‹ LacordaireChapitre 11 sur 48 · LE BESOIN DE DIEU · texte numérisé non relu

LE BESOIN DE DIEU

A peine dix-huit printemps ont-ils épanoui nos années, que nous souffrons de désirs qui n'ont pour objet ni la chair, ni

1 Conférences de Toulouse : Ce que peut la vie morale pour conduire l'homme à sa fin, (IVe conf.).

l'amour, ni la gioire. ni rien qui ait une forme ou un nom. Errant dans le secret des solitudes ou dans les splendides carrefours des villes célèbres, le jeune homme se sent oppressé d'aspirations sans but : il s'éloigne des réalités de la vie comme d'une prison où son cœur étouffe, et il demande à tout ce qui est vague et incertain, aux nuages du soir, aux vents de l'automne, aux feuilles tombées des bois, une impression qui le remplisse en le navrant. Mais c'est en vain ; les nuages passent, les vents se taisent, les feuilles se décolorent et se dessèchent sans lui dire pourquoi il souffre, sans mieux suffire à son âme que les larmes d'une mère et les tendresses d'une sœur. O âme, dirait le prophète, pourquoi es-tu triste, et pourquoi te troubles-tu ? Espère en Di^u. C'est Dieu, en effet, c'est l'Infini qui se remue dans nos cœurs de vingt ans touchés par le Christ, mais qui se sont éloignés de lui par mégarde, et en qui l'onction divine, n'obtenant plus son effet surnaturel, soulève néanmoins les flots qu'elle devaient apaiser *.

l'immutabilité du dogme catholique

Quoi ! depuis dix-huit cents ans, tous les docteurs et tous les fidèles catholiques, tant d'hommes si divers de facultés, .de naissance, de passions, de préjugés nationaux, tous ces papes, tous ces conciles, tous ces livres, tous ces millions d'hommes et d'écrits, quoi ! tous ont pensé et écrit la même • chose, et toujours ! Cela est-il possible ? Mais que pensent-ils donc ? que disent-ils donc ? Écoutez ? Ils disent qu'il y a un Dieu en trois personnes, qui a fait le ciel et la terre ; que l'homme a manqué à la loi de la création ; qu'il est déchu et corrompu jusqu'à la moelle des os ; que Dieu ayant eu pitié de cette corruption, a envoyé la seconde personne de luimême sur la terre ; que cette personne s'est faite homme, a vécu parmi nous et est morte sur la croix ; que par le sang de cette croix volontairement offert en sacrifice, le Dieu- homme nous a sauvés ; qu'il a établi une Église, à laquelle il a confié, avec sa parole, des sacrements, qui sont une source de lumière, de pureté et de charité ; où tous les hommes peuvent boire ta vie ; que quiconque s'y abreuve vivra éternellement, et que quiconque s'en sépare, en repoussant l'Église et le Christ, périra éternellement. Voilà la doctrine catholique, ce que disent aujourd'hui comme hier, au nord et au midi, à l'orient et à l'occident, ses papes, ses évêques. ses docteurs, ses prêtres, ses fidèles, ses néophytes : idées fondamentales aussi bien qu'immuables, parce qu'elles décident de toute la direction active des intelligences qui en font profession. Trouvez-moi maintenant une éclipse à cette immutabilité ; trouvez-moi une page catholique où ce dogme soit nié en tout ou en partie ; trouvez-moi un homme qui. s'en étant écarté, n'ait pas été

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