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les embarcations où du cométique, il part bravement à pied, et avec la raquette, si c'est en hiver,
Les gens disent que l'abbé Lemay a “du talent.” Je le crois bien ! [lu trouvé moyen, avec des ressources fort modiques, de placer un joli clocher sur son église, édifice de 50 pieds sur 30, et dont il a encore fait achever l’intérieur, décoration toute de
hois peint en blane ; et tout cela ne l’a pas empêché de payer
au complet la dette de construction de l’église,
(Photog. par l’Auteur.) ÉGLISE DE LA RIVIÈRE PENTECÔTE.
Cette église est bâtie sur le sommet d’un cap élevé de plusieurs centaines de pieds, qui s’'avance dans la mer entre la baie des Homards et l'embouchure de la rivière Pentecôte. Tout près se trouve l’école, Ces deux édifices publics sont isolés sur ce rocher et dominent tout le village et le pays d’alentour, Cette position est exceptionnellement belle et commande de tous côtés, sur terre et sur mer, une vue magnifique.
Cependant les plus beaux spectacles finissent par lasser. On ne peut pas se plaire indéfiniment à contempler le point de vue le plus superbe qui se puisse rencontrer. Car— puisque c’est 3oileau qui l’a dit, il n’y a qu’à le croire— l'ennui naquit un
jour de l’uniformité, Aussi, pour faire un peu diversion aux autres choses d’ici-bas, M, l'abbé Lemay s'occupe de botanique, etil s'en occupe sérieusement: j'ai vu son herbier, qui comprend bien un millier d'espèces différeutes, et qui est soigneusement fait, fort scientifiquement étiqueté, Quand on est botaniste, on est aussi plus où moins horticulteur, M. Lemay comme les autres. Mais il est bien facile de fr're de l’horticulture, quand on réside sur le sommet d’un rocher dénudé, où ne croissent que des mousses, des lichens et quelques airelles (bluets) ! Oui, c’est facile, quand on a “du talent.” Tout simplement, M. Lemay a été prendre de la terre végétale où il y en avait, et, deci, delà, l’a transportée autour de son presbytère, près de son église, sur les crans, comme on dit ici: radis, choux, oignons, gladiolus, œillets, asters, et maints autres personnages du règne végétal, se font la vie belle là-dedans. A certain endroit de l’enclos enchanté, se trouve un gros bloc de rocher : cela prend bien de la place, et fort inutilement; d'autre part, cela ne se rejette pas du bout du pied. Qu'’a-t-on fait? on a installé autour une charpente légère, et l’on a posé dessus une longue boîte en parallélogramme : c’est une couche chaude! Et voilà !—1I1 faudrait être sorcier, à tout le moins, pour deviner, en visitant ces plates-bandes, que tout ceci est un jardin artificiel. En tout cas, la vue de cette merveille d’ingéniosité console un peu les gens qui n’ont pas vu les jardins suspendus de l'antique Babylone,
LUNDI, 10 JUIN.— ia retraite a été terminée très solennellement, hier matin, après l'administration du sacrement de confirmation par Mgr Labrecque, qui a prêché trois fois durant la cérémonie, Les pieux exercices de ces jours de récollection ont été suivis avec grande piété, comme dans les autres postes, et
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Sa Grandeur est très satisfaite des bonnes dispositions de ses administrés.
Il fut décidé que nous prendrions passage à bord du Str Otter, pour faire le trajet de Pentecôte aux Sept-Isles. Quand on pense qu'on est venu nous éveiller à deux heures, ce matin, pour nous dire que le vaisseau était en vue! Le jour était déjà arrivé; il faisait presque très clair, à cette heure si matinale, L'air était rempli d’efluves odorantes du plus délicat parfum ; les oiseaux, s’éveillant l’un après l’autre, saluaient de leurs suaves mélodies l’aurore nouvelle. Tout cela était certes d’un charme exquis; mais un homme qu’on a éveillé à deux heures de la nuit est bien peu apte à savourer toute cette poésie. Enfin comme, malgré le point reeulé où en est rendu la civilisation moderne, il n’y a pas encore de loi qui empêche les steamers d'arriver à des heures aussi peu convenables, il fallut bien se prêter, bon gré mal gré, aux exigences de la situation, Une grande chaloupe, mise à notre disposition par le propriétaire de la scierie, nous transporta rapidement sous l’impulsion de quatre vigoureux rameurs jusqu'au navire, dont le capitaine nous accueillit avee une grâce parfaite. IL paraît que l'ancre se leva à 34 heures; moi qui ai pour principe qu’à cette heure-là un honnête homme que son devoir n’appelle pas ailleurs, doit dormir sur lune et l’autre oreille, je ne m'en aperçus uuére,
Comment se fait-il que lon supporte sans aucun malaise le balancement le plus exagéré des embarcations légères, chaloupe:,
canots, ete, et que la moindre infraction aux lois de léquilibre,
de la part d’un grand vaisseau, vous mette le cœur à l'envers ?.…. La température est très belle et la mer assez tranquille, Le voyage serait donc ravissant, si le cœur était du même tempérament que lesprit, Maïs celui-ci étant toujours où peu s’en faut la dupe de celui-là... voilà pourquoi votre fille est muette.
Quoi qu'il en soit de ces accidents désagréables, le navire filait bien, Ce trajet de seize lieues ne dura que cinq heures.
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Nous passimes en vue des JAMBONS' (28 milles des Sept- Isles) et dé SAINTE-MARGUERITE* (15 milles des Sept-Isles), deux petites missions qui dépendent des Sept-Isles. On medit que les Jambons sont ainsi nommés à cause d’un monticule qui s’y trouve et dont la forme rappelle la configuration de cette partie du cochon, qui est d’ün usage si général pour la confection des sandwiches. Je constate qu’il y a en effet des points de ressemblance entre les deux genres d'accidents géographique et anatomique, et que l’on n’a pas eu tort de donner à l’un le nom de l’autre.
Puis, voici des îles, les unes assez grandes, les autres petites, tantôt couvertes de végétation, tantôt n’offrant à la vue que des rocs dénudés, Ces îles sont au nombre de sept, ni plus, ni moins.
Je voudrais bien savoir s’il existe des mortels assez avisés pour deviner que ces sept îles ne sont pas ce qu’on nomme les Sept-Isles….. Il faut pourtant le dire : les Sept-Isles sont sur la terre ferme, sur la rive d’une baie magnifique, large de 3 à 4 milles, longue de 3 à 4 lieues, ayant sept lieues de tour, et dont l'ouverture est fermée par les îles dont j'ai parlé, Cette baie fait l’un des plus beaux ports du Saint-l'aurent, assez étendu pour que toutes les escadres de Sa Majesté britannique puissent y évoluer suivant les règles de l’art naval.
Le long du côté est de la baie, en une seule rangée de maisons, s'étend sur le rivage le très joli village de Saint-Joseph des SEPT-ISLES." Derrière les maisons, et tout près, commence la forêt, l’immense forêt qui n’est plus interrompue que par les champs de glaces polaires,
A peine l'ancre a touché le fond de la mer, qu'arrive à bord Monsieur l'abbé T,-A. Maltais,‘ missionnaire de l’endroit, sur
1—14 habitants, dont 12 communiants,
2—20 habitants, dont 16 communiants, 1l y a une école suivie par quatre enfants,
3—STATISTIQUERS.—87 familles, dont trois protestantes, 175 âmes ; 108 communiants, Confirmés, 28, Une école, 32 élèves
4— Depuis l’automne de 1895, M, l'abbé Maltais est revenu dans le diocèse de Chicoutimi,
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une grande barque portant pavillon anglais à la poupe, Nous prenons place sur l’embarcation, qui nous dépose bientôt à terre, au bruit de la fusillade, au son de la cloche de la chapelle. Après une messe basse célébrée par M. l'abbé Lemay, qui nous
a accompagnés ici, Monseigneur ouvre immédiatement les exercices de la retraite.
Nous avions averti qu'on nous réexpédiât ici notre courrier, [Il me tardait bien de le voir arriver. Car depuis notre départ, nous n'avions recu absolument aucunes nouvelles du reste de l'univers, à part quelques télégrammes de Chicoutimi, où il était surtout question d’affaires.—Comme tout est relatif en fait de bonheur ! Dans les villes, il y aurait belle tempête, si l’un des facteurs omettait seulement l’une des distributions postales de chaque jour. Au Saguenay, nous nous sommes vus réduits, durant quelques semaines de l’un des hivers derniers, à deux courriers par semaine, au lieu du service quotidien auquel nous sommes habitués ; et les plaintes étaient générales, Ici, sur la Côte, durant l'hiver, la poste ne vient qu’à peine une fois par mois ; et même, dans la partie orientale du Labrador, au-dessous de Natashquan, on ne recoit que quatre courriers par hiver. Cependant, on ne s’y trouve pas trop malheureux de ne pouvoir suivre beaucoup les savantes et habiles polémiques des journaux quotidiens de Québec, de Montréal et d’ailleurs. L'été, sur toute la Côte jusqu’à Natashquan, on a le courrier postal toutes les deux semaines, et l’on estime que l’on est alors dans une position bien avantageuse! Pour moi, je n'ai pas trouvé que ce fût si agréable, et je comptais les jours, depuis quelque temps,
Je ne fus donc pas lent à courir au bureau de poste des Sept-[sles, ce matin, Le partage des choses postales n’était pas encore terminé, et je trouvai le jeune homme qui y procédait plongé dans la stupéfaction la plus intense. Il n'avait jamais
vu personne recevoir plus que quelques lettres en même temps; et il ne cessait pas de mettre de côté pour moi lettres et cartes postales, dont j'avais une quarantaine, Courrier bien varié : celui-ci me donnait des nouvelles de ma famille; celui-là, que je pensais mort, m'annonçait pour demain l'acquisition qu’il allait faire d’un beau-père et d’une belle-mère; certains des abonnés du Naturaliste canadien, jui sont les plus honnêtes gens du monde, avaient lancé à ma poursuite le dollar qui crée entre eux et moi de si douces relations, pendant que d’autres, qui s'occupent des trois règnes de la nature comme de l'an quarante, me faisaient signifier, par le directeur de poste de leur localité, qu’ils ne voulaient pas de l'honneur dont je les avais jugés dignes, d’être comptés au nombre des amis des sciences. Et puis, il y avait des journaux de choix, qui me donnaient toutes faites des opinions diverses sur tous les sujets.
L'histoire des Sept-Isles ne se perd pas dans la nuit des temps passés. En 1875, il n’y avait ici que deux ou trois familles, qui s’occupaient de la pêche de la morue, On y
voyait aussi un poste de la Compagnie de la baie d'Hudson,
qui sy trouve encore, faisant l'achat des fourrures et tenant
magasin général.