Avenir du 2 novembre
pouilles, plus malheureux que les courtisans à qui la mort du prince rend le droit de le traiter comme le méritait sa vie ? Votre frère a bien fait ; mais une ombre de proconsul a cru que tant d'indépendance ne convenait pas à un citoyen si vil qu'un prêtre catholique. Il a ordonné que le cadavre serait présenté devant les autels, fallùt-il employer la violence pour i'j conduire et crocheter les portes de l'asile où repose, sous la protection des lois de là patrie, sous la garde de la liberté, le Dieu de tous les hommes et du plus grand nombre des Français.
Sa volonté a été accomplie ; un peloton de la garde nationale a introduit le cercueil dans l'intérieur de l'église; la force et la mort ont violé le domicile de Dieu, on pleine paix, sans émeute populaire, par les ordres de l'administration. On ne peut violer le domicile du citoyen qu'avec l'intervention de la justice; la justice n'a pas même été appelée, pour dire à la religion : Voile un moment ta f.tce devant mon épée. Un simple sous-préfet, un salarié amovible, du sein de sa maison, gardée contre l'arbitraire par trente millions d'hommes, a envoyé dans la maison de Dieu un cadavre ! Il a fait cela, tandis que vous dormiez tranquilles sur la foi jurée au 7 août, tandis que l'on exigeait de vous des prières pour bénir, dans le roi, le chef de la liberté d'une grande nation. Il a fait cela devant la loi, qui déclare que les cultes sont libres et qu'est-ce qu'un culte libre, si son temple ne l'est pas, si son autel ne l'est pas, si l'on peut y apporter de la boue les armes à la main ? Il a fait cela à la moitié des Français, lui, ce souspréfet. » .,
Que doivent faire les catholiques devant ce sacrilège? Abandonner l'église ainsi profanée, mais aussi abandonner les églises de toutes les communes de France : tel était le conseil de Lacordaire.
On ne peut nier que le moyen ne soit un tant soit peu radical : mais on sait que Lacordaire n'était pas l'homme des demi -mesures.
Il le montrait par sa propre conduite, en restant constamment debout, défendant la liberté, chaque fois que la brutalité ou l'inégalité la violaient.
Deux fois encore il protestera vivement contre l'emploi de la force par le gouvernement, pour s'emparer des
éij^lises. C'est d'abord, après la mort de (îréj^oire, l'ancien évoque constitutionnel, dont le gouvernement fit célébrer, d'autorité, les obsèques à rAi)baye-au-15ois.
Les païens, s'écrie Lacordaire, n'ont jamais^commis un tel sacrilège. « Et ces lâches profanateurs, savez-vous comment ils nous ont annoncé leur attentat contre notre religion? C'est de l'hùtel de la police, du séjour abject où se pressent incess;unment les (ilous, les (illcs pei'dues, et les espions plus vils encore, qu'un billet officiel nous a instruits que le lendemain notre foi serait déshonorée publiquement à dix heures précises du matin. Ils ont eu raison, et le Ciel est juste: le sacrilège devait passer pir ce cloaque '. »
L'i phrase est dure et violente; et l'on eu rencontre beaucoup de semblables sous la plume de notre journaliste. Il mord bien; mais il raisonne juste également.
Quelques mois plus tard, à l'occasion d'un scandale du même genre, l'Avenir avait protesté contre la violation d'une église par l'Etat qui y avait fait célébrer un service funèbre en l'honneur d'un honmie étranger à l'Église catholique. « Il s'agissait de M. Debertier, » ancien évéque constitutionnel, comme Grégoire.
Le Temps et le Courrier français prétendirent que l'État n'avait pas outrepassé ses droits, vu qu'il j)rêle ses temples aux catholiques.
Lacordaire riposte :
L'Etat a prêté ses temples, je le veux bien, mais s'il avait prêté ses temples pour en faire des écuries, pourrait-il, au jour et à l'heure qu'il voudrait, les reprendre et les consacrer à une autre desliiialiou ? Non, les lois s'y opposent. 11 faudrait donner le temps au possesseur de sortir, d'emuiLUior ses chevaux, de trouver un aulre emplacement. I)>s animaux même iuî peuvent être expulsés d'un édilice de l'État de la minière dont l'État en chasse Dieu quand cela lui coîivienl. Il a prHii ses temples, je le veux bien : mais ce prêt n'est-d pas soumis à des conditions dont l,i liborlé est la [ireiuière ? fv-t-d au mo..-le