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Saint Paul, aux Gai

a ôté aux hommes la croyance en cette parole : Bienheureux les pauvres ; et qu'on a détruit les œuvres innombrables par oii s'accomplissait cette autre parole : Les pauvres sont évangélisés ; il faut bien combler cet abîme. La première révolution le combla comme elle put avec les biens de la noblesse et du clergé, et avec la loi qui établissait dans les familles le partage égal des successions. Mais le gouffre a eu bientôt dévoré cette proie : de la pâture même qu'on lui a jetée, il est sorti une race de prolétaires plus nombreuse, plus affamée; elle crie à son tour, elle demande sa part, elle la demande à ceux-là qui en sont aujourd'hui les seuls détenteurs, à ceux qu'elle nomme avec un si elfrayant mépris des bourgeois.

Qu'est-ce en effet pour les prolétaires qu'un bourgeois?' C'est l'héritier des évéques, des abbés, des seigneurs.. (''est un seigneur avare, amassant pour les siens, n'ayant plus de peuple et plus d'amour. C'est un abbé qui ferme aux pauvres la porte du monastère, en lui jetant tout au plus un vil morceau de pain, au lieu de lui ouvrir, de le réchauffer, de le servir à table, puis de mener son noble hôte dans l'église parée et illuminée^ au milieu des saints, de la musique et de l'encens, afin de l'enivrer d'un peu de joie, et qu'il continue son pèlerinage en louant Dieu; c'est un évéque prévaricateur, qui a tué à plaisir, dans le cœur du pauvre, la foi, l'espérance et la charité dont se nourrissait le pauvre, le seul bien qu'eut le pauvre, et qui l'empêcha de porter envie aux plus heureux que lui. Comment la propriété n'eut-elle pas été exposée dans de telles mains, à de nouveaux bouleversements? Comment la question de la liberté, plus qu'insignifiante aujourd'hui pour le peuple, ne se serait-elle pas transformée en une guerre civile entre ceux qui possèdent et ceux qui ne possèdent pas, entre les prolétaires et les bourgeois? Ce péril était inévitable, et la révolution de 1830, en le dévoilant, a mis à nu toute l'impuissance sociale du dix-huitième siècle.

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A ce vaste naufrage de choses, il faut joindre une ruine non moins grande, non moins triste pour ceux qui avaient mis leurs espérances hors de l'Églisa catholique, dans les seules forces de Thumanilé, je veux parler du renversement subit de toutes les réputations populaires acquises pendant les seize années de la Restauration. Depuis le prince jusqu'à l'éditeur de journal, nul nom n'est resté comme il était : la victoire qui agrandit tout a rabaissé cette fois les victorieux. On a vu Terreur se trahir dans les actions des hommes aussi bien que dans la marche de la société. Où sont les orateurs qui remuaient la P'rance? Oij sont les politiques renommés? Ces philosophes qui rassemblaient la jeunesse autour de leurs chaires, que sont-ils devenus? Ceux qui nous disaient l'avenir avec orgueil, qui pleuraient avec tant d'éloquence le Vatican tombé, parce que c'avait été une grande chose dans le passé de l'homme, où sont-ils? Ils ont disparu comme Alexandre à Babylone, dans un festin; ils tenaient la coupe où le genre humain devait boire après eux,. tant elle était profonde, la coupe d'une alliance nouvelle, d'une vie inconnue auparavant : on leur a dit : Buvez. Où sontils? Les langues se sont confondues sur leur tombeau, comme autrefois à Babel, et ils ont fait comprendre aux interprètes de la parole divine, le sens mystérieux de cette histoire placée par la Bible au berceau des sociétés. C'est l'histoire de l'éternelle misère des hommes qui aspirent par leurs propres forces à la perfection, qui mettent de la pierre sur de la boue, de la boue sur de la pierre, et qui appellent cela du nom fastueux de progrès. Dieu, du haut du ciel où ils espèi*ent atteindre, regarde leur ouvrage avec compassion, puis un jour il brise l'orgueil des descendants là où il a brisé l'orgueil des pères.

Faites silence : laissez venir à votre cœur le bruit du monde tel qu'il est aujourd'hui. Qu'entendez-vous? Des voies confuses qui s'appellent. sans jamais se répondre; des monologues innombrables dans une foule pressée et

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Ijéante; le cri de l'homme perdu, le soir, au milieu du désert : des voyageurs sans liut qui se disent : allons; des cœurs las, avant d'avoir vécu; des bouches taciturnes qui n'ont que deux mots : peut-être! hélas! nulle harmonie, nulle unité que celle de la plainte. Si encore il y avait des champs de bataille oii l'on pût se tuer avec quelque gloire; s'il y avait des révolutions qui, en donnant des craintes à la vie, lui donnassent quelque intérêt; s'il y avait du sang, de la débauche, des amphithéâtres, des gladiateurs, quelque chose qui nous empêchât de sentir, dans le vide de notre cœur, la grâce du ciel qui y tombe malgré nous!3Iais non, la société nous emporte d'un mouvement froid et comme régulier, malgré ses catastrophes, et la littérature seule, expression de notre démence, évoque autour de nous un monde h notre gré.

Tel est le résuit rt du dernier triomphe remporté par le dix-huitième siècle. L'Église de France, toujours gouvernée par les mêmes lois, dans l'ordre civil, n'a rien gagné ni rien perdu sous ce rapport; mais elle a gagné tout ce que l'erreur a perdu de forces morales. Le plan divin à son égard, ou plutôt à l'égard de la religion s'est dévoilé de plus en plus. C'est, en grande partie, le même plan qu'avant la venue de son fils unique sur la terre. Dieu avait employé pour préparer le salut du genre humain. Dans /es sir'c/es passés, dit saint Paul, D'wu laissa toutes les nations suivre leurs voies; il leur donna quatre mille ans pour disposer du monde selon leur orgueil; il permit aux conquérants, aux législateurs, aux sages, d'exercer sur les hommes le pouvoir de la force et de la persuasion ; il eut soin qu'aucune circonstance heureuse ne leur manc|uât, et personne n'ignore à quel degré de culture les esprits parvinrent dans l'antiquité. Cependant plus les nations s'enfonçaient dans leurs voies, plus elles s'y perdaient; ni la force, ni les lois, ni la raison, n'avaient pu réunir et consoler l'humanité : la force avait produit l'empire romain comme son plus grand ouvrage, et ras-

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semblé presque tous les peuples connus en un vil troupeau, sous des maîtres insolents, qui devaient un jour devenir des monstres, par l'impuissance de soutenir sans aveuglement le poids de leur fortune; les lois , protectrices partout de la servitude, n'avaient établi aucun ordre durable et universel ; la raison, élevée aussi haut qu'elle avait pu l'èlre par de grands hommes, n'avait formé que des écoles passagères et contradictoires, rien fait pour les mœurs, et bientôt poussée à bout, elle était allée se perdre dans un doute irrémédiable. Tant de misères avaient averti le monde qu'il n'était pas dans son état naturel; Dieu s'était révélé à lui par son absence même; il était devenu, selon la prophétie de Jacob mourant, l'attente des nations. Quand donc arriva le moment marqué par la providence pour l'accomplissement du sacrifice, dont le sang, destiné au salut de tous, devait inonder le passé et l'avenir, les hommes levant déjà vers Dieu leur tête humiliée, étaient disposés à recevoir la grâce et la vérité. Cela ne veut pas dire que tous fussent dans un état convenable pour croire à l'Évangile, mais seulement que la pente générale était la foi. Beaucoup de philosophes embrassèrent le christianisme, et saint Justin, l'un d'eux, nous a expliqué dans l'histoire de sa conversion les causes qui entraînaient alors la philosophie vers Dieu.

Il y a des hommes divins, disait- on à ces hommes lassés de leurs recherches infructueuses, il y a des hommes divins qui, dès l'origine du monde, ont conversé avec Dieu, et prédit de siècle en siècle des choses qui s'accomplissent aujourd'hui : on les appelle prophètes; prenez et lisez. La simple comparaison de cette parole humaine, faisait tomber à genoux les philosophes de bonne foi. Les deux œuvres ayant été presque totalement séparées, l'on voyait bien Dieu et l'on voyait bien l'homme.

Longtemps le souvenir de cette comparaison était resté présent à tous les esprits; longtemps le christianisme

garda sans contestation sa souveraineté. Mais à la fin les peuples, qui voyaient tous les jours plus loin leur rédemption, se persuadèrent qu'il était possible de conserver les bienfaits du christianisme, en cessant d'être chrétiens. Ils nièrent môme ces bienfaits, et accusèrent le Sauveur des hommes de tous les maux de l'humanité. lisse promirent que l'ère de la raison était venue, que le Christ en avait durant des siècles retardé l'aurore, mais qu'enfin l'avenir et la vérité l'emportaient sur lui. A ce moment s'il est permis de le dire sans blasphémer, Dieu se trouva comme embarrassé. 11 fallait qu'il se retirât de ces générations superbes, et qu'il les laissât s'agiter dans leur néant; car Dieu qui donne tout à l'homme, et qui ne reçoit rien de lui, ne peut souffrir l'orgueil. Mais comment se retirer une seconde fois du monde? N'avait-il pas mis son Église dans le monde avec des promesses d'immortalité ? N'avaitil pas dit : Tu es Pierre, et sur celle pierre je bâlirai mon Eglise, et les portes de V enfer ne prévaudront pas contre elle ?

Avant ces paroles de la nouvelle et éternelle alliance, il lui avait été facile de laisser les nations suivre leurs voies' car, bien qu'elles eussent emporté les traditions primitives et patriarcales, aucune autorité vivante infaillible, n'en conservait la pureté originelle dans leur sein : elles pouvait les perdre en grande partie, soit par le seul effet '.'u temps sur leur mémoire, soit par une volonté corrompue, soit par les interprétations successives et infinies des esprits. C'était un vaste protestantisme qui n'avait même pas de Bible. Mais la constitution divine de l'Église catholique ne permettait plus aux peuples de s'enfoncer si avant dans la dégradation. Contraint de respecter sa parole. Dieu prit un autre moyen de s'absenter, autant qu'il était possible, d'une société qui le méconnaissait : il accorda à ses ennemis de prévaloir, eux et leurs principes, dans le gouvernement des affaires humaines. L'Église dépouillée presque par toute l'Llurope, chassée des conseils

publics, chargée de liens, espèce d'étrangère importune, fut réduite à ce qu'il lui fallait de vie pour ne pas faire mentir les oracles divins, et pour assister au grand spectacle qui devait une seconde fois révéler aux hommes l'immensité de leur impuissance. Déjà, cette manifestation a commencé, ainsi que nous l'avons vu. Combien de temps, combien d'épreuves seront nécessaires pour l'achever ? Quand viendra le jour où les peuples et les rois, reconnaissant leurs erreurs, bâtiront ensemble Jérusalem démolie? Nul ne le sait. Notre devoir est d'agir comme si ce devait être le jour de demain.

L'Église de France qui a eu une part illustre dans les malheurs de la vérité, semble destinée à avoir une part illustre aussi dans la restauration universelle de la foi. Les révolutions qu'elle a subies, n'ont servi qu'A, étouffer dans son sein les erreurs des siècles précédents: purifiée par la persécution, elle a mis ses adversaires, impuissants h la corrompre, dans la nécessité de la laisser vivre ou d'anéantir avec elle tout ordre et toute société. Elle n'a point eu, comme l'Église d'Angleterre, à traverser des siècles d'oppression avant d'entrevoir la lumière lointaine de sa délivrance, et, quoiqu'elle ne jouisse pas de toute sa liberté, il s'en faut bien, elle a du moins celle qu'on n'ôte jamais à la vérité lorsqu'elle n'est pas trahie par ses défenseurs naturels. Les grands écrivains que Dieu lui a suscités, et qui ont élevé jusqu'à présent les monuments durables de la littérature française au dix-neuvième siècle, sont encore une marque des desseins de Dieu à son égard. Dieu n'envoie des hommes capables d'entraîner les intelligences vers le bien, qu'aux nations qu'il veut sauver; et, sous un autre rapport, là où l'on voit paraître les esprits supérieurs, c'est un signe que la pensée humaine penche de ce coté. Le génie n'est qu'une avant-garde; il se montre le premier, voilà tout ; semblable à l'oiseau voyageur qui précède la colonie de ses frères, mais emporté lui-même par le mouvement gé-

néral de l'émigration. 11 eût été impossible au dix-huitième siècle de produire M. de Chateaubriand, M. de Donald, M. de Maistre, M. de La Mennais, M. de Lamartine, comme il était impossible au nôtre de produire Voltaire et Rousseau. Le vent qui apporte au monde les bons ou les mauvais génies a donc changé. C'est une remarque facile à vérifier pour les autres pays de l'Europe, mais qui est plus sensible en France, parce que la France ayant été plus vite et plus loin dans l'erreur, a touché la première à la borne extrême où l'esprit humain égaré commence à découvrir comme une terre nouvelle et comme des cieux nouveaux l'antique vérité. La France ne peut que se répéter en fait d'erreurs; or, il n'y a qu'une chose qui se répète éternellement, sans cesser d'être neuve et féconde, la vérité. Par conséquent, l'Église de France a encore, sous ce point de vue, un avantage sur les autres Églises du continent. Cellesci luttent contre le protestantisme ou contre une incrédulité qui n'a pas été victorieuse et maîtresse jusqu'aujourd'hui: l'Église de France qui a échappé au protestantisme, et précisément par ce qu'elle y a échappé, s'est trouvée de bonne heure aux prises avec les incrédules, a perdu dans le combat son sang et son patrimoine, et maintenant sortie de ses cendres, toute jeune et toute vierge, elle n'a plus à vaincre qu'une" erreur usée par la victoire, Sibylle à demi-morte qui a oublié la langue de l'avenir. Enfin la France étant par sa position, par sa littérature, par son caractère, par sa puissance et ses révolutions, le foyer le plus actif de l'esprit humain, son Église emprunte nécessairement de là une importance qui a sans doute contribué aux grâces infinies qu'elle a rçues de Dieu depuis quarante ans.

Cette situation impose au clergé français de grands devoirs. Il n'a pas seulement à répondre du troupeau qui lui est confié, mais de l'influence qu'il peut exercer par la France sur le sort du catholicisme et du monde. Selon que la France, la fille aînée de l'incrédulité, se rappro-

chera de Dieu avec plus ou moins de lenteurs, les destinées générales de la foi mettront plus ou moins de temps à s'accomplir. Or, bien que ce rapprochement dépende, en grande partie, de causes tout à fait étrangères à la volonté des hommes, bien que l'Eglise joue un rôle encore plus passif qu'actif dans la ruine de l'erreur, et que son immobilité seule, qui use et outrage les vains complots des plus puissants génies, soit un éternel moyen de progrès, cependant on ne peut nier non plus que les vertus et les talents du clergé ne concourent au développement de la vérité. Les hommes ont leur part dans tout ce que Dieu fait pour eux, quoiqu'ils n'aient pas la première part. C'est pourquoi le clergé français doit avoir toujours sous les yeux la grandeur de sa mission; il le doit plus que jamais aujourd'hui qu'il est parvenu à un point de sa nouvelle existence décisif et très délicat.

Jusqu'à présent, l'Église de France, ruinée par la révolution de 1789, a fait comme une mère de race royale qui a perdu ses enfants au service de la patrie, et qui se hâte de mettre au jour des rejetons de son sang. L'Église de France, à force de soins et de charité, avec un discernement bien plus admirable généralement qu'on ne le croit, est parvenue, en trente années, à repeupler le sanctuaire. C'est un chef-d'œuvre d'habileté et de la grâce de Dieu. Mais, en donnant aux peuples des pasteurs h la place de ceux qui avaient péri, elle ne pouvait encore, malgré ses désirs, leur donner des docteurs, si ce n'est en bien petit nombre, et réveiller la flamme des sciences divines, éteintes avec les martyrs qui en avaient été les derniers et illustres dépositaires. La prédication de l'Evangile, la distribution des sacrements, c'était là l'œuvre la plus pressée; il fallait y pourvoir. Aujourd'hui, quoique tous les vides ne soient pas encore comblés, cependant l'Église de France n'est plus sous l'empire d'une nécessité aussi absolue ; la surabondance du clergé se laisse entrevoir çà et là; le flot des générations saintes

monte autour de l'autel; une chose qui manquait à tous est née pour plusieurs, le temps. Dès qu'une église a du temps, elle est forcée par là même de songer à la restauration des sciences religieuses, sous peine de manquer à son devoir, et si elle ne le fait pas, elle s'expose aux plus grands dangers qu'une église puisse courir. Il s'introduit dans son sein une multitude flottante d'esprits qui ne savent comment diriger leurs loisirs et leur activité. Inhabiles au saint ministère, parce que Dieu leur a inspiré une autre vocation, ils cherchent vainement le foyer où leur ardeur serait entretenue, purifiée, mise en usage par des travaux communs dans la voie catholique. Ils languissent ou s'exaltent isolément; ils se sentent périr sans prollt pour Dieu; et c'est déjà un profond malheur que la perte de tant d'intelligences capables d'exercer une action pour le bien. Mais on n'arrête jamais impunément les êtres dans le mouvement qui les emporte vers leur fm : le fleuve dont le cours a été suspendu, grossissant par l'obstacle même qu'on lui a opposé, brisera les digues impuissantes qui le retiennent captif; les esprits auxquels on n'a pas donné une issue régulière, se rencontreront tôt ou tard dans leurs recherches douloureuses, s'uniront avec une joie maladive, s'irriteront par le sentiment de leurs forces présentes et par le souvenir de leur inaction, et cette société sans règle tombera un jour comme la foudre longtemps amassée dans les nuages, sur une Église sans docteurs, qui n'aura pour se défendre que sa part dans les promess'^s générales de l'immortalité.

Ces réflexions ont été faites par tous les hommes qui s'occupent sérieusement de l'avenir du catholicisme en France. Plusieurs tentatives ont eu lieu pour la renaissance des études ecclésiastiques. M. Frayssinous, évêque d'Hermopolis, avait essayé pendant son ministère, de créer un vaste établissement destiné à la culture des sciences sacrées. M. de Quélen, archevêque de Paris, a préparé, tant que sa fortune le lui a permis, les bases

d'un établissement analogue. Feu M. le cardinal de Rohan^ archevêque de Besançon, a laissé par son testament des fonds destinés à ce noble but. Mais il est une cause qui empêchait qu'aucune œuvre semblable obtînt dans l'Église de France un véritable succès. Les esprits y étaient profondément divisés sur des questions de la plus haute importance, et en particulier sur l'enseignement de la philosophie.

Un homme célèbre, avec lequel nous avons eu des rapports, troublés depuis par les vicissitudes des temps, avait voulu élever sur les ruines de tous les anciens systèmes philosophiques une philosophie nouvelle, destinée à sceller, dans leurs fondements mêmes, Falliance de la foi et de la raison. Cette philosophie, repoussée par le corps épiscopal, avait fait néanmoins de nombreuses conquêtes parmi les ecclésiastiques du second ordre. D'autres discussions s'étaient jointes h celle-là; et il en était résulté une situation d'une douleur inexprimable. Les évêques rencontrant partout une puissance doctrinale étrangère à la leur, sur laquelle ils n'avaient aucune prise et qui causait des dissensions violentes dans le clergé, avaient conçu une défiance naturelle contre le mouvement des esprits; ils craignaient justement, s'ils fondaient quelque chose dans l'ordre scientifique, que la direction ne passât en d'autres mains que les leurs, ou que le défaut de coopération d'hommes de mérite ne ruinât leurs efforts. Ces considérations les avaient portés, soit directement, soit par instinct, à se borner au rôle de pasteurs et de gardiens de la foi, qui est, en effet, leur premier devoir. D'un autre côté, l'école, qui aspirait, par ses seules forces, au gouvernement des intelligences, luttait en vain contre une invincible difficulté celle de fonder quelque chose dans une église, indépendauiment de l'autorité épiscopale; elle ne pouvait parvenir qu'à engendrer des opinions. Il y avait donc, de part et d'autre, un défaut nécessaire de fécondité. Et dans quel moment? Lorsque l'Fglise de

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France passait de la jeunesse à la virilité, au moment le plus critique de ses nouvelles destinées, à l'Age où la force a besoin de se répandre, et n'est pas encore réglée par une raison d'une sève égale. Qui dira ce que nous avons tous soufîert? Notre volonté flottante entre nos évéques immobiles sur leurs sièges et les hommes qui nous entraînent par la magie de leur puissance privée; notre besoin de fortes études, et le désespoir de le satisfaire; notre désir sans bornes d'une union troublée dans ses fondements; le sentiment du bien à faire, et l'impossibilité de l'accomplir; la défiance, les soupçons, les abattements, puis le siècle grandissant à côté de nous, tantôt plein de menaces, tantôt poussé vers Dieu par des expériences formidables; et nous, au lieu de l'instruire, malheureux proscrits de la veille, enfants des saints morts pour la vérité, nous usant à des discussions dont nous ne savions qu'admirer le plus de leur charme ou de leur malheur!

Cette situation a duré quatorze ans.

Hier encore l'école dont nous parlons subsistait. Affaiblie et divisée i)ar une parole sortie du siège apostolique, elle avait néanmoins conservé un chef et des disciples. L'affection, les souvenirs, la douleur, le respect, mille nobles sentiments la tenaient encore rassemblée et comme vivante, quoiqu'elle fût loin de ce qu'elle avait été.

Aujourd'hui nous pouvons annoncer que cette école, que nous avions quittée dès longtemps, n'existe plus, que toute communauté de travaux est rompue entre ses anciens membres, et que chacun d'eux fidèle à ce que son cœur lui demandera d'égards envers le passé, ne connaît d'autre guide que l'Eglise, d'autre besoin que l'union, d'autre ambition que de se presser autour du Saint-Siège et des évêques que sa grâce et la miséricorde divine ont donnés aux chrétiens de France. Nous n'apprécierons pas l'événement qui donne lieu à cette déclaration : l'Eglise et la postérité le jugeront. Pour nous, qui écrivons cet

article, et qui avons contribué plus que personne à l'exaltation des esprits, nous avons cru devoir à nos frères, dans ces douloureuses circonstances, d'élever la voix, non pour les affermir, non, pour leur dire de ne rien craindre, non pour nous montrer plus fort et plus grand qu'eux, mais pour leur dire le fond de notre cœur. Acteur dans tout ce qui s'est passé, initié à tous les secrets de cette affaire, nous rendrons témoignage à Dieu, à son Église, à l'Église romaine en particulier, jusqu'à notre dernier soupir.

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