Matth. II
nérations dernières que le Dieu des chrétiens était le Dieu unique et bon. Ce caractère du christianisme a exercé une telle action sur l'esprit des peuples, qu'aucune révolution religieuse et politique ne saurait être durable, si elle ne rend pas meilleure la condition de la multitude. Or, qu'est-ce que la liberté pour la multitude, depuis que l'esclavage, sous ses diverses formes, a été successivement aboli dans la chrétienté, par la force toujours agissante, de ces grandes paroles apostoliques : « Il n'y a » plus de Juif ni de Grec, plus d'esclave ni de libre, plus » d'homme ni de femme ; car vous n'êtes tous qu'un en » Jésus-Christ *. » Que fait au pauvre une loi électorale qui ne le rend point électeur, faute d'argent > une loi du jury qui ne le rend point juré, faute d'argent; une loi municipale qui ne l'appelle pas aux conseils de sa commune, faute d'argent; une loi sur la presse qui ne lui permet pas d'écrire ni de comprendre ce qu'on écrit, faute d'argent? Que fait au pauvre une liberté qui l'exclut de tout, précisément parce qu'il est pauvre? Que lui fait l'admission égale aux emplois, la concurrence illimitée entre les citoyens, lui qui manque des premiers éléments nécessaires pour concourir en quoi que ce soit? Car l'argent est le moyen de tout, le prix de tout, la mesure de tout, et le pauvre n'en a pas, et justement parce qu'il n'en a pas il ne peut en acquérir, sauf le hasard, et il est une loi qui a condamné l'immense majorité des hommes à n'en point avoir.
Cependant le peuple qui est linstrument des révolutions, a besoin d'y gagner quelque chose, et les révolutions antichrétiennes ont besoin de faire gagner quelque chose au peuple afin qu'il ne s'aperçoive pas que les pauvres ne profitent qu'avec Jésus -Christ. La loi agraire des anciens n'était qu'une convoitise; la loi agraire des modernes est une lutte contre le christianisme. Quand on