Conférences de Toulouse : Première conférence
je vous connais, vous êtes mon épreuve, mon mérite, sans doute aussi mon expiation, et vous serez un jour ma couronne. Si c'est la fortune qui frappe à sa porte, il ne s'en émeut pas non plus. Content de peu, il reçoit ce qui est au delà comme un don qui n'était pas nécessaire ; et, plus grand que toute élévation qui lui est donnée, plus fort que toute puissance qui vient du dehors, il conserve jusque sur le trône la paix de la modestie, dans la gloire de la simplicité..
La paix 1 j'ai dit qu'elle n'était pas la joie ; bien moins encore est-elle la félicité. Mais si quelque chose pourtant précède la félicité parmi nous, si ce bien souverain a, comme les temples, un portique, une ombre mystérieuse qui lui sert de garde et de précurseur, ah 1 la paix, sans doute, sera cette ombre, ce portique, ce quelque chose d'inexprimable et de sacré qui n'est pas encore le Dieu ni son sanctuaire, mais qui en donne à l'âme le religieux pressentiment. On peut ôter au sage son bonheur, parce qu'on peut lui ravir des choses qu'il aime et qu'il a le droit d'aimer ; mais sa paix n'est au pouvoir de personne. Elle est en lui comme lui-même, la récompense de sa vertu, effet d'une cause libre, et qu'un acte libre pourrait seul lui retirer. Gomme la vertu dont elle émane, la paix est marquée du sceau de la liberté, et ce sceau qui est au dedans, ne peut être rompu par aucune main étrangère, si puissante qu'elle soit. De même qu'aucune tyrannie n'est capable d'enlever à l'homme sa vertu, de même aucune n'est en état de lui arracher la paix. C'est pourquoi Jésus-Christ, ressuscité du tombeau et léguant à tous les siens sa passion et sa mort, leur disait néanmoins dans une promesse infaillible : Je vous laisse la paix. 11 ne leur disait pas : Je vous laisse la félicité. C'eut été trop et trop tôt : mais il leur disait, sans craindre leur martyre. Je vous laisse la paix. Mot sublime qui a créé la tranquillité de tous les saints, et qui, sur les ruines de tant de choses et de tant de siècles, a laissé debout les âmes.
Les stoïciens avaient bien compris que la vertu doit produire dans l'homme quelque chose de merveilleux, mais ils ne savaient pas quelle chose, et, confondant ce qui appartient invinciblement à la liberté de l'homme, avec ce qui lui est étranger, ils affirmaient que le sage est heureux, au lieu d'affirmer seulement qu'il est en paix quoi qu'il arrive. Leur regard était grand, mais il franchissait la limite de la vérité, limite que le Sauveur du monde a définie par cette parole ineffaçable : Je vous laisse la paix l.