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“ Des centaines de navigateurs du Canada et des États Unis vont y faire la pêche tous les étés, en goélettes ou en barges, n'y gagnant parfois qu'un maigre salaire,
“ L'ile d’Anticosti a 135 milles de long sur plus de 30 milles de large! et se termine en pointe à ses deux extrémités ; elle embrasse une superficie de deux millions et demi d’acres, Elle est peu élevée, souvent enveloppée de brumes épaisses, et les nombreux récifs qui l'entourent en rendent l'approche difficile et dangereuse, Une couche de tourbe de quelques pieds audessus du niveau de la mer, sur une étendue d'environ quatrevingts milles, forme la surface de la partie sud de lile, que recouvre presque en entier une forêt de sapins rabougris.
“Ces arbres ont environ douze pieds de hauteur, et leurs branches se tressent et s’entremêlent à tel point, que l’on dit qu'un homme peut marcher sur leurs sommets, On rencontre partout des marais et des lagunes, où séjournent des quantités innombrables d'oiseaux aquatiques, tels que les outardes, les canards, les plongeons, etc.
“Telles sont la nature et les propriétés de cette partie de l'tle, En avançant vers le nord, le sol s'élève graduellement à une hauteur de 400 pieds, ne dépassant jamais 700 pieds audessus de la ligne de la haute marée,
“ Cette partie de l’île fournit d'excellentes forêts de pins, d'épinettes, de frênes, de bouleaux blancs, mais aucun de ces arbres cependant n’atteint une grosseur assez considérable pour être d’une vuité générale; on ne peut en faire tout au plus que des mâts àe goélettes de 50 tonneaux.
“ Les seuls anirnaux que l’on rencontre dans ces parages sont l'ours noir, la loutre, la martre, le renard roux, argenté et noir ; inutile d’y, chercher des lièvres et des perdrix”, si communs pourtant partout ailleurs.
1—M Faucher de Saint-Maurice (De tribord à bâbord) donne à l'ile ‘‘ une longueur de 122 milles, une largeur de 30, et une circonférence de 270.” (A.)
l—J ajoute qu’il n’y a non plus, sur l’île d’Anticosti, ni écureuils, ni rats; par exemple, la souris s’y trouve. Et quant à la perdrix, s'il est inutile d'y chercher la perdrix grise, il ne l’est pas de cherche: la perdrix blanche, qui s'y ren-“ontre tort bien, Je tiens ce renseignement d’un vieil habitant de l'ile, (A.)
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Ts Quant aux bêtes à cornes, elles ne peuvent s’acelimater sur la plus grande partie de l’île, pour une raison que l’on ne connait pas encore parfaitement ; elles y vivent rarement plus de dix-huit mois après ieur arrivée, On suppose qu'il y a quelque espèce d'herbe ou arbuste qui leur est fatale,
PAT A La côte sud de l’île n’est, pour ainsi dire, qu’un rocher, D'ailleurs, l’île d’Anticosti, dit un géologue qui en à fait une étude spéciale, est composée de “ calcaires argileux ayant 2300 “ pieds d'épaisseur, régulièrement stratifiés par couches con- ‘“ formes et presque horizontales.”
UT L’on ne trouve que trois baies ou havres sur tout le contour de l’Anticosti : la baie au Renard, la baie Ellis! et la Pointe-aux-Anglais. Encore ces havres ne sont sûrs que pour des navires d’un faible tirant d’eau, et seulement lorsque le vent sonfile de certaine direction.
“ Ses battures, que l’on pourrait mieux désigner sous le nom de brisants, s'étendent d’un à deux milles du rivage, Impossible d'y trouver nulle part un lieu de refuge ou de mouillage. Les brumes fréquentes, les courants dangereux et l'absence de havres ont fait de cette île la terreur des marins...”
Les marins avaient bien sujet de redouter ces parages dangereux, En effet, d'après une statistique que donne M. Gregory en une autre partie de son travail, 106 navires ont fait naufrage sur l'ile d’Anticosti, de 1870 à 1880: 7 steamers, 67 voiliers et barques, 14 bricks et brigantins, et 18 goélettes. Cela donne la forte moyenne de dix par année, — Aujourd’hui, toutefois, la navigation n’est plus aussi dangereuse le long de l’île terrible et les naufrages n’y sont guère plus fréquents qu'ailleurs, Car les quatre phares que le gouvernement fédéral a placés aux pointes Health, South, South West et West de la côte sud, éclairent parfaitement le détroit, large d’une cinquantaine de milles, qui sépare l’Anticosti de la péninsule gaspésienne, toute bordée, elle aussi, par de nombreuses “lumières.” Sur la côte nord de l'ile,
1=-Nommée aussi la baie de Gamache, (A.)
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au contraire, il n’y à pas un seul phare, et les navires qui s'aventureraient de ce côté pourraient le payer cher ; aussi ils ne prennent jamais cette route, Quant aux paquebots d'Europe, ceux même qui passent par le détroit de Belle-Isle, au nord de Terre-Neuve, viennent doubler le Health Point et passer au sud de l’île,
Achevons pourtant d'entendre le témoignage de M. Gregory sur l’îl: d’Anticosti.
“ A part la chasse et la pêche, dit-il, les ressources de l'île d’Anticosti sont fort restreintes. La culture y est presque nulle, le sol d’abord sy prêtant diflicilement, et sa position isolée la privant de communications faciles... Le sol est bon; et, lorsqu'il est épuisé, le varech, que l’on à sous la main, fournit le meil-
Le climat de l’île d’Anticosti n’est pas plus rigoureux que celui d'aucune des provinces maritimes. Le sol est bon, et peut produire, à peu d’exeeptions près, les mêmes légumes et probablement les mêmes fruits que l’on récolte dans les provinces inférieures. Il est vrai qu’elle ne possède pas de havres ou endroits de mouillage naturels pour les gros vaisseaux ; cependant quelques-unes de ses baies pourraient cer-
tainement servir de ports de refugs en y construisant des jetées,
et l’on trouverait à portée tout le bois et la pierre nécessaires pour faire ces travaux.”
M. Faucher de Saint-Maurice, l’aimable conteur que lon connaît, a plus d’une fois visité l'ile d’Anticosti, et son témoignage vaut qu'on s y arrête, Lisons ce qu'il en écrivait en 1877 :
“ Privée de porte et entourée d’une redoutable ceinture de récifs, j'ai bien peur que tous les efforts faits pour la coloniser où la défriche, restent infructueux. Depuis le jour où elle fut découverte et‘ aptisée par Jacques Cartier du nom de l’Assomption, l’Anticosti n'a guère changé d'aspect. C’est toujours cette terre que Champlain trouvait ‘“ blanchâtre comme les
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falaises de la côte de Dieppe,” et que le routier de Jean Alphonse de Saintonge nous présente dans son langage poétique, comme étant “assise sur des rochers blancs et d’albâtre, couverte d'arbres jusques au bord de la mer.” Seulement ces représentants du règne végétal sont en certains endroits tellement rabougris et tellement enchevêtrés les uns dans les autres, qu'on peut marcher des arpents sur leurs cimes métamorphosées en ressorts élastiques.
“ (juelques-uns ont prétendu que l’île renfermait des richesses minérales, mois je ne sache pa: qu'il se soit fait quelques travaux en ce sens, depuis le jour où Charlevoix crut devoir livrer à la postérité la désopilante histoire de la première tentative.
“ Il courut un bruit il y a quelques années, assure cet “ écrivain, qu'on avait découvert à Anticosti une mine d’argent, “ et faute de mineurs on fit partir de Québec, où j'étais alors, “un orfèvre pour en faire l'épreuve; mais il n’alla pas bien “loin, Il s’aperçut bientôt au discours de celui qui avait donné “ l’avis, que la mine n’existait que dans le cerveau blessé de cet “ homme, lequel lui recommandait sans cesse d’avoir confiance “en Dieu. Il jugea que si la confiance en Dieu pouvait par “ miracle faire trouver une mine, il n’était pas nécessaire d’aller «“ jusqu’à l’Anticosti, et il revint sur ses pas.”
“ Pendant l'été, l’île d'Anticosti est parcourue par des bandes nomades de pêcheurs qui exploitent le saumon, la morue, le maquereau, le homard et le hareng. Au printemps, les chasseurs de loups marins arrivent à leur tour, et avec ces poissons et cet amphibie, l: chaux, la tourbe, la pierre de taille et les collections de fossiles, demeurent, à tout prendre, les seules et véritables
richesses de l’île,
Le Canadien, de Québec, publiait le 12 août 1886 une correspondance de M. Faucher de Saint-Maurice sur l’île d’Anticosti, “On fait en ce moment, disait l'écrivain, une grande
1— De tribord à bâbord, pp. 153-154.
2— C'était à cette époque en effet qu’une C‘ompagnie anglaise faisait l’acquisition de l’Anticosti., De là sans doute la réclame que signale M. Faucher de Saint-
Maurice. (A.)
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