‹ Labrador et Anticosti [microforme]Chapitre 24 sur 103 · LA · texte numérisé non relu

LA

SA

La population d’alentour s'était rassemblée sur le rivage pour assister à la cérémonie, Cette température douce qu'il faisait ; sous nos yeux, ce fleuve large comme un océan et dont la surface, paisible pour le moment, reflétait les derniers feux du soleil; ces braves gens, recueillis et pieux, qui entouraient le pontife appelant la protection du Ciel sur ce frêle bateau, destiné sans doute à courir bien des dangers dans sa future carrière : le spectacle était impressionnant et inoubliable. Elles ne sont pas rares, dans notre sainte religion, les scènes qui parlent à l'esprit et au cœur! Le chrétien pour qui ces choses n’ont pas de voix, est bien mallisureux.

DIMANCHE, 2 JUIN. — Monseigneur a terminé, ce matin, les exercices de la mission aux Ilets-Caribou.

Cette cérémonie de clôture s’est faite à une heure matinale, afin que nous pussions profiter du bon vent, s’il y en avait, pour nous rendre au poste voisin, la Pointe-aux-Anglais, Malheureusement, le vent resta contraire. Sans doute il n’y avait qu'à attendre qu’il devint favorable. Ce ne fut pourtant pas à ce parti que se décida Monseigneur, Quand on ne peut se rendre par eau à la paroisse voisine, eh bien, on s’y rend par voie de terre ! Il est vrai qu'il n’y a guère de chemin de tracé, sur cette côte, d’un poste à l’autre... Mais il y a toujours bien le rivage, que l’on dit être une route, sinon facile, du moins généralement passable. L'un des plus forts obstacles à ce voyage, c'était vraiment la douzaine de milles à parcourir à pied. Cela n’émut pas davantage le prélat. — La décision, aussitôt prise, fut mise à exécution, Et bientôt une vive fusillade salua le départ de Monseigneur, qui se mit en route avec une escorte de quelques hommes habitués à de semblables excursions. D’après les nouvelles que nous recûmes bientôt, le voyage alla fort bien. On lîna chez un pêcheur, le long de la route; dans l’après-midi, on traversa à l’île aux Œufs, dont l’unique habitant, M. Paul Côté, faisait partie du cortège de Monseigneur, Puis, vers le soir, on se rendit en canot à la Pointe-aux-Anglais.

(QJua petite attend ment €

Je 1 Caribor j'appris mer.” | renseio est tou qu'on 1 est vrai points de sele là à le disséqu mythe, peu d’e nalres 1 affirme:

présent

Quar arrêter de mer durant qui fais appariti baleine :

assez lo avec ses ce qu’'or

On n le mons Comeau intellive

pour sait ; sur-

x du nt le stiné car- Elles s qui hoses

n, les

inale, ureuqu'à parti par erre !

côte, Be, que pment vrait pas ise à t de ques nou- 1, On di, on Côté, Dir, ON

Quant à moi, je n’ambitionnai pas de prendre part à cette petite marche de quatre lieues, et je me résignai facilement à attendre que le vent devint favorable pour iw’en aller vulgairement en chaloupe, avec les bagages, rejoindre Monseigneur,

Je ne tardai pas à me féliciter d’être demeuré aux Ilets- Caribou. Dans la soirée même, en effet, causant avec les pêcheurs,

jappris que plusieurs d’entre eux avaient vu le “serpent de

mer.” Peu s’en était donc fallu que je perdisse l’occasion de me renseioner enfin sur le fameux monstre marin, dont l’existence est toujours un sujet de discussion chez les savants! Mais, puisqu'on l'a vu, comment peut-on refuser de croire à sa réalité ? Il est vrai que si on l’a rencontré à diverses reprises et en différents points de l'Océan, on ne l’a jamais capturé... Et tant que les gens de science, peu crédules d'ordinaire, n'auront pas l'animal étendu là à leurs pieds, tant qu’ils ne l’auront pas palpé, pesé, mesuré, disséqué, ils diront toujours que le serpent de mer n’est qu’un mythe. Ils ont raison, sans doute, les gens de science ; et leur peu d’empressement à admettre facilement les choses extraordinaires nous est une garantie précieuse de certitude, quand ils aftirment la réalité de certains faits étonnants, comme :l s’en présente si souvent dans l’histoire des sciences.

Quant aux pêcheurs des Ilets-Caribou, ils ne se laissent pas arrêter par les dénégations des savants. Ils croient au serpent de mer, parce qu'ils l’ont vu de leurs yeux, Il a été visible durant un mois entier, à différents jours! Beaucoup de canots, qui faisaient alors la chasse au loup marin, ont constaté son apparition! Ce poisson était bien trop effilé pour être une baleine; d’ailleurs, on connaît cela, une baleine ! Enfin, il y a assez longtemps qu'on vit sur la mer, et que l’on est familier avec ses habitants : eh bien, cet animal ne ressemblait à rien de ce qu'on avait rencontré auparavant,

On me désigna, comme celui qui avait approché de plus près le monstre marin, l’un des principaux citoyens du lieu, M. P.-Z. Comeau, le frère du fameux trappeur de Godbout, homme très intelligent et d’une certaine instruction, En ma qualité de jour-

naliste, je fis ce que tout journaliste aurait fait en telle occurrence : j’allai soumettre M. Comeau à une interview, Il s’y prêta de la meilleure grâce du monde, Mais, craignant de ne pas rapporter assez fièlement son récit, je le priai de le rédiger luimême. Le Naturaliste canadien à publié, en novembre 1895, ce compte rendu extraordinaire que je réédite ici en faveur des vens qui, à leur grand désavantage..… et au mien, ne recoivent pas cette revue scientifique, Je conserve à ce rapport ses quelques incorrections de style, estimant que la critique sera clémente à M. Comeau, dont I vie de labeur lui a laissé peu de loisir pour s'exercer la plume.

Page 1