ALISTE
fantsqui ne croient à la mission divine d'aucun sacerdoce, l'acceptant toutefois comme une hypothèse sociale, exigent de lui une sainteté de mœurs qui satisfasse au moins la pureté de leur goût intime et l'instinct de foi qui survit à toute incrédulité.
Le clergé de France ne s'exposera jamais sans doramage au souffle des passions politiques. Si éloquent fûtil, si dévoué et courageux, il paraîtra moins grand à la tribune que dans l'humble chaire où le curé de campagne apporte la gloire de son âge et la simplicité de sa vertu. 11 regrettera dans les applaudissements du forum les âmes qui venaient obscurément lui demander la paix de la conscience et la joie de la vérité. On ne retrouvera plus sur sa vie le reflet de la sérénité du ciel, et lui-même, se regardant dans la certitude du sacrifice qu'il aura fait à la chose publique, ne recosnaîtra pas suffisamment dans cette croix volontaire la croix de Jésus-Christ. La France l'y reconnaîtra bien moins encore; elle soupçonnera d'ambition le sacrifice le plus vrai, elle pensera qu'on cache sous des phrases sonores l'orgueil du bruit. Se trompâtelle, elle ne veut pas que l'homme de Dieu l'expose à se tromper. La France qui croit aujourd'hui et la France qui croira demain, toutes deux demandent à ses prêtres une vie cachée, sobre et digne, une charité connue du pauvre et de Dieu, une grande douceur de jugements, une élévation de l'âme par dessus tous les événements de la terre, une vertu qui n'attende pas l'ostracisme, mais qui s'y condamne d'elle-même par respect pour celui qui s'est voilé au Sinaï et qui l'était au Thabor.
Voilà le prêtre tel que la France le veut, et le respectera, même en l'immolant.
Il est vrai qu'il n'en fut pas toujours ainsi. Les nations chrétiennes, et la France à leur tête, avaient appelé le clergé dans toutes leurs délibérations, et jusque dans leurs camps. La croix des pontifes se mêlait au drapeau de ICv guerre, et leur parole à la voix des princes et
LACORDVIRE JOURNALISTE /ÎOO
dos soldats. 3Iais alors le monde était chrétien jusque dans la moelle des os. L'ordre temporel et l'ordre spirituel fondus ensemble ne permettaient à aucun esprit d'y chercher des nuances ou des limites; l'évéque resplendissait à travers le baron, et le baron reconnaissait des vassaux sus sa houlette de pasteur. Les deux vénérations, loin de se nuire par leur mélange, prenaient dans ce mélange même une force qui allait à l'esprit du temps, et le tenait tout entier fidèle et captif. Et cependant même alors, que de gémissements ne poussait pas saint Bernard lorsque l'Europe lui ordonnait de quitter Clairvaux; quels regards ne jetail-il pas du haut de ses miracles sur l'humilité de sa cellule et le visage de ses frères! Que de larmes ne lui ont pas coûté les démentis donnés par les événements à ses conseils publics.
Chaque temps a ses lois. L'homme doit les connaître pour vivre; le chrétien, pour servir Dieu; le prêtre, pour se montrer en chaque siècle l'image la plus exacte et la plus acceptée de celui qu'il représente, et qui condescend jusque dans son immutabilité àl'inQnie variété des choses caduques.
Le clergé de France, nous devons l'espérer, tiendra dignement sa place dans l'Assemblée nationale; il y paraîtra comme médiateur entre les partis extrêmes, et sans en adopter aucun, il répandra sur tous l'influence d'une luiTiière impartiale et généreuse. C'est le seul rôle qui soit digne de lui et de la mission transitoire à laquelle semblent le convier la patrie et la Providence.