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toujours sans succès. Au bout d’un certain nombre de mois, les pauvres bêtes deviennent malades et dépérissent, A quoi cela tient-il ? Le fait est d'autant plus étrange qu’au poste voisin, l’'Anse-aux-Fraises, c’est-à-dire à six milles seulement, bœufs et vaches jouissent de la meilleure santé du monde et parviendraient sans doute à un âge avancé, si leurs propriétaires ne tranchaient auparavant le fil de leurs jours. En tout cas, pour ce qui concerne la Baie-des-Anglais, voilà un étrange problème, dont il serait intéressant de connaître la cause, A tout le moins,
je serais curieux de savoir si le système de la stabulation per-
manente, recommandé partout par les docteurs de la science de l'élevage, ne donnerait pas ici de meilleurs résultats, On ne me reprochera pas, j'espère, de n'avoir rien fait moi-même pour en avoir le cœur net: je n’ai passé que quelques heures à la Baiedes-Anglais, où d’ailleurs la... matière première me faisait absolument défaut. Toujours est-il que voilà un endroit de la Province de Québec où l’industrie laitière est non seulement impraticable, comme sur la Côte Nord, mais absolument impossible ; et les conférenciers agricoles qui voudraient tenter de faire entrer la Baïie-des-Anglais dans le grand mouvement où nos campagnes ont trouvé toutes sortes d'avantages, y perdraient absolument leur latin. '
Comme ceux de la Côte Nord, les habitants d’iei se livrent presque exclusivement à la pêche de la morue, qui se fait du commencement de juin jusque vers le mois de novembre, Chacun travaille pour son compte. Il y a une quinzaine de barses employées ainsi à la pêche. Quand la morue est séchée, où la vend librement à celui qui en offre le plus haut prix, par exemple à M. Edw.-J, Robinson, le représentant des liquidateurs de la Compagnie propriétaire de l’île, ou à M. de Courval,
I—-Depuis mon voyage à l’Anticosti, j’ai entendu dire que l’on avait trouvé la cause de ‘‘l’inhabitabilité”’ de la Baie-des-Anglais pour les animaux de race bovine: cela tiendrait, paraît-il, à certaine plante qui y croît, nuisible pour ces bêtes, Si le renseignement est exact, il ne sera pas difficile de couper le mal dans sa racine, On verra plus loin que M. Gregory (Æn racontant, p. 158) indiquait, en 1886, cette même cause pour expliquer le phénomène dont il s’agit,
qui possède des établissements de’ pêche à la Pointe-aux- Esquimaux et autres endroits du Nord, !
La bouette dont on se sert pour prendre la morue, varie suivant les saisons : au printemps, c’est le hareng ; au mois de juin, le capelan ; et plus tard, Le ‘hareng encore et l’encornet ou squid.
On ne se contente pas d'utiliser le hareng en guise de bouette ; on le sale aussi, pour la vente où pour la consommation,
Autrefois le maquereau abondait en ces parages ; on n’en voit plus aujourd’hui, paraît-il,
Le flétan est en grande abondance, et l’on en sale, Mais il faut tant de soins pour le conserver, qu'il ne donne guère de bénéfices, de l’avis de certains Anticostiens.
Durant l'hiver, il y a beaucoup de gibier, ce qui fournit aux habitants de nouvelles ressources pour leur subsistance,
La question scolaire était ici, en 1895, dans le pire état possible: il n’y avait pas d'école encore à la Baïie-des-Anglais Cette regrettable lacune était due surtout à la faiblesse numérique de la population. Toutefois il y a lieu d’espérer que très
prochainement le petit groupe d’enfants qu'il y a là seront:
appelés, eux aussi, à venir quotidiennement s’abreuver aux sources de l'instruction.” Hélas ! il n’en a pas toujours été ainsi à la Baie-des-Anglais ! A l’époque de l'âge d’or, dont j'ai park, on compta jusqu’à 55 écoliers et écolières, et il y avait encore un nombre presque égal d'enfants que l'insuffisance des locaux scolaires retenait dans l'ignorance des préceptes grammaticaux !
Du reste, quand je dis qu’il n’y a pas aujourd’hui d’école à la Baie-des-Anglais, je n’entends pas signifier absolument qu’il n'y a pas de maison d'école, Il y a la maison d’école d'autrefois, dont l’on a fait la chapelle de la Mission.
1—La situation des habitants de l’Anticosti a été considérablement modifiée, dès l’année 1896, par la vente de l’île à un nouveau propriétaire, M, Menier, Ilen sera question plus loin.
2—En effet, dès l’année 1896, le mécanisme scolaire était remis en fonction-
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ILE D'ANTICOSTI 207 Cette chapelle de la Bâie-des-Anglais est toute petite, et il eu tiendrait sans doute bien des centaines de semblables dans Saint-Pierre de Rome, L'édifice toutefois suffit pour la chrétienté de l'endroit, A quelques arpents plus à l’ouest, on aperçoit encore la charpente d’une assez grande église, que l’on avait commencé de construire durant le susdit âge d’or, je veux dire à l'époque où la population fut la plus considérable à la Baiedes-Anglais et où l’on avait lieu de compter sur une prospérité de plus en plus brillante, C'était du temps de M. l'abbé Rioux, le premier missionnaire résidant sur l’île, Quand le krack survint, quand les espérances dorées s'évanouirent à l’envi, et que la population eut diminué dans les proportions que j'ai indiquées, on jugea sagement qu’il valait mieux renoncer à la construction de cette vaste église, et se contenter d’un édifice beaucoup plus modeste, Mais cela n'empêche pas que ce grand squelette toujours debout, exposé saus défense aux intempéries qui le détruiront, est un spectacle d'aspect pénible, surtout pour les habitants du hameau, à qui sans cesse il rappelle un beau passé qu'ils regrettent.
Hier soir, quand nous arrivâmes au rivage, an fond de la baie des Anglais, nous fûmes ravis d’y apercevoir un cheval attelé à une charrette. Voilà une émotion que ne goûteront jamais les habitants de Québec et de bien d’autres endroits, et qui nous saisit, nous, parce qu’il y avait longtemps que nous Wavions eu pareil spectacle sous les yeux. Ce n’était pourtant pas dans le but spécial de nous émerveiller que cet équipage était là, mais bien dans la fin plus pratique de nous aider à débarquer ; car la plage est d’inelinaison si peu prononcée et par conséquent l’eau qui la recouvre d’une si faible profondeur, que notre embarcation dut s'arrêter assez loin de terre, La charrette vint accoster la barque, on y entassa tous nos colis, et nous nous installâmes tant bien que mal sur l’échafau-
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208 LABRKADOR ET ANTICOSTI
dage que cela faisait, La grève étant à fond de roc plus ou moins horizontal, recouvert de plus où imnoins de cailloux l'Ont et carrés, le trajet n'eut rien de particulièrement délectabl Et quand, en approchant des habitations, nous aperçlmes une escouade de jeunes gens qui s'apprôétaient à nous accueillir par un feu de mousqueterie, je ne fus pas absolument rassuré sui le dénouement de l'affaire, en Pétat d'équilibre: instable où
nous Lous trouvions, Môme on tira d'autant plus de coups
{Album Gregory.) ANTICOSTI=PHARE DE LA POINTE-EST,
de fusil, qu'il s'agissait non seulement de saluer notre arrivée, mais aussi de faire parler les échos en l'honneur de Monseigneur, qui était arrivé le matin sans tambour ni trom-
pette, pour les justes et valables raisons que j'ai exposctes. Eh
bien, au milieu de tout ce tapage, le destrier qui nous trainait conserva une absolue impassibilité, dont je lui garderai long-
temps le souvenir le plus reconnaissant,
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S'il y a par iei chevaux et voitures, il n’en faut pas toutefois conclure au manque de chiens de trait, Seulement, à l’'Anticosti comme sur la Côte Nord, on ne se sert pas du cométique durant l'été, puisque ce véhicule n’est qu'un traineau de forme particulière, comme on le sait, Mais durant l'hiver, quand on veut voyager en dehors des deux Missions, c’est-à-dire dans des endroits où il n’y a pas de chemins, on emploie fort bien les attelages de chiens, D'autre part, comme les occasions de voyager sont loin d'être bien fréquentes, peu de propriétaires sont pourvus de ces équipages,
Aujourd’hui, nous avons encore voyagé en voiture pour nous rendre à lAnse-aux-Fraises, Il y a un excellent chemin depuis la Baie-des- Anglais jusqu’à la Pointe-Ouest, distance de deux milles, Ce fut pourtant sur cette belle route que je faillis me rompre le cou, me défoncer le crâne, me casser quelque bras ou jambe, Comme nous allions à grande allure, je m'apercus soudain que le limon, du côté où j'étais assis, s'était rompu à l'endroit où il joignait le devant du cabriolet, et ne tenait plus que par un mince éclat à la voiture: c'était merveille que tont ne se ft pas encore défait et que nous n’eussions pas eucore été précipités de là-haut sur la chaussée rocailleuse ! Oncques ne fus si brusque qu’à ce moment où j'intimai au maître de l’équipave l’ordre d'arrêter à l'instant son cheval... Un incident de cette sorte vaut un éloquent sermon sur les fins dernières,
Au phare de la Pointe-Ouest, on nous fait une triomphale réception, Toutes les couleurs sont dehors ; le canon retentit, la fusillade éclate, et les échos portent au loin tout ce bruit, En descendant à terre, je constate pourtant qu'il n’y a là que la famille du gardien, M. Alfred Malouin; mais, par exemple, chacun de ses quatre fils, âgés respectivement de huit à quatorze ans, est armé d’une carabine à deux coups ! Ces bambins ne seu tuent pas davantage, pour manier ainsi le fusil tous les Jours, 14
| | l 210 LABRADOR ET ANTICOSTI à Je ne dis rien ici du “ West l'oint,” où nous devons revenir | IR et séjourner peut-être en attendant le bon plaisir du vent, (et |. Après diner, nous remontons en voiture afin de nous rendre | déi 4 à Saint-Ludger de PANSE-AUx-FRAISES", à quatre milles de Un À distance, Mais il n’y a plus d'autre chemin que la grève ; da l et cette grève n'étant qu'un rocher continu en pente légère- pou "1 ment inclinée, le trajet est assez fatigant. La mer y apporte AT HT de grandes quantités de goémon, qui remplace avantageusement des 1 les déchets de poisson pour engraisser les terres, AU Le missionnaire de lîle d’Anticosti, qui est actuellement pct (1895) M. l'ablé A. Villeneuve, réside à l’Anse-aux-Fraises, 0 | d’où il se rend, tous les quinze jours, à la Baie-des-Anglais pour Frais y donner la mission, Cette desserte alternative de deux postes com} | assez rapprochés, ce n’est pas un ministère bien pénible, Mais, ordin |! une fois par année, 1l faut faire le tour de la grande île, pour qui a | s'arrêter à tous les endroits où il y a quelque famille catholique’ Là et ce n’est pas absolument un voyage de plaisir, Au printemps À pours de 1895, M. Villeneuve a mis un mois entier à faire ce voyage, en f seul avec un navigateur, dans une petite embarcation, Il est Pre difficile d'imaginer les privations, les fatigues et les dangers pêche Il d’une excursion de ce genre, d'aut:
ï Bien qu’il y ait ici un missionnaire résidant, il n’en faut pas il! ji conelure qu’il y a aussi un presbytère. Les richesses colossales Hours Il du clergé, dont certains hâbleurs du journalisme entretiennent l'auba | parfuis leurs pauvres lecteurs, sont encore plus “fabuleuses” ici pêche (l qu'ailleurs. Ces petites Missions ne peuvent fournir à peu près fe semen fl aucunes ressources pour le soutien du prêtre qui s'occupe de pêcher k leurs intérêts spirituels, Par bonheur, un brave pêcheur de des P: l’Anse-aux-Fraises, M. J.-P, Doucet, qui jouit d’une certaine | Et l aisance, donne au missionnaire, pour un prix à peu près n0- À men! | É minal, le logement et la pension, Il a même ajouté une aile à trouve IL sa maison, pour fournir au prêtre un appartement plus commode, l'ile [ À äppren ! 1—STATISTIQUES — Population: familles, 14; 104 personnes, dont 66 communiants. 10confirmés, École fréquentée par 20 à 25 enfants. \ té coul 2—En dehors des deux Missions, il n’y avait en 18ÿ5, dans le reste de l'île, aueb clure q à familles catholiques, et 10 familles protestantes, {!
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Ce M, Doucet, Français natif des îles Saint-Pierre et Miquelon (et même cela jadis lui avait valu le surnom de Miquelon), vint de la baie des Chaleurs, en 1873, pour s'établir sur l’tle d’Anticosti. Un nommé Frank Bezeau l’accompagnait. Ce qui les empêcha de se fixer à la Baie-des-Anglais, ce fut d'anprendre qu'ils ne pourraient pas y garder de bêtes à cornes, A cette époque, il n'y avait encore personne à PAnse-aux-Fraises. Les beaux pâturaves que l’on y voyait, la jolie petite baie qu'y fait la mer, décidèrent nos immigrants à s'arrêter là. Au reste, la place de pêche était bonne, meilleure même qu’à présent,
On compte aujourd'hui 22 barges de pêche à l’Anse-aux- Fraises. Comme à la Baie-des-Anglais, chacun pêche pour son compte, Quand la morue est sèche, on la vend à qui l’on veut; ordinairement, c’est M. de Courval, de ia Pointe-aux-Esquimaux, qui achète tout ce poisson.
La pêche à la morue commence ici à la fin de mai et se poursuit de facon sérieuse jusqu'à la mi-août, Comme bouette, on emploie le hareng, et à la fin de la saison, l'encornet.
Preud-on plus de harrng qu’il ne raut pour les besoins de la pêche ? On le sale, et on le vend aux traders, ce qui augmente d'autant les revenus,
Il arrive aussi quelquefois que, en seinant la bouette, il se trouve quelques saumons au fond du filet, On profite alors de l’aubaine, bien que l’on n'ait pas de licence pour se livrer à la pêche du saumon; et, ce jour-là, la famille se régale fmeusement, en buvant... du thé-—le thé si terriblement fort des pêcheurs !-=à la santé de l'honorable ministre de la Marine et des Pêcheries du Canada,
Et puisque nous en sommes au saumon, disons immédiatement qu’on le pêche à la ligne dans la rivière Jupiter, qui se trouve à quarante ou cinquante milles d'ici, sur la côte sud de l'île La rivière Jupiter ! je n’ai pas la consolation de pouvoir apprendre à mon lecteur pourquoi on a donné un pareil nom à ee cours d’eau... Il serait en tout cas bien absurde d’en conelure que les anciens Romains sont venus jusqu’en Anticosti ;
LE Ar at pm no TE em
ils ont eu assez de peine à se rendre jusqu’en Bretagne et en Hibernie, Quoi qu'il en soit de ces préoccupations ethnologiques, revenons à nos saumons, et constatons qu’à cette même rivière M. Robinson possède un rets tendu pour en prendre, A la Pointe du “Sorouêt,” il y a encore un rets à saumon. Il ne paraît pas qu'il y en ait d’autres ailleurs
La place est fort bonne pour la pêche du flétan, que les traders achètent en salaison, On trouve iei que ce poisson donne autant de bénéfices que la morue,
Au point de vue agricole, il n’y a que de bonnes choses à dire de l’Anse-aux-Fraises. Le blé même a mûri, me dit-on, quand on l'a cultivé. Avoine, orge, mil, trèfle rouge, trèfle blanc, blé d'Inde, choux, navets, oisnons, etc., tout vient à souhait, Quant aux fraises, puisqu'il en faut parler dans un endroit qui leur emprunte son nom, il y en a en abondance, et, le 8 juillet, on nous en a servi d'excellentes ; l’époque de leur maturité est cependant un peu en retard en comparaison d’autres endroits de la province de Québec.
Et puis, chevaux et bêtes à cornes trouvent ici le climat de leur goût, et vivent tant qu’on les laisse vivre.
Quand on veut fumer les terres, il n’y a que l'embarras du choix : la mer est là qui apporte le goémon en quantité; puis il y a le hareng et les déchets de morue,
Je n’ai donc qu'un bon témoignage à donner de l’Anse-aux- Fraises, On y vit vraiment assez bien, La pêche, me dit-on, , peut y faire gagner deux à trois cents piastres à chaque pro-
| priétaire ; puis, si l’on se livre aussi à la chasse, chasse à l’ours
noir, à la marte, au renard, à la loutre, c’est encore de cent à deux cents piastres à ajouter au revenu annuel. Eh bien, un tel revenu, en ces endroits, c’est l’aisance, Car L:: occasions de dépenser mal à propos son argent n’y sont pas fréquentes comme dans les grands centres de population. Ces Anticostiens n’ont pas à se défendre de la tentation d'aller s’amuser dans les “ saloons ; ” les “cirques ” n’ont encore jamais songé à aller faire moisson d’écus sur la grande île ; les “excursions à bon marché,”
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qui coûtent ordinairement fort cher, on n’a jamais entendu parler de cela. On ne recoit pas même de journaux, et l’on sait si les gens se ruinent, dans notre pays, à payer les journaux qu’ils reçoivent !
La population de l’Anse-aux-Fraises a compté jusqu'à vingt familles, En 1895, treize familles seulement habitaient cet endroit privilégié du pays. Comme à la Baie-des-Anglais, une partie des habitants ont émigré lorsque l'ile est passée sous la dépendance de la Compagnie anglaise dont j'ai parlé déjà. Dans ces dernières années, les pêcheurs payaient cinq piastres de rente annuelle aux propriétaires du domaine,
La première chapelle, moins grande que l’église actuelle, fut détraite par un incendie, vers 1880. La belle église (55 pieds sur 35) que l’on y voit maintenant fut bâtie du temps où M.
l'abbé J.-L. Rioux desservait l’ile d’Anticosti (1883-86); mais elle n’est pas encore terminée, ni à l’intérieur, ni à l'extérieur, Lors de notre voyage, on venait d'y ajouter une spacieuse sacristie, Quand ces édifices auront été boisés, décorés, dorés, ce sera fort beau !
On pourrait penser, peut-être, que l'instruction publique est fort négligée à l’Anse-aux-Fraises, puisqu'il n’y a là — ces renseisnements sont d’une complète authenticité — ni université, ni école normale, ni collège commercial, Toutefois, les petits Anse-aux-Fraisois en âge d’être initiés aux mystères de la lecture, de l’écriture, des règles simples et des règles composées, ont à leur service une école élémentaire qui suffit amplement aux nécessités intellectuelles de ce pays. D'ailleurs, il y a un couvent à la Pointe-aux-Esquimaux, où l’on peut envoyer les enfants bien doués ; deux jeunes filles de M. Doucet y ont déjà commencé leur cours d'étude,
J'ai nommé M. l’abbé Rioux. Il passa trois années sur l’île, résidant à la Pointe-Ouest, chez M. Malouin.
En 1893, le missionnaire de l’Anticosti vint se fixer à l’Anse- revé aux-Fraises. C’était M. l'abbé Jean-F.-R, Gauthier, qui fut plus liqu tard curé de Natashquan, Dans l'automne de 1894, M. l'abbé A. 16e Villeneuve le remplaca!, Troi
Ici, comme dans les autres endroits habités par les pêcheurs, soul. le village est établi à proximité de la mer, moins cependant GRR qu'aux autres localités que nous avons visitées, C’est qu'ici, en qui à
même temps que pêcheur, on est aussi plus où moins culti à- debre à teur. Mais, demandai-je, quelle sorte de terrain y a-t-il en dont arrière de ces terres en culture ? On me répondit qu'au delà peut de ces champs cultivés, on trouve de la terre ‘forte, bonne pour petit la culture. Quant au milieu de l’île, on le dit montagneux et et: 9 impropre aux travaux agricoles, Au nord de l'ile, ajoutait-on,
il y a du pin en certaine quantité. Le rivage est partout de M:
pierre. La pierre à chaux, on en trouve en tous endroits de sont
l'Anticosti. sions comm H4x décidé ocCasi
Lorsque vint la brunañnte, ce soir, les moustiques vinrent que p
aussi, et la soirée que nous passâmes en leur compagnie ne fut A"
pas absolument agréable, Par exemple, cela me procura l’oc- possib casion d’expérimenter la valeur d’une préparation dont M. AU) Robinson, de la Baïe-des-Anglais, nous avait loué l'efficacité Bay, contre ces minuscules ennemis. La recette est facile, Il s’agit a ŒRTET
de mélanger du saindoux avec de l'acide carbolique, en telles
proportions que l’on obtienne un produit de couleur rose pâle. d'agri
Et M. Malouin, hier, m'avait donné une certaine quantité de allant cette pommade toute préparée, Aussi, lorsque je vis apparaître lagnais les maringouins, je ne manquai pas de leur rire au nez, Ce ne baie fut pas moi, cependant, qui eus l’avantage dans la lutte qui perdre s’engagea, malgré l’armure fortement aromatisée dont je m'étais PMIDAU HE : matelo 1 1—En septembre 1895, M. Villeneuve fut lui-même remplacé sur l'ile d’Anti- la baie costi par M. l'abbé Pierre Bouchard, et alla prendre charge des Missions des bons td
Sep-Isles, de Moisie, etc,
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revêtu. Je dois done avouer que cette graisse à l’acide carbolique ne me paraît pas l'emporter notablement, en efficacité, sur les préparations dont nous avions fait l'épreuve à l’anse des Trois-Ruisseaux. Ces graisses et ces huiles procurent certes du soulagement ; elles tiennent même en respect le gros des assaillants. Mais il y a toujours queiques-uns de ces brigands qui ne sont pas dupes de ces parfums équivoques et qui vous écorehent bel et bien, — Cette préparation à l'acide carbolique, dont j'ai entendu prôner les vertus avec tant d’insistance, il se peut fort bien qu’elle soit une protection assurée contre les plus petites espèces de moustiques, par exemple contre les “ brûlots ;” et, s’il en est ainsi, la chose en vaudrait encore la peine.
MaRDi, 9 JUILLET.—Les exercices de la visite pastorale se sont terminés, ce matin, par la confirmation, Ces deux Missions de l’île d’Anticosti n’ont pas eu l'avantage d’une retraite, comme celles de la Côte Nord. Monseigneur en avait ainsi décidé, bien à regret, à cause des retards que nous avait déjà occasionnés ce voyage ; et Sa Grandeur voulait éviter autant que possible tout ce qui pouvait empêcher notre prompt retour au continent, Cette crainte bien justifiée de délais toujours possibles nous empêcha aussi de donner suite au projet que nous avions formé d'aller visiter la baie de Gamache, ou Ellis Buy, qui se trouve à quelques milles seulement à l’est de l’Anseaux-Fraises. Ce fut au fond de cette baie que le fameux (Gamache passa la dernière partie de sa vie, faisant un peu d'agriculture et d'élevage, se livrant à l’industrie de la pêche, allant de fois à autre faire la traite des fourrures avec les Montaunais de la Côte Nord—à la barbe... de la Compagnie de la baie d'Hudson. Sa légendaire mémoire n’est pas près de se
perdre, maintenant surtout qu’elle s'appuie sur une dénomination géographique aussi importante. Jamais, en effet, un matelot canadien n’apprendra à un voyageur novice le nom de la baie de Gamache, sans en profiter pour lui faire le récit des ons tours du merveilleux personnage et de ses prétendues relations avec le souverain des enfers.
Le dr PES
ne DES DS
| du « | # # * pour l pour 4 Dans l’après-dîner de ce jour, nous quittions l'Anse-aux- des ; Fraises pour revenir sur nos pas, et attendre à West Point, long À chez M. Malouin, que le temps devint favorable pour faire la | c’est | traversée du fleuve, Le trajet s'opéra absolument de la même dans facon que la veille, par voiture et sur le bord du rivage encore rêve ' k en partie recouvert par la marée, La pointe de l’île que nous s’effo 1 contournons est une côte d’une certaine élévation et géné- sur ü ralement escarpée, recouverte de conifères rabougris dont les ils y h ) branches ont une inclinaison singulière, par suite évidemment bot 1h de la violence des vents qui les fouettent avec fureur. At fi Il n’y avait pas une heure que nous étions arrivés à la bien : , | Pointe-Ouest, lorsque le télégraphe, dont il y a ici un bureau toute (l confié à M, Malouin, apporta une dépêche à Monseigneur, l'in- le pré | formant de la crise politique survenue à Ottawa et de la à l’Ar démission des trois ministres francais (juillet 1895), par suite ce-mi; j de la tournure qu'avait prise la “question scolaire.” Sa Gran- bonne deur s’empressa de faire transmettre, par la même voie, ses prêtre IF félicitations aux démissionnaires. Quant à nous, ce jour-là et centre 1 les suivants, nous tinmes quantité d’indignation meetings fidèle, l dont les journaux n’ont seulement pas dit un mot, et qui par suppli | conséquent n’ont pas eu le moindre effet sur l'opinion publique absol | ni sur la conduite des événements, lesquels se sont arrangés persé | comme ils ont pu, sans notre participation et de manière mé- temps | diocrement heureuse, nous | ra face à |: souffri | la can | La Pointe-Ouest est l'endroit le plus occidental de l'ile que cé l d’Anticosti. L'endroit est tout à fait isolé, puisqu'il n’y a aucune marty habitation entre la Baie-des-Anglais, au nord, et l’Anse-aux- En Fraises, au sud. La solitude est dance parfaite, et j'en conseille les cor fl la jouissance aux esprits fatigués des agitations de la politique, Le
au Xoint, re la 1ême neore nous dénet les ment
y à la ureau l, l'inde la suite Grane, ses -là et etinys ui par blique rangés e mé-
e l'ile aucune e-aUXinseille itique,
du commerce ou de la finance, et qui ne se sentent pas attirés, pour diverses raisons, par le calme du cloître, Quel endroit pour écrire un livre (car il y a toujours des gens pour écrire des livres, bien qu'il n’y ait plus de lecteurs, depuis déjà assez longtemps !). Et ce qui ajoute au charme de cette solitude, c'est que vous n'avez qu’à sortir de votre chambre, pour tomber dans le plus aimable intérieur de famille que l’on puisse rêver, Monsieur et madame Malouin et leurs cinq enfants s'efforcent de toutes facons à vous faire oublier que vous êtes sur un rivage bien lointain, presque exilé du monde entier, et ils y réussissent pleinement, comme il nous a été donné de le constater.
Autrefois le missionnaire résidait chez M. Malouin, et c'était bien le plus charmant presbytère du monde, La chapelle était toute prête : c'était le salon qui en tenait lieu, Puis, le dimanche, le prêtre allait donner la mission soit à la Baie-des-Anglais, soit à l’Anse-aux- Fraises. — Il est de toute évidence que la vie de ce missionnaire, entouré du respect et des prévénances de cette bonne ‘famille, ne ressemblait guère à l'existence des pauvres prêtres qui exercent leur pénible ministère en Chine ou dans le centre de l’Afrique. Mais, si tout prêtre, comme aussi chaque fidèle, doit être résolu à subir toutes les privations et tous les supplices pour rendre témoignage de sa foi, il ne s’ensuit pas absolument qu’il faille importer de barbares païens pour se faire persécuter chez soi. Il y a du reste lieu de croire qu'avec le temps, et sans que nous ayons à aller les chercher bien loin, nous nous trouverons, même dans notre pays, obligés de faire face à des persécuteurs de la foi. Il y a bien des facons de souffrir pour la religion ; et il n’est pas certain que le cachot, la cangue, le bûcher soient plus difficiles à accepter et à subir que cent manières modernes, habiles et perfectionnées, d’être martyrisés pour Dieu et pour l’Église,
En attendant, revenons à notre Pointe-Ouest, et visitons-en les constructions.
Le phare de la Pointe-Ouest est un des plus remarquables
du fleuve Saint-Laurent, et l’un des trois qui, dans le golfe, sont étages à verres dioptriques. Il est composé d’une tour ronde construite (const en pierre et qui s'élève à une hauteur de 112 pieds au-dessus de la de ve marée haute, qui en cet endroit ne diffère que d'environ six pieds cadres de la basse marée. Cette imposante construction, dont l'extérieur qui le est peint on blanc avec deux larges bandes de rouleur rouge pes a qui courent du haut en bas, repose sur un rocher, Les murs distan: sont de grande épaisseur, et ne laissent place, à l’intérieur, que sur la ment, rouv'e, Lorsqu minute . Cat ont sau M. ] Au pie demeur
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Commis
(Album Gregory.) ticosti £ ANTICOSTI—PHARE DE LA POINTE-OU EST, SU ,
gardien pour un escalier qui permet de monter au sommet de la tour de long Cet escalier a 120 marches, dont l’ascension laisse de durables détail in souvenirs, eæperto crede Roberto, Arrivé là-haut, on n’est guère récompensé de l'effort musculaire qu'il a fallu faire, que par la Mere vue de la lanterne du phare ; car, du haut de la tour comme d'une tel du bas, on n’aperçoit au loin que le même spectacle de la mer de l’île immense ; on en voit sans doute une surface plus grande, furie au
‘| mais, à l'œil, la différence est peu sensible, — L'édifice a huit aussitôt
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étages, y compris celui de la lanterne, L'appareil lumineux (construit par la maison Sauter, de Paris) se compose de plaques de verre très limpide, de forme prismatique, retenues dans des cadres en cuivre, et qui donnent une grande puissance aux rayons qui les traversent, La lumière n’est fournie que par cinq lampes au pétrole, et pourtant on l’apercoit en mer jusqu’à la distance de trente milles; on la voit de Sheldrake et de Magpie sur la Côte Nord: tout cela quand le temps est clair, naturellement, En plein jour, la vue de la tour blanche, rayée de rouge, suffit pour faire reconnaître l’endroit aux navigateurs. Lorsqu'il y a de la brume, on tire du canon toutes les vingt minutes ou l’on fait partir des cartouches à la dynamite.
Ce phare existe depuis 1855, et l’on peut croire que ses feux ont sauvé bien des vies humaines durant ces quarante années,
M. Malouin est chargé de l’entretien du phare depuis 1877, Au pied de la tour est la maison où il réside, vaste et confortable demeure en briques blanches, dont l’ameublement ferait bonne figure dans l’un des quartiers les plus fashionables de nos villes, Et tout autour, plusieurs constructions de différents genres, remises, hangars, boutique, etc.; jardins et prairies. Mais voyez comme tout cela est propre, et tenu dans un ordre merveilleux ! I n’en faut pas davantage, sans doute, pour juger le maître de céans aussi favorablement qu’il le mérite.
M. Malouin me dit que, vers 1875, le prof. Macoun, de la Commission géologique du Canada, a fait le tour de l’île d'Anticosti ; lorsque le savant naturaliste passa à la Pointe-Ouest, le
gardien du phare lui fit don d’une petite tortue de cinq pouces !
de longueur, trouvée vivante sur le rivage. Voilà toujours un détail intéressant pour l’histoire naturelle de l’île !
MERCREDI, 10 JUILLET.—Ce jour-là il faisait un vent d'ouest d'une telle violence qu’il aurait été bien imprudent de s'éloigner de l’île dans une petite embarcation, Dès le départ, les vagues en furie auraient vite fait, en soulevant le vaisseau et en le laissant aussitôt s’abattre sur les récifs, de le réduire en miettes : il n’en
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1 220 LABRADOR ET ANTICOSTI jé (à 1) (l (à : k Fer { aurait pas fallu davantage, évidemment, pour forcer les passagers encore vivants à diflérer de quelques jours la traversée, | "as | Quant à nous, nous n’exigeñmes pas qu’on nous mît en mesure Ÿ 5 1 î de nous livrer personnellement à des expériences de ce genre, (l Et nous étions d'autant mieux disposés à bien accueillir là- 1 dessus l'opinion des gens du métier, qu'il y avait, au fond M de l’âme de chacun de nous, un éloquent avocat qui plaidait | } avec insistance le maintien du statu quo, Quelques jours de FA tranquillité feraient bien l'affaire, après tous ces déplacements | à 1 | que nous avons subis depuis deux mois; et puis l'endroit (l était vraiment bon, à tous les points de vue possibles, pour D (ni Pi F a dit € }. jouir de ce repos le plus complet; …. quand on est tombé dans de Sai [à une pareille oasis, il faut en profiter, etc. cher : pe des Ar ÿ l'Antic Î la lége | Prome l Puis à tons de | d'Antic | agricole ! Jacq ni: à J ! 7 NS France, | 7/AN concess 1FÉ I du pay | pour l’i 1 établiss JB ‘ | î marins l dans le Je établissd IF des pel soit fort Après
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