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MERCREDI, 5 JUIN.—Monseigneur a terminé, ce matin, la mission de la Pointe-aux-Anglais. Il est décidé que nous partons aujourd’hui pour Saint-Patrice de la Pentecôte, distant d'ici de trois lieues. M. l'abbé Lemay, qui a là sa résidence, nous quitte pour nous y devancer, Il s’y rend à pied ! Il faut savoir que, durant la mission de la Pointe-aux-Anglais, il a déjà fait ce voyage, aller et retour, à pied aussi. J'ai la plus vive admiration pour des prouesses de ce genre. Quant à nous, nous devons faire ce trajet en voiture ; car M. Langlois possède un cheval, qui est presque le seul de l'endroit, Mais le vent d’est ayant bien diminué et la mer n'étant pas trop mauvaise, nous partons dans l’après-midi par voie maritime, Monseigneur dans un canot, et moi dans l’autre, Ja mer était fort houleuse, mais ne brisait pas, excepté dans un seul endroit ; et j'ai le plaisir de pouvoir raconter que je courus là un véritable danger. Les lames nous prenaient de côté, ce qui avait pour résultat de nous bercer fort agréablement, lorsque tout à coup dela direction dont je viens de parler, nous vimes arriver sur notre canot une vague très haute et déferlant déjà. Heureusement, celui des deux marins qui tenait la barre eut le temps de faire tourner un peu le canot, et nous primes obliquement cette vague dangereuse : sans ce mouvement très rapidement exécuté, la forte vague
1—Cette belle cloche, qui n’a pas trop souffert d’un séjour de près de deux siècles au fond de la mer, est maintenant au musée du Séminaire de Chicoutimi. On y possède aussi une baïonnette très bien conservée, et une sorte d’écusson en cuivre, de forme ovale, portant le monogramme de la reine Anne surmonté de la couronne royale, Ces objets proviennent, comme la cloche, du naufrage de 1711.
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Dès que nous arrivons en vue de la Mission, la fusillade éclate ; elle se continue avec entrain jusqu'à ce que nous soyons débarqués sur le quai, et reprend encore lors de l’entrée solennelle de l’évêque dans léglise, Lorsque les cérémonies : liturgiques sont accomplies, on présente une jolie adresse à Sa Grandeur,
Rien de pittoresque comme la situation du village de Saint-Patrice de la rivière Pentecôte." Il est bâti de chaque côté de l'embouchure de la rivière qui lui a donné son nom. Cette rivière, dont la branche principale est longue d’une trentaine de lieues, se dirige perpendiculairement au fleuve Saint- Laurent, puis en y arrivant tourne à angle droit vers le nordest, laissant à sa droite une poiute de terre large de deux ou trois arpents et longue de deux milles; elle se jette dans le fleuve au pied d’un cap assez élevé qui s’avance dans les eaux. Une partie du village est bâtie sur le bout de cette pointe de terre, du côté de l’ouest; le reste des maisons, avec l’église et la scierie, sont de l’autre côté de l'embouchure. L'entrée de la rivière forme un havre très commode pour les petits vaisseaux, bien qu’à marée basse il y ait peu d’eau dans ce mouillage, Ce
1=STATISTIQUES.—Population : 41 familles ; 240 âmes, dont 150 communiants. Confirmés, 62, Une école.
cours d’eau n’est navigable que l’espace de quelques milles ; des rapides lobstruent ensuite, — On comprend qu’il faut recourir aux canots pour communiquer entre les deux parties du village, en attendant que la navigation aérienne soit praticable, où que le gouvernement construise ici un pont qui devrait avoir une belle longueur, Mais, sans doute, le bois dont on fera ce pont n’a pas encore commencé à croître ; le fer dont on se servira sera longtemps encore à l’état de minerai dans une
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(Photog. par l’Auteur.) ESTUAIRE DE LA RIVIÈRE PENTECÔTE,
mine qui n’est peut-être pas encore découverte. Quoi qu’il en soit, les bureaux de la poste et du télégraphe étant sur la presqu'île, le présent état de choses est assez incommode pour les habitants de la terre ferme, au moins durant la belle saison. Sur cette presqu’ile est la résidence du surintendant de la ligne télégraphique de la Côte Nord, M. Émile Têtu.
Il ne se fait guère de culture ici, pas plus que dans les autres localités que nous venons de parcourir, On a pourtant
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déjà réussi à cultiver l’avoine et les pois. Quant aux patates, elles viennent très bien partout, et on les cultive en abondance,
Peu de personnes se livrent ici à la pêche, presque tout le monde étant employé à la coupe et au sciage du bois de commerce, On pêche le saumon, du côté de l’ouest, à mi-chemin depuis la Pointe-aux-Anglais, et à l’est, en bas de Caouis, îles situées à l'extrémité est de la baie des Homards, qui se trouve entre ces Îles et le cap où est bâtie l’église de Pentecôte, Dans cette baie, non loin des Caouis, on essaye cette année (1895) la péche des homards et leur mise en conserve, Quant à la morue, on à cominencé à la pêcher vis-à-vis d'ici, en ces derniers temps, et non sans succès,
C’est l’industrie du bois qui a créé le village de Pentecôte, I] y a douze ans, il n’y avait là que deux familles (sans compter les quelques habitants des Cayes, vis-à-vis les récifs de même nom qui se trouvent du côté ouest de la baie des Homards), A cette époque, la société Gagnon et Frère (Thomas, résidant ici, et Antoine, de Québec) construisit une grande scierie, pour exploiter les forêts des alentours; et cet établissement a réuni ici un fort noyau de population. Les limites à bois qui alimentent l’usine s'étendent depuis la mer jusqu'à 45 milles à l'intérieur des terres. L’épinette blanche constitue à peu près uniquement l'exploitation, le pin n'étant qu’en infime quantité. On scie le bois en madriers ou en planches ; il y a aussi des machines pour blanchir et ‘“embouveter” le bois. Quatre ou cinq navires viennent chaque année prendre des chargements de bois, à destination de l’Angleterre, de l'Irlande, du Portugal, ete, Deux de ces navires d'outre-mer sont arrivés pendant notre séjour ici, et sont ancrés à l’entrée de la baie des Homards. L'importance des scieries des MM. Gagnon peut être appréciée par ce fait que, durant l’hiver de 1894-95, on a coupé 33,000 billes ; la coupe de l'hiver précédent avait été de près de 40,000. La descente de ces billes se fait par la rivière Pentecôte. Une centaine d'hommes sont à l'emploi de l'établis-
sement, durant l’hiver, pour la coupe du bois ; et, pendant l'été, les e
| un nombre presque égal travaillent à la scierie, qui recoit sa avec | | force motrice d’une petite rivière descendant des coteaux voisins, Les Dans cette localité ouvrière, il n’y a pas de question sociale, l bien !
ce qui veut dire que les principes chrétiens président aux rela- placer
1 parle, par exemple, d’un ouvrier malade depuis assez longtemps, : bois p ! M à qui les MM. Gagnon paient $4 par semaine, Ce fait en dit au con long sur l'esprit de charité qui anime ces messieurs,
tions qui existent entre les patrons et leurs employés, On nous et don | | |
Toutes les maisons du village, à l'exception de quatre, appartiennent à la société Gagnon et Frère, Quand il s'établit une nouvelle famille d'ouvriers, on lui fournit une maison “logeable” ; s'il veut y faire des “divisions,” il reçoit cratuitement le bois nécessaire,
Quand on commenca létablissement, il y a douze ans, deux familles sauvages résidaient ici, Ce nombre n’a guère augmenté depuis cette époque.
Le premier missionnaire qui résida à Pentecôte fut l’abbé A.- B. Côté. Ce fut lui qui présida à la construction de l’église,
| Après un séjour de deux ans à ce poste, M. Côté eut pour suecesseur, en 1888, le missionnaire actuel, M. l'abbé P, Lemay, du | diocèse de Québec, En ce temps-là, le district desservi par le À missionnaire de Pentecôte s’étendait depuis la rivière Manicouf agan jusqu'au cap Cormoran, ce qui faisait une longueur, de trente-cinq lieues. En 1893, Mgr l’évêque de Chicoutimi à détaché de ce territoire la partie orientale, depuis la rivière | Sainte-Marguerite jusqu’au cap Cormoran, et l’a confiée à un |
1 , (Photog, p nouveau missionnaire, qui fut placé aux Sept-Isles. IL reste
encore à M. Lemay une desserte assez considérable pour alimen-
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| difficiles entre ces différentes missions, rendent bien pénible le LE ministère qu’il y exerce. L'hiver, la visite des chantiers de | bois apporte un surcroît de fatigues au missionnaire, Heureu- Ë . F . A . CE
sement, M. Lemay a le pied agile, comme il a l’âme intrépide, et, lorsque les circonstances l’empêchent de voyager au moyen
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