LA CLASSE DE PHILOSOPHIE
Je reconnaissais chaque jour plus clairement combien j'avais à gagner sous le patronage de mon saint camarade, et quelle distance pouvait séparer la classe de logique d'un collège d'avec celle d'une maison religieuse. Dans plus d'un établissement laïc, en effet, elle était abandonnée aux dictées arbitraires d'un muitre sans foi, comme j'en citerai un exemple. Et là où la science, qui a pour but d'apprendre à raisonner, semble craindre d'enseigner autre chose que le doute ; là où le professeur, aussitôt son petit paquet de science déchargé, s'enfuit dans son ménage, sans que l'élève puisse le voir soucieux de craindre et d'adorer l'être divin et terrible dont il lui a démontré fort légèrement l'existence ; comment voulez-vous qu'il germe au cœur de tels disciples un principe moralisateur? Il faut enrichir la leçon scientifique par une suite continue d'exemples, franchement donnés dans les maisons religieuses par le professeur même. Mais voici l'excuse : l'établissement laïque veut plaire à toutes sortes de familles chré-
tiennes ou non, et à toutes sortes de cultes. Qu'en résulte-t-il ? Que l'élève juif sans doute sera toujours juif, le protestant toujours rationaliste, mais que les jeunes catholiques ne seront plus chrétiens. Votre philosophie incolore, au lieu de les affermir sur leurs bases, ne leur apprendra qu'à chanceler. Raison de plus pour que la philosophie des établissements religieux soit non seulement une méthode d'argumenter en latin, mais l'art précis et clair d'accorder la science et la foi ; quelle défende enfin contre le souffle des barbares ou des impies le flambeau de la civilisation que le Christ seul tient dans sa divine main. « Je pense, donc j'existe , » disait un philosophe célèbre. Il eût mieux fait de dire : « J'existe, donc je dois mon hommage à l'auteur de la vie. »
Le disciple, dit l'Evangile, ne peut être plus savant que le maître (1), même quand le maître ne sait rien. Mais un jour, à Nancy, il advint que le disciple bon chrétien fut plus fort que le professeur libre-penseur ; celui-ci s'était avisé défaire une dictée contre l'utilité de la prière. Etonnement de tous ; révolte muette mais énergique de deux élèves, qui, à la barbe du maître et au sourire approbateur de toute la classe, plient bagage et vont suivre les cours de l'Evangile. L'un devint l'historien de sa patrie et l'autre son député. La vertu est quelquefois récompensée.
{{) Saint Mathieu, X, 2i.