoustafa, un certain Déli-Ahmed, qui ne demande qu'à marcher contre les janissaires. Or, un Turc dans le camp serbe, ce sera, pour les indécis, la révolte légalisée, approuvée par le sultan. Matia se hâte donc d'emmener son homme et de le présenter, à Zabrégié, aux cinq cents hommesquimaintenant y sont rassemblés. « Voici, dit-il, l'envoyédu fils de Moustafa, Dervich- Bey, qui va venir avec un firman et une armée pour chasser les brigands et reprendre la place de son père. — Takojyé! Takoyé! C'est vrai ! C'estvrai ! » répète docilement Déli-Ahmed. Grandement encouragée, « l'armée » se met en route pour rejoindre celle de l'intérieur et arrive à Lioubinitch. On cherche le kmète, le maire, mais il se cache et c'est à grand peine qu'on l'amène à Matia, qui lui refait son discours sur Dervich-Bey. Le kmète reste pourtant méfiant et maussade, si bien que les autres se fâchent. « Tu demandes ce que nous voulons, lui dit le pope Léonti, mais tu le sais bien et tu le veux comme nous! — Sans doute, mais que s'en suivra-t-il? — On le verra bien. Est-ce que Fokt-