‹ La Zone de ParisChapitre 32 sur 33 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Parvenus au terme de cette étude purement administrative, nous voudrions dégager, si le mot n’est pas trop prétentieux pour un problème aussi terre-à-terre, la philosophie de la question. |

D'où est-on parti ? Une enceinte fortifiée, réservée naturellement à des établissements militaires, une zone couverte irrégulièrement de constructions hétéroclites.

Qu’a-t-on voulu faire ? Déraser l'enceinte, y construire peu enréservantle plus d'espaces libres possible, aménager la zone en la transformant en parcs, stades, squares, jardins et terrains de sport.

Or, que voit aujourd’hui le Parisien que ses occupations ou ses loisirs amènent aux portes de Paris ? Une enceinte presque entièrement couverte d'immeubles de sept à huit étâges, une zone dont l'aspect ne s’est pas sensiblement modifié. Eet-ce donc la faillite des projets grandioses qu'avaient voulu réaliser les Assemblées et l’Administration parisienne ?

Pourquoi donc s’être attaché à une solution qui apparaît aujourd'hui comme n'ayant pas apporté les résultats espérés ? 1

Il y avait cependant d'autres projets ; le projet BRoUSSE, dans lequel la zone n’était pas comprise ; le projet SIEGFRIED dans léquel elle n’était que partiellement aménagée. Or, la Ville s’estarrêtéeau projet Dausser comprenant à la fois l'enceinte et la zone : cequ’onespéraiten 1912, c’est que sur l'enceinte, il ne serait construit que 2/3 environ de la supericie, etencoré que beaucoup de cesconstructions seraient soumises à des servitudesrigoureuses quant à la hauteur et à La

surface. On vendrait environ 300 hectares de l'enceinte, mais on récupèrerait près de 800 hectares de zone qu’on transformerait ou maintiendrait en espaces libres. On espérait aussi que la vente des terrains de l'enceinte compenserait à peu près les dépenses d’expropriation et d'aménagement de la zone : pour une opération si utile à l'hygiène publique, un déficit de 40 millions paraissait à M. Dausser un sacrifice presque insignifiant. Ne valait-il pas mieux, dans ces conditions, aménager et l’enceinte et la zone ? | Faites Malheureusement, les prévisions les plus optimistes ont été infirmées par les événements. Si les conventions de 41912 avaient été immédiatement ratifiées, la Ville aurait pu jusqu’en août 1914, engager l'opération de telle manière que les modifications qu’elles ont subies en 1928 fussent devenues impossibles. En 1919, les conditions politiques et économiques étaient telles que tout ce qui avait été prévu en 1912 devait être fataléement bouleversé. Les conventions n’ont pas été acceptées par les zoniers et par une partie de l'opinion, parce qu’au moment où on a pu les appliquer, la crise du logement sévissait dans toute son ampleur et qu’on ne voulait pas que fût exploitée à des fins politiques la situation de la zone. Le Conseil municipal et l'Administration durent alors écouter les doléances des zoniers, négocier avec eux, abandonner une position juridique incontestée pour s'engager dans la voie des promesses, si dangereuse, parce que sans limite : l’économie financière des conventions de 1912 fut détruite. Depuis, la crise dulogementaamenñé la Ville à remettre à son Office d'habitations à bon marché, à la Régie immobilière, des terrains de l’enceinte qui n’ont pas été vendus comme ils auraient pu l'être ; puis la Ville a réservé, toujours pour la construction d'habitations destinées pour la plupart aux locataires expropriés pour des opérations édilitaires, presque tout le reliquat des terrains disponibles. De plus, la construction de toutes ces habitations entraîne l'obligation pour la Ville de dégager

de nombreuses parties de la zone plus rapidement qu'il n'était prévu : il faut avouer que le voisinage de la zoneest un obstacle à la locationdesappartements, notammentceux du rez-de-chaussée ; enfin pour desservir ces immeubles, la viabilité — si coûteuse — a du être activement poussée.

Au point de vue financier, l'opération se présente comme suit: le compte spécial pour 1931, dressé par application de l’article 12 de la loi de 1919, comporte en recettes 25.839.138 fr. 38, en dépenses 100.499.934 fr. 54, soit pour l’année un déficit de 74.660.796 fr.16, c'est-à-dire près de 75 millions. Du tableau généralannexé à ce compte, il résulteque,sauf en 1929eten 1930 (époqueoû lesaffairesétaient brillantes et où ont été vendus dans de bonnes conditions des terrains de l'enceinte) le déficit a été constant et il s'élevait à la fin de 1931 à 268.523.9276 fr. 08, c'est-à-dire près de 300 millions, 7 fois ce queprévoyait M. Dausser. Ce chiffre serait donc normal — tenant compte de la dévalorisation du franc — si l'opération étaitterminée. Mais la loi de 1930 n’est pas encore appliquée et l’Administration n'a encore versé aucune allocation compensatrice. Or, par rapport au montant des allocations compensatrices, le produit des loyers serainsignifiant ; de plus, pour accélérer l'évacuation de la zone, — et c’est le désir de l’Administration —, il faudra verser plus d'allocations et par la même les recettes provenantdes loyers diminueront. En l'absence de tout élément d'appréciation, nul ne peut dire comment sesclidera l'opération dans 25 ans

Sans doute, personne n’a jamais pensé qu'elle puisse procurer des bénéfices à la Ville, mais il est à prévoir que le total des dépenses non compensées sera considérable ; certains l’évaluent à plusieurs milliards, et cette situation préoccupe quelques-uns de nos édiles : M. GarLLaRD vient dans une récente question au Bulletin municipal de confier ses craintes au préfet de la Seine. Que pourrait répondre l'Administration, sinon que les événements sont plus forts que les hommes et qu’en 1912, personne ne prévoyait ce que serait 1931.

Dans toute opération s’échelonnant sur un grand nombre d'années, il ya évidemment des risques. Pour nous, le principal n’est pas le risque financier ; c'est celui qui résulterait de l'abandon complet. de la conception primitive : devant le développement des moyens de communication qui entraîne la population parisienne de plus en plus vers la banlieue, dans des conditions de vie sociale que nous ne pouvons pas prévoir, ceux qui auront demain la charge des ‘intérêts de la Ville pourraient ne plus estimer indispensable cette ceinture de verdure que doit former la zone. Que deviendraient alors les projets tissés depuis 30 ans, comme une toile de Pénélope, par le Conseil municipal ? Ce qui est à retenir, c’est la persévérance avec laquelle Assemblées et Administration se sont attachées à la solution d'un problème qui, pour si simple qu'il avait paru au premier abord, s'est hérissé de difficultés de toutes sortes. Si les résultats ne nous apparaissent point aujourd’hui aussi tangibles qu’il serait désirable, c’est, répétonsle, moins la faute des hommes que des événements. Et, sans nous arrêter à l'hypothèse désastreuse que constituerait l'abandon d'une des plus importantes opérations d'urbanisme envisagées à Paris, nous voulons, au contraire, clore ce travail sur une déclaration de foi et d'espérance : nous sommes convaincus que lés conventions de 1912 et de 1928 auront servi l'intérêt général de la population parisienne et du pays entier si attaché à la beauté et au bon renom de sa capitale; nous espérons que, bientôt, les constructions sordides de la zone auront fait place à des stades modernes et des parcs gracieux où s’ébaitront joyeusement, préparant une race forte, :les enfants de ce peuple de Paris qui, quoi qu’on en pense, sait rendre justice à ceux qui se consacrent à son mieuxêtre et à la grandeur de la cité.

Novembre 1932.

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